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Québec : qui sera maire de Montréal ?

Ce 5 novembre 2017, les Québécois sont appelés à élire les maires de leurs municipalités. Parmi elles, Montréal, deuxième ville francophone du monde en terme de population après Paris. Entre Denis Coderre et Valérie Plante, la lutte s’annonce serrée.

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Deux candidats s’affrontent dans la course à la métropole québécoise : le maire sortant, Denis Coderre, et Valérie Plante, la cheffe du parti Projet Montréal. 

DENIS CODERRE : "L’OMNIMAIRE" 

Si on l’a surnommé l’"omnimaire", c'est qu’il est omniprésent dans la sphère médiatique et dans sa ville : Denis Coderre, politicien aguerri depuis des décennies, est en soi un personnage. Sa bonhommie, sa familiarité au contact des électeurs, son aisance devant les caméras (autre surnom : "Kid Coderre" en référence à l’expression québécoise d’être un "kid kodak") et son leadership à l’hôtel de ville de Montréal font l’admiration des uns, mais agacent les autres. 

Le maire sortant Denis Coderre, candidat à sa succession à Montréal
Le maire sortant Denis Coderre, candidat à sa succession à Montréal
© RADIO-CANADA


En 2013, quand il s’installe à la mairie de Montréal, il récupère une ville démolie par des scandales à répétition de corruption et de collusion dans le secteur de la construction. Un voile de honte plane sur la métropole, les Montréalais n'ont plus confiance en leur administration, et la ville a perdu de son lustre sur la scène internationale.

Parmi les 176 promesses de Denis Coderre pour se faire élire en 2013, il y avait un gros ménage pour redonner confiance aux Montréalais. Promesse tenue, avec la création du Bureau de l'inspecteur général, en 2014. Il y nomme Maître Gallant, l’un des procureurs de la Commission Charbonneau, chargée de faire la lumière sur ces scandales de corruption et de collusion. Depuis, ce dernier s’attelle à sa tâche avec rigueur.  

Les festivités du 375ème anniversaire de Montréal ont aussi redonné à la ville un rayonnement sur la scène internationale. Le Pont Jacques Cartier illuminé fait maintenant partie des cartes postales de la métropole, et le Musée Pointe-à-Callière offre à ses visiteurs la découverte des vestiges du premier fort construit par Jeanne Mance et le sieur de Maisonneuve, les fondateurs de Ville-Marie. 

Mission accomplie ?

Ainsi, dans les domaines du retour de l’intégrité, de la confiance et du rayonnement de la ville, on peut dire "mission accomplie" pour Denis Coderre : "Sur ces trois points-là, Denis Coderre a réussi son pari, il a livré la marchandise, donc c'est un bilan somme toute très bon" confirme l’éditorialiste du quotidien montréalais La Presse +, François Cardinal. "En quatre ans, M. Coderre a réussi à ramener un peu de fierté auprès des Montréalais" ajoute Marc-André Carignan, chroniqueur municipal à Radio-Canada.

Selon un sondage publié par Radio-Canada le 30 octobre dernier, 58 % des Montréalais interrogés estiment que l’image de la métropole s’est améliorée au cours des quatre dernières années.  

VALÉRIE PLANTE : CONNUE ET CRÉDIBLE

La cheffe de Projet Montréal a donc devant elle un redoutable politicien qui jouit d’une notoriété indéniable et peut se targuer d’avoir rempli une grande partie de son mandat. Valérie Plante, élue à la tête du parti il y a un an, avait, de son côté, un défi de visibilité à relever. Au début de l’été, un sondage révélait qu’à peine un Montréalais sur deux la connaissait. 

Valérie Plante, candidate de l'opposition à la mairie de Montréal
Valérie Plante, candidate de l'opposition à la mairie de Montréal
© Compte Twitter® de la candidate

"C'est le défi numéro un de Valérie Plante", estime François Cardinal, ce d'autant que son parti traîne certaines casseroles. Il a la réputation d'être anti-voiture, dogmatique, idéologique... Alors elle tente de le repositionner - c'est son deuxième défi.  
 
Je suis une politicienne hors norme, je n'ai pas été formatée, et c’est le message que je veux envoyer.
Valérie Plante, candidate à la mairie de Montréal 
"Valérie Plante est une femme qui est extrêmement motivée. Elle est issue du milieu communautaire, beaucoup plus à gauche que M. Coderre", renchérit Marc-André Carignan. "Elle a tout un défi en arrivant à la tête de Projet Montréal : relancer ce parti qui a été qualifié de pelleteux de nuage dans le passé, un parti qui traîne une réputation d’être anti-voiture. Elle a peu d'expérience en politique, ça fait à peine 4 ans qu'elle est en politique, et un an qu’elle est cheffe, on sent qu'il y a encore une courbe d'apprentissage pour Valérie Plante - comment communiquer efficacement n'est pas encore acquis pour elle".

