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Raids israéliens contre roquettes palestiniennes : le point de vue d'un médiateur

Quatre jours après le lancement de l'opération "Pilier de défense", la tension est à son comble au Proche-Orient. Depuis le début de l'offensive israélienne, mercredi 14 novembre, 40 Palestiniens et 3 Israéliens ont été tués, et plus de 400 personnes ont été blessées, dont 385 Palestiniens. Gershon Baskin, fondateur de l'IPCRI, milite pour la paix dans la région sur la base de deux Etats : Palestine et Israël. Il replace les événements de ces derniers jours dans leur contexte régional et international.

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“Pilier de défense“ : bilan de 4 jours d'affrontements

Raids israéliens contre roquettes palestiniennes : le point de vue d'un médiateur

Entretien avec Gershon Baskin

Propos recueillis par Liliane Charrier
Que pensez-vous du moment choisi pour l'opération “Pilier de défense“ ?

Je ne pense pas que ces opérations soient à replacer dans un contexte électoral. Elles ne sont liées ni aux élections prévues pour janvier 2013 en Israël, ni à la présidentielle aux Etats-Unis. Pourquoi le Premier ministre et le ministre de la Défense israéliens lanceraient-ils une guerre meurtrière et dévastatrice ? Simplement dans un but électoral ? Je n’y crois pas, d’autant plus que l’échéance électorale, en Israël, est encore très éloignée. L’issue de ces opérations reste trop incertaine pour que le gouvernement en tire un avantage face à la société israélienne. Et plus elles s’éterniseront, plus la situation sera complexe.

Quant aux élections américaines, elles n’ont pas non plus déterminées le calendrier des opérations. Les Etats-Unis n’interviennent quasiment pas dans les relations entre Israël et le Hamas. Ces dernières années, le gouvernement américain a toujours considéré le Hamas comme une organisation terroriste, menant ses propres activités. Les relations israélo-palestiniennes ne sont pas à l’ordre du jour pour le président Obama.

Chef de la branche armé du Hamas ou défenseur de la paix à Gaza - qui était réellement Ahmed Jabari, tué mercredi dans un raid israélien ?

Ahmed Jabari au Caire en 2011 (AFP)
Ahmed Jabari au Caire en 2011 (AFP)
Contrairement à ce que l’on a pu lire dans la presse ces derniers jours, Ahmed Jabari ne coopérait en aucun cas avec les Israéliens. Il refusait de reconnaître Israël ; il jamais adressé la parole à un Israélien, ni face à face, ni même au téléphone. Loin d’être modéré, Ahmed Jabari était un fervent musulman, un extrémiste convaincu et inflexible. Mais il devenait pragmatique – ce qui est très différent. Il voyait bien que tirer une roquette sur Israël ne servait pas la cause du Hamas : elle risquait plus de tuer vingt civils palestiniens que de provoquer le moindre dégât en Israël. C’est pour cette raison, et uniquement pour cette raison, qu’il jugeait préférable de respecter la trêve, le temps, peut-être, de renforcer les positions du Hamas, d’attendre des livraisons d’armes ou d’élaborer une nouvelle stratégie. Mais jamais Ahmed Jabari n’a parlé de paix.

Gaza et Cisjordanie peuvent-ils ne former qu'un seul et même Etat ?


Les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie sont un seul et même peuple. Mais plus la formation d’un Etat palestinien se fera attendre, plus il leur sera difficile de s’entendre. Tout dépend des négociations entre Israël et Mahmoud Abbas, chef de l’autorité palestinienne et de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Il devra être stipulé dans l’accord que l’Etat palestinien issu de ces négociations doit inclure Gaza et la Cisjordanie. J’ai déjà proposé de matérialiser un lien réel entre Gaza et la Cisjordanie. Pourquoi attendre la paix pour matérialiser une voie de communication ? Il faudra plusieurs années pour la construire, alors pourquoi ne pas commencer dès maintenant ? Pourquoi ne pas montrer aux Gazaouis qu’il existe une issue ? Pourquoi ne pas faire la paix avec l’OLP ? Montrer aux Gazaouis qu’ils peuvent participer à la paix, à l’ouverture, à la liberté, à la prospérité, mais qu’il leur faut, pour cela, s’accommoder de l'autorité palestinienne. S’il est quelque chose que nous avons appris des printemps arabes, ces deux dernières années, c’est qu’il existe une alternative pour les peuples du Proche-Orient, qu’il est possible de surmonter ses craintes et de s’intégrer à un régime capable d’œuvrer dans son intérêt. Or le changement de régime à Gaza n’est pas une affaire israélienne, c’est la responsabilité des Palestiniens. Ils doivent savoir ce qu’ils veulent et décider de le concrétiser.