RDC : au moins dix fosses communes découvertes dans le Kasaï-Central

Région du centre de la République démocratique du Congo, le Kasaï est le théâtre de  violences qui ont déjà fait au moins 400 morts et déplacé des centaines de milliers d’habitants.

Région du centre de la République démocratique du Congo, le Kasaï est le théâtre de violences qui ont déjà fait au moins 400 morts et déplacé des centaines de milliers d’habitants.

(capture d'écran)

Des enquêteurs de l'ONU ont dénombré dix fosses communes liées aux violences qui secouent depuis septembre le Kasaï-central, dans le centre de la République démocratique du Congo. Depuis le début de la rébellion, les violences ont fait au minimum 400 morts au Kasaï.

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Des enquêteurs de l'ONU ont dénombré dix fosses communes liées aux violences qui secouent depuis septembre le Kasaï-central, dans le centre de la République démocratique du Congo.

"Nous avons communiqué au gouvernement [congolais] la présence de sept fosses communes dans le territoire de Demba [...] et trois fosses communes à Tshimbulu", a déclaré Barbara Matasconi, agent du Bureau conjoint de l'ONU aux droits de l'Homme en RDC (BCNUDH) au cours d'une conférence de presse à Kinshasa.

Demba et Tshimbulu sont deux territoires du sud de la province du Kasaï-central, où est née en septembre la rébellion Kamwina Nsapu, avant de s'étendre à trois provinces voisines. 

Enquêtant déjà depuis l'an dernier, le Bureau conjoint de l'ONU aux droits de l'Homme en RDC (BCNUDH) avait fait connaître la découverte le 8 mars, par la voix du haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, de trois charniers au Kasaï.

Charniers dont le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, avait reconnu l'existence dans la région, sans préciser l'identité des personnes tuées et ni les auteurs des tueries.

Par ailleurs, une enquête menée conjointement par l’agence britannique Reuters et Radio France Internationale (RFI) avait évoqué l'existence il y a quelques jours d'au moins  huit charniers découverts dans le Kasaï-Central, autour du chef-lieu de Tshimbulu.

Ce sont les villageois qui ont indiqué les lieux aux enquêteurs et leur ont montré les traces des fosses communes, où seraient enterrés de nombreux hommes, femmes et enfants.

La journaliste Sonia Rolley a rencontré les habitants de Tshimbulu, une ville de la province du Kasaï central, dans le centre de la République démocratique du Congo. Elle écrit : " d’autres témoins disent avoir vu des hommes, des femmes et même des enfants. Ils étaient répartis dans treize « puits », le quatorzième est toujours ouvert. Une tombe bien trop grande pour ne contenir qu’un seul corps. Les habitants de Tshimