Québec : “la loi spéciale, on s'en câlisse !“

Ils étaient des dizaines de milliers ce mardi dans le centre-ville de Montréal. Des étudiants, bien-sûr, mais aussi des travailleurs, des familles, et des militants de tout horizon, venus soutenir les étudiants, au 100ème jour de leur lutte.

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Partie vers 14 heures du Quartier des spectacles, en plein centre-ville, la manifestation s’est rapidement scindée en deux : une partie a suivi l’itinéraire qui avait été indiqué aux policiers, une autre partie a pris un autre chemin, emmenée sous la bannière de la CLASSE, la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante, qui  n’a pas pour habitude de donner les parcours de ses manifs. Et justement c’est ce qu’ordonne maintenant la loi spéciale adoptée vendredi dernier par l’Assemblée nationale. « Il y a aujourd’hui des dizaines de milliers de personnes qui désobéissent ici à cette loi, a déclaré Gabriel Nadeau-Dubois, le porte-parole de la CLASSE, aujourd’hui on fait la démonstration que cette loi-là, elle est absurde et que dans les faits elle est inapplicable. Et c'est la preuve que la rue, quand elle parle assez fort, peux faire comprendre au pouvoir politique qu'il a erré en adoptant une loi injuste ». La preuve par A + B donc selon le jeune Gabriel qu’on peut faire preuve de désobéissance civile à cette loi spécial sans violence et sans vandalisme. Un autre leader étudiant, Léo Bureau-Blouin, a ajouté : « Aujourd'hui on est réuni pour une grande manifestation du 22 mai qui vise à souligner non seulement le 100ième jours de grève mais également à dénoncer la tournure des événements. On déplore que le gouvernement Charest a choisi le répression plutôt que la voix de la discussion ». Et Martine Desjardins, la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec, de renchérir : " On demande encore une fois au gouvernement de revenir à la raison, la loi 78 visiblement ne fonctionne pas dans son application. Donc la réouverture des négociations avec le mouvement étudiant serait probablement une meilleure sortie de crise ". 
Dans l’ensemble, cette manifestation à deux têtes s’est déroulée pacifiquement mis à part un groupe radical qui a cassé quelques vitrines de banques en passant.

Mobilisation nocturne

Et en soirée, une autre manifestation s’est également tenue, la 29ème de suite à Montréal. Les citoyens montréalais commencent même à s’habituer à entendre l’hélicoptère de la Sûreté du Québec – la police de la province - voler dans le ciel montréalais jusqu’à tard le soir parce qu’il surveille la manif nocturne du soir. 
Bref, les étudiants en grève sont toujours aussi mobilisés et affichent une détermination farouche à poursuivre leurs manifestations et leurs actions, qu’il y ait loi spéciale ou non. Mais ils ont aussi lancé divers appels à la reprise des négociations avec le gouvernement, des appels qui, pour l’instant, sont restés lettre morte.
 
Débats tendus au Parlement
 
Pendant ce temps, les débats faisaient rage, encore, à l’Assemblée nationale, entre les députés et membres du gouvernement, qui continuent à défendre mordicus leur position et cette fameuse loi spéciale, et les députés de l’opposition, avec, d’un côté, un parti qui a carrément demandé la tenue d’élections pour régler le conflit  – la Coalition Action Québec – et de l’autre, le Parti Québécois qui demande au gouvernement de retirer la loi spéciale et de se rasseoir avec les étudiants. « Et maintenant on fait quoi Monsieur le Premier Ministre ? » a demandé avec exaspération la chef de l’opposition Pauline Marois, qui est aussi chef du Parti Québécois. 

La question à présent, c'est comment sortir de la crise ? Depuis l’adoption de cette loi spéciale, que le gouvernement a fait adopter vendredi dernier a toute vapeur  pour soit disant ramener le calme au Québec, les manifestations n’ont pas ralenti, bien au contraire. Et le calme est loin, bien loin d’être revenu. Les manifestations nocturnes de la fin de semaine se sont soldées par de solides affrontements avec les forces de l’ordre et quelque 500 arrestations. Le centre-ville de Montréal a été complètement paralysé pendant des heures tout l’après-midi de ce 22 mai à cause de cette manifestation monstre, ce qui a créé des bouchons de circulation monstres dans la ville. Et la population est toujours aussi divisée entre ceux qui soutiennent les étudiants et ceux qui endossent l’action du gouvernement. Je peux vous dire que le sujet est l’occasion de vifs débats dans les chaumières québécoises ou lors de repas entre amis ! 
« Ils nous réveillent » a dit un artiste bien connu ici, Michel Rivard, venu participer à la grande manif. En effet, c’est le moins que l’on puisse dire ! Depuis que je vis ici, je n’ai jamais vu le Québec dans un tel état d’ébullition sociale. Et il semble bien que plus le gouvernement tente de mettre un couvercle sur la marmite, plus la marmite bouille à gros remous.

En images : le reportage de Catherine François

En images : le reportage de Catherine François