 
© RADIO-CANADA
L’autre grand défi de Valérie Plante et de son parti, c’est d’aller chercher le soutien des électeurs qui vivent ailleurs que dans les quartiers centraux. "Les adeptes de Projet Montréal se situent surtout dans ces quartiers-là. Montréal est une île avec des quartiers très différents aux extrémités et au centre", analyse François Cardinal. "Alors que Denis Coderre, lui, a beaucoup plus de tentacules dans différents endroits de Montréal de telle sorte qu'il a un avantage, il a une meilleure présence partout dans l'île, même si l'enthousiasme de ses électeurs est moins grand que celui des électeurs de Projet Montréal qui, eux, se concentrent dans certains quartiers seulement"

Les défis de Denis Coderre

Ce sera justement le défi du maire sortant : "faire sortir le vote", comme on dit au Québec sur le calque d’une expression anglaise, autrement dit mobiliser son électorat. 

Denis Coderre doit aussi faire face à des critiques grandissantes sur son style de gestion, qualifiée d’autoritaire. Des journalistes se plaignent notamment de sa volonté de vouloir contrôler l’information. On lui reproche un caractère intempestif, voire colérique, et une certaine arrogance, ainsi qu’un manque de transparence dans les dossiers qui ne sont pas à son avantage. Denis Coderre a par exemple refusé pendant des semaines de dire combien de billets ont été donnés gratuitement lors de la première édition de la course de Formule E dans le centre-ville de Montréal afin de remplir les gradins dégarnis.

Il y a des gens qui aiment le style, ou pas, et si j’ai pilé sur des orteils, je m’en excuse...
Denis Coderre, maire-sortant de Montréal

C’est lui qui a fait venir cet événement dans la métropole sans consulter personne, événement qui a coûté 30 millions de dollars aux Montréalais et qui a littéralement pris en otage tout un quartier de la ville pendant plusieurs semaines. On vient d’apprendre finalement que quelque 20 000 billets ont été offerts gratuitement sur les 45 000 disponibles… Un événement donc qui été défendu bec et ongle par le maire Coderre mais qui a soulevé toute une controverse ici et qui a été un « flop » total, disons-le… 

"C’est sûr que mon style ne peut pas plaire à tout le monde", a récemment dit le maire sortant dans une entrevue à Radio-Canada, "mais regardez tout ce qu’on a accompli au cours des quatre dernières années. De temps en temps, il faut prendre des décisions et il faut foncer et je vais toujours travailler pour les Montréalais dans ce sens-là, alors il y a des gens qui aiment le style ou pas, et si j’ai pilé sur des orteils, je m’en excuse".

QG de campagne de Denis Coderre situé dans l'arrondissement de Ahuntsic-Cartierville
QG de campagne de Denis Coderre situé dans l'arrondissement de Ahuntsic-Cartierville
© RADIO-CANADA


 

François Cardinal croit, de son côté, que ce côté autoritaire dérange peut-être les journalistes,mais pas forcément les électeurs : "On a tellement eu longtemps un maire faible, à Montréal, que les électeurs sont contents d'avoir un maire qui se tient debout, même si il le dit de manière carrée à l'occasion." Cette fois-ci, Denis Coderre ne prend pas de grands engagements électoraux : il mise sur la continuité et demande aux Montréalais de le réélire pour poursuivre ce qu’il a commencé il y a quatre ans. 

Un duel serré 

Au Québec, 80% des maires sortant sont, en général, réélus, notamment parce qu’ils bénéficient d’une plus grande notoriété que leurs adversaires. Malgré le déficit évident de Valérie Plante dans ce domaine, la lutte s’annonce beaucoup plus serrée qu’on ne pouvait le prédire il y a quelques mois.

Les derniers sondages indiquent que la cheffe de Projet Montréal est au coude à coude avec Denis Coderre dans les intentions de vote. C’est donc toute une côte qu’elle a remontée au cours des dernières semaines. Il semble que de nombreux électeurs soient séduits par son engagement d’offrir une nouvelle ligne de métro à Montréal – la ligne rose, proposition phare pour améliorer les transports en commun dans l’île de Montréal - et par le fait qu’elle est propre comme un sou neuf en politique. Elle cristallise également le vote de rejet de Denis Coderre. Et elle a mené une campagne efficace. Valérie Plante sur le terrain fait une excellente campagne, estime François Cardinal, "honnêtement c'est une campagne disciplinée, elle a fait la liste de tous les problèmes qu'il y a à Montréal actuellement, et tous les jours, elle égrène une solution différente... Projet Montréal fait une très bonne campagne terrain, Valérie Plante réussit à attirer l'attention médiatique, et à faire rêver les jeunes avec le projet de ligne rose de métro, peu importe si c'est réaliste ou pas, ça fait rêver les gens" précise Marc-André Carignan. 

Le sondage de Radio-Canada indique en effet que près d’un répondant sur deux trouve que ce projet de ligne rose est une excellente idée. "Il n'a pas le vent dans les voiles, Denis Coderre, reprend François Cardinal, alors que Valérie Plante, elle, grâce à une campagne efficace et disciplinée, jusqu'à maintenant, sort à tout le moins avec le sourire de la campagne électorale"

Et peut-elle aussi sortir avec la victoire au bout des bras et créer la surprise en devenant la première maire de Montréal ? Peut-être ! Les sondages indiquent qu’entre 15 et 20% des électeurs sont encore indécis. L’issue de cette course est donc très difficile à prédire…