Philippe Couillard, une visite et des questions

Le Premier ministre du Québec Phillipe Couillard <span> , le 2 mars 2015. Ici, lors d'une cérémonie aux Invalides lors de </span><span>son arrivée à Paris</span>
Le Premier ministre du Québec Phillipe Couillard , le 2 mars 2015. Ici, lors d'une cérémonie aux Invalides lors de son arrivée à Paris
(AP Photo / Remy de la Mauviniere)

Le Premier ministre québécois Philippe Couillard est en France jusqu'au 8 mars. Avec lui, six ministres et une importante délégation de chefs d'entreprises. Pourquoi cette visite ? Quels sont les résultats attendus ? La presse canadienne et algérienne s'interroge.

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Pourquoi une si longue visite ?

Le communiqué de presse du gouvernement du Québec évoque "l'occasion de réaffirmer les liens d'amitié indéfectibles qui unissent le Québec et la France", tout en rappelant leurs liens économiques et sans oublier, impossible d'y échapper aujourd'hui, une même préoccupation concernant la problématique du changement climatique.

Et de rappeller opportunément que la France, 2ème investisseur au Québec, après les Etats-Unis et devant le Royaume-Uni, représente  le troisième marché d'exportation de la belle province. Bon.  Mais n'y a-t-il pas d'autres enjeux  au cours de cette visite  ?

Les échanges à venir ont pour but de muscler les synergies franco-québécoises  mais aussi de consolider "la stratégie maritime" afin d'industrialiser et de diversifier l'économie de l'estuaire du Saint-Laurent. Un enjeu d'importance. L'entrée en application de l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne, en 2016, devrait en effet augmenter  la hausse du trafic maritime.
 

Le détail de la visite de Philippe Couillard avec Catherine François, correspondante TV5MONDE à Montréal 

Couillard Québec
Présentation : Estelle Martin / Correspondante à Montréal : Catherine François. Date : 02/03/2015

Trois journaux, eux, évoquent d'autres aspects de cette visite :

Le Soleil  titre sur cette "mission exceptionnelle" et évoque le contexte d'une telle visite : "Philippe Couillard ne jouit pas d'un préjugé favorable au moment d'arriver à Paris. La hausse unilatérale des frais de scolarité des étudiants français aurait «froissé» la France, son absence après les attentats de Charlie Hebdo lui a été reprochée, et sa tentative de justifier l'importance de la délégation ministérielle qui l'accompagne par le fait que les dépenses sont prises en charge par l'État français lui a valu un entrefilet assassin dans le Figaro."

Le Devoir , vieux quotidien québécois dont la devise est "Libre de penser" pense, justement, que rien n'est clair dans cette visite et revient sur le coût d'un tel périple : "Cette énorme délégation partie en pleine semaine de relâche a en effet suscité les critiques prévisibles de l’opposition, qui ne s’est pas privée de souligner qu’en « pleine période d’austérité, où l’on coupe partout, le gouvernement s’en va à Paris ! ». Pourquoi, en effet, s’y rendre presque aussi nombreux que lorsque Jean Lesage est allé y ouvrir la Délégation générale ?
Devant ces critiques, Philippe Couillard s’est défendu de manière très malhabile lorsqu’il a souligné publiquement que le Québec était dans l’Hexagone « sur le bras » : « Les dépenses des ministres québécois qui vont à la visite alternée, hôtel et transport, sont prises en charge par la République française »

Et de conclure, sans y croire vraiment : "Il reste maintenant au gouvernement à faire en sorte que cette imposante mission ait des résultats concrets et durables."

Enfin, le Matin.dz, journal algérien, ne veut donner qu'un but politique à ce voyage déjà presque polémique. Il écrit à propos du voyage "somptueux" de Phillipe Couillard : "Ses actions visent-elles alors à le rendre plus agréable à l’UMP ? On sait que le parti libéral du Québec bénéficie des faveurs des mêmes bailleurs de fonds canadiens que ce parti politique français. Sarkozy a beaucoup bénéficié de l’assistance de ces cousins d’Amérique. Philippe Couillard emmène-t-il cette immense délégation pour donner un coup de pouce à ce parti politique ?
La France est en pleine campagne pour les élections départementales des 22 et 29 mars prochains. Si elles s'annoncent difficiles pour le parti de la majorité, l’UMP pourrait s’y trouver victime du FN. Entre 30 et 40 départements sur 101 pourraient basculer à droite. Peut-on voir dans le fort potentiel du vote FN qui ira grignoter celui de l’UMP un problème suffisant pour nécessiter cette intervention massive des libéraux québécois ?
"