Qui est Abdelhamid Abaaoud, cible principale de l'assaut de Saint-Denis ?

Abdelhamid Abaaoud dans ses oeuvres en Syrie, un cliché de propagande
Abdelhamid Abaaoud dans ses oeuvres en Syrie, un cliché de propagande
AP

Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé des attaques à Paris, a été tué lors de l'assaut à Saint-Denis mercredi 18 novembre 2015. Qui était celui considéré comme le "cerveau" des attentats ?

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Jihadiste belge de 28 ans, Abdelhamid Abaaoud était un membre très actif du groupe Etat islamique (EI) en Syrie, d'où il narguait les polices européennes depuis des années.
 
Né en 1987 dans la commune bruxelloise de Molenbeek, il se fait appeler Abou Omar Soussi, du nom de la région du sud-ouest du Maroc dont sa famille est originaire, ou Abou Omar al-Baljiki (Abou Omar "le Belge").
 
"C'était un petit con", harcelant ses condisciples et ses professeurs ou volant des portefeuilles, a raconté un ex-camarade de classe au tabloïd populaire belge La Dernière Heure. Le "petit con" était dans le viseur des enquêteurs français et belges, qui voyaient en lui l'organisateur présumé des tueries de Paris, revendiquées par l'Etat islamique, qui ont fait 129 morts et 352 blessés vendredi 13 novembre .
 
Le suspect-clé dans ces attaques, Salah Abdeslam, qui a de fortes attaches lui aussi à Molenbeek et est activement recherché, connaissait Abaaoud, ainsi que son frère Brahim, qui s'est fait exploser dans l'Est parisien. Ils apparaissent tous les trois dans des dossiers criminels de droit commun en Belgique. "Abou Omar al-Baljiki" avait déjà fait la une des journaux belges début 2014 après avoir emmené en Syrie son petit frère Younes, 13 ans, surnommé "le plus jeune jihadiste du monde" par certains médias.
 
Il aurait rejoint d'autres combattants belges, rassemblés dans une brigade d'élite de l'EI. Il apparaît, fine barbe et bonnet de style afghan sur la tête, dans une vidéo de l'EI où il se vante de commettre des atrocités, s'adressant goguenard à la caméra au volant d'un véhicule qui tire des cadavres mutilés vers une fosse commune.

"La honte de la famille"

"Avant, on tractait des jet-skis, des quads, des grosses remorques remplies de cadeaux, de bagages pour aller en vacances au Maroc. Maintenant, on tracte les infidèles, ceux qui nous combattent, ceux qui combattent l'islam", se vante-t-il, sourire aux lèvres, dans un mélange de français et d'arabe.
 
Il a le profil d'un individu de la "classe moyenne", a souligné mardi le quotidien flamand De Morgen. Selon le journal, le jeune homme avait été envoyé par son père, commerçant, dans un collège chic de la commune résidentielle d'Uccle, dans le sud de Bruxelles : "Nous avions une belle vie, oui, même une vie fantastique ici. Abdelhamid n’était pas un enfant difficile et c'était devenu un bon commerçant. Mais tout à coup, il est parti pour la Syrie. Je me suis demandé tous les jours pour quelle raison il s'est radicalisé à ce point. Je n'ai jamais reçu de réponse", avait déclaré en janvier son père, Omar Abaaoud, à la Dernière Heure. "Abdelhamid a jeté la honte sur notre famille. Nos vies sont détruites. Pourquoi, au nom de Dieu, voudrait-il tuer des Belges innocentsb? Notre famille doit tout à ce pays", avait expliqué Omar Abaaoud, dont la famille est arrivée en Belgique il y a 40 ans, en ajoutant qu'il ne "pardonnerait jamais" à Abdelhamid d'avoir "embrigadé" son jeune frère Younes.
 
Le plus connu des quelque 500 Belges partis combattre en Syrie ou en Irak est surtout lié à la "cellule de Verviers".

Coïncidence troublante 

Le 15 janvier, une semaine après les attentats de janvier à Paris, la police belge avait donné l'assaut dans une maison de cette ville de l'est de la Belgique, tuant deux de ses occupants, qui selon les enquêteurs s'apprêtaient à cibler les forces de l'ordre.
 
Abaaoud n'est pas sur place. Mais début février, il revendique avoir "planifié" ces attentats déjoués de justesse dans une interview que lui attribue Dabiq, le magazine de l'EI. "Nous avons finalement réussi à rejoindre la Belgique. Nous avons alors réussi à obtenir des armes et à établir une planque tout en planifiant de mener des opérations contre les 'croisés'", se vantait-il.
 
Selon la presse belge, Abaaoud avait été localisé en Grèce, d'où il communiquait avec les deux jihadistes tués à Verviers. Un coup de filet à Athènes n'avait pu réussir à l'arrêter. "J'ai pu partir et venir à el-Cham (en arabe la Grande Syrie ou sa capitale Damas, NDLR) malgré la chasse menée par tant de services de renseignement", se félicitait-il dans Dabiq.
 
En juillet, Abdelhamid Abaaoud a été condamné à Bruxelles, en son absence, à 20 ans de prison dans un procès sur les filières de recrutement de jihadistes belges pour la Syrie.