Qui soutient encore Bachar al-Assad ?

Malgré l'isolement de la Syrie sur la scène internationale, Bachar al-Assad bénéficie de puissants soutiens ©AFP

Le régime syrien organise ce mardi 3 juin 2014 une élection présidentielle, alors que le pays est dévasté depuis trois ans par un conflit aux allures de guerre de religion. Un seul candidat a été autorisé à se présenter contre Bachar al-Assad. Si le président syrien est certain d'être réélu, c'est qu'il s'est assuré des puissants soutiens dont les intérêts seraient contrariés par son éviction.

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Soutiens de longue date : l'Iran et le Hezbollah...

"Nous soutiendrons jusqu'au bout la Syrie". La déclaration de Ghassem Soleimani, le chef de la force Qods, unité d'élite des forces armées iraniennes, prononcée suite à l'attaque chimique qui a frappé Damas le 21 août 2013, est une mise en garde aux Occidentaux. Une manière de leur dire que s'attaquer à la Syrie, c'est s'attaquer à ses (puissants) alliés. 

Les liens qui unissent l'Iran et la Syrie sont anciens et forts. Entre les deux puissances chiites, le Hezbollah fait figure de trait d'union. La milice libanaise bénéficie de l'argent iranien pour se fournir en armes, et s'est engagée avec la Syrie et l'Iran dans la lutte contre Israël au nom d'un "front de résistance" contre l'Etat hébreu. 

Soutenu par Téhéran, le Hezbollah s'est illustré le 5 juin 2013 aux côtés de l'armée gouvernementale syrienne lors de la prise de la ville de Qousseir, alors contrôlée par l'Armée syrienne libre (ASL). Depuis, il semblerait que les combattants libanais n'aient pas cessé d'apporter leur aide aux troupes de Bachar al-Assad. Une hypothèse que partage Kathia Légaré, doctorante au département de science politique à l’Université Laval (Québec) dans un article détaillant l'engagement de la milice chiite dans le conflit. 

En février 2014, le quotidien libanais L'Orient le Jour affirmait même que "l'aide de l'Iran au régime de Bachar el-Assad [s'était] accrue ces derniers mois avec l'envoi de troupes d'élite chargées du renseignement et de la formation des forces syriennes". L'information lui aurait été fournie par "un ancien officier des gardiens de la révolution" iranienne.

Sergeï Lavrov, le ministre des affaires étrangères russe, a rencontré plusieurs fois le président syrien depuis le début du conflit ©AFP
Soutien militaire : la Russie 

Si la Russie fait preuve d'un soutien jusqu'au-boutiste à la Syrie, c'est en grande partie pour des raisons géopolitiques. Interrogé par SlateThomas Gomart, chercheur et directeur de l’unité Russie/NEI (Nouveaux Etats indépendants) de l’Institut français des Relations internationales (IFRI) avance: "L’enjeu, pour la Russie, est la stabilité au Moyen-Orient, mais Moscou veut aussi profiter de cette phase pour souligner l’incohérence occidentale."

La Russie chercherait, en soutenant le régime de Damas, à s'assurer que le pouvoir syrien ne tombe pas aux mains des islamistes. Leur influence pourrait alors se développer et permettre de constituer "un front panislamique qui s’étendrait du Caucase aux frontières orientales de la Communauté des Etats indépendants et de l'Asie centrale", ajoute le chercheur. 

De cette manière, la Russie exprimerait également son opposition aux pays du Golfe arabique qui arment la rébellion syrienne. Moscou soupçonnerait le Qatar et l'Arabie saoudite de financer des "camps d'entraînement islamistes en Tchétchénie", aux portes de la Russie. 

Thomas Gomart évoque enfin la place laissée à l'Iran par les puissances occidentales. "Le Kremlin considère qu’il n’y a point de stabilité viable au Moyen-Orient sans une politique d’inclusion de l’Iran", explique-t-il. La Russie ne changera donc sans doute pas de position tant que les Occidentaux chercheront à isoler l'Iran. 

La Russie et la Syrie sont également liées par des intérêts économiques. Depuis le début des années 2000, les échanges commerciaux entre les deux pays se sont multipliés. Par ailleurs, Moscou "est le seul partenaire de la Syrie dans le nucléaire civil". La vente d'armes est aussi source d'intérêts pour le pays. Un rapport du Stockholm International Peace Institute sur "les tendances des transferts d'armes" réalisé en 2013 souligne que "la Syrie semble être principalement dépendante de la Russie pour l'importation d'armes". 

Les Syriens d'Amérique du sud, dont beaucoup sont chrétiens, soutiennent toujours le raïs syrien ©AFP
Syriens d'Amérique du sud 

Dans un article publié sur le site OrientXXI, Janaina Herrera, diplomate de carrière et fondatrice du Think tank "New generation consulting", aborde les relations entre l'Amérique latine et le Moyen-Orient. Elle y souligne que les communautés syriennes d'Amérique du Sud, et notamment du Venezuela, de l'Argentine et du Brésil sont des soutiens particulièrement fervents du président syrien. 

Majoritairement chrétiennes, ces populations craignent pour le sort des minorités religieuses en cas de prise de pouvoir par les islamistes "La grande majorité exprime des positions directement ou indirectement favorables au régime syrien. Toute forme d’intervention étrangère en Syrie est rejetée, y compris par les plus critiques à l’égard du régime", précise la diplomate. 

Plus que de les éloigner du régime, la crise syrienne a réveillé et mobilisé ces communautés en sa faveur. L'islamisation de la contestation a également convaincu les soutiens de Bachar al-Assad. Pour Fabrice Labanche, maître de conférence à l'université Lyon 2 et directeur du GREMMO (Groupes de recherches et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient), le phénomène "a agi comme un repoussoir pour tous les Syriens qui souhaitent conserver un mode de vie laïc". 

Les chrétiens de Syrie, comme les autres autres minorités religieuses, craignent une prise de pouvoir des islamistes ©AFP
Minorités religieuses

Sunnite à 70%, la Syrie abrite des communautés alaouites, druzes, chrétiennes, ismaéliennes et des chiites duodécimains. La minorité alaouite, dont la dynastie Assad fait partie, représente 10% de la population. Persécutés pendant des dizaines d'années, ces musulmans occupent aujourd'hui les postes clés du pouvoir. 

A ces groupes religieux, il faut ajouter les Arméniens, minoritaires parce que non-arabes. Eux aussi soutiennent le leader syrien pour des raisons de sécurité. Dans un article publié sur le site Atlantico.fr, Fabrice Balanche affirme que le parti Tachnag (Tachnag est l'abréviation de "Fédération révolutionnaire arménienne" en arménien occidental, un parti arménien de gauche) aurait organisé des manifestations de soutien à Bachar al-Assad dès le mois d'avril 2011. 

L'émergence des groupes djihadistes venus combattre en Syrie n'a fait que renforcer l'attachement de ces populations à Bachar al-Assad, éloignant encore plus la possibilité d'une résolution diplomatique du conflit.