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Québec : les enseignes commerciales ne seront pas « francisées »

Les commerces et les entreprises, qui se trouvent au Québec, dont la marque de commerce est en anglais ne seront pas obligés de la « franciser ».
Les commerces et les entreprises, qui se trouvent au Québec, dont la marque de commerce est en anglais ne seront pas obligés de la « franciser ».
AP Photo/Jae C. Hong, File)

Le Québécois va-t-il prochainement aller « magasiner » au « pneu canadien » ( Canadian Tire ) ou à la « vieille marine » ( Old Navy ) ou aller se chercher un café chez « seconde tasse » ( Second Cup ) ? « Non », a décrété le gouvernement québécois en présentant sa nouvelle réglementation d’affichage en français dans les commerces et les entreprises.

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On le sait, au Québec, la question de la langue française est un sujet sensible. La pression était forte sur le gouvernement québécois pour qu’il revoie sa politique en matière d’affichage commercial à la suite d’une décision judiciaire rendue il y a un an.

C’est chose faite depuis mardi. La ministre de la culture et des communications, Hélène David, a décidé de ménager la chèvre et le chou : les commerces et les entreprises dont la marque de commerce est en anglais ne seront pas obligés de la « franciser » mais ils devront assurer une « présence suffisante » de la langue française dans leurs enseignes.
Par exemple, écrire un slogan ou décrire les activités du commerce ou de l’entreprise en français. Ou, dans le cas d’un restaurant, présenter le menu et les heures d’ouverture en français.
 
« Je ne suis pas aux Etats-Unis »
En entrevue au Réseau de l’Information de Radio-Canada, la ministre David a précisé : « Ce qu’on veut dire, c’est que le visage français du Québec, c’est pas seulement d’avoir mis un générique, le visage français, c’est de l’affichage dans les vitrines, il faut que ce soit lisible, il faut que ce soit visible, il faut que ce soit éclairé, alors pour moi c’est un jour important pour la présence du français au Québec et les gens vont pouvoir se dire ‘je ne suis pas aux Etats-Unis, je ne suis pas dans l’État de New York, c’est pas un Cosco à New York c’est un Cosco au Québec et c’est une grande surface au Québec’ ».
 
1860 entreprises devront se conformer à cette nouvelle réglementation, immédiatement pour les nouveaux commerces et dans une limite maximale de trois ans pour les existants.

Réactions mitigées

Trop peu pour les uns, pas assez pour les autres, les réactions à cette nouvelle réglementation sont partagées.

« A priori on pense que c’est une annonce qui est intéressante dans le sens où elle trouve un certain équilibre entre le besoin et l’importance de la présence du français et de l’affichage en français du Québec et qu’elle respecte en même temps les marques de commerce en donnant une certaine souplesse aux entreprises », a déclaré Norma Kozhaya, vice-présidente à la recherche et économiste en chef au Conseil du Patronat du Québec.

Le président régional chez Wallmart abonde : « Ce règlement nous donne, à nous, les entreprises, la flexibilité de pouvoir communiquer en français, tout en gardant l’intégrité de notre marque ».

Circulaire en anglais et en français de l'enseigne Canadian Tire qui ne sera pas renommée "le pneu canadien".
Circulaire en anglais et en français de l'enseigne Canadian Tire qui ne sera pas renommée "le pneu canadien".


Mais plusieurs estiment que le gouvernement du Québec aurait pu imposer des mesures plus contraignantes. « Peut mieux faire », dit Éric Bouchard, directeur général de l’organisme Mouvement Québec français : « Quand on insère un générique de langue française, pas seulement sur la façade des magasins,  mais sur le matériel promotionnel comme les sacs, le site web, les circulaires, c’est une bonne mesure mais c’est loin d’être optimal comme cela devrait être dans un pays normal où les entreprises respecteraient le français de la majorité des citoyens ».

"On n'est pas allé assez loin"
Un avis partagé par le constitutionnaliste Frédéric Bérard, de l’Observatoire national en matière de droits linguistiques : « Ce qui est dommage, c’est qu’on n’est pas allé aussi loin qu’on pouvait le souhaiter, afficher les produits sur une pancarte, c’est réglé en cinq minutes ça, est-ce qu’on protège clairement le visage français du Québec avec ça ? Je ne suis pas sûr… On va prendre cette réglementation pour un plus, pas pour un moins. Mais, évoquer que les tribunaux ne voulaient pas qu’on en fasse plus, ça à mon avis c’est un mensonge ».

Trop ou pas assez, le Québec a au moins le mérite de vouloir protéger sa langue et la France aurait peut-être intérêt à suivre son exemple. D’année en année, les commerces français s’anglicisent soit dans leurs noms, soit dans leurs enseignes ou leurs affiches. Mais visiblement, cela ne semble pas déranger les Français. Peut-être qu’ils ne sentent pas, comme les Québécois, la menace qui pèse sur leur langue. Mais ils devraient peut-être se méfier eux aussi de cette nouvelle invasion anglaise sur leurs terres…

Quelques datés clés pour la défense de la langue française au Québec

►31 juillet 1974 : la loi 22 est adoptée, elle fait du français la seule langue officielle du Québec et l’impose dans l’affichage public.

►26 août 1977 : adoption de la loi 101, dite Charte de la langue française par le gouvernement de René Lévesque. Un texte fondateur et primordial au Québec qui impose l’usage exclusif du français dans l’affiche public et la publicité commerciale.

►17 juin 1993 : adoption de la loi 86 par le gouvernement de Robert Bourassa. Cette loi permet l’affichage bilingue avec prédominance du français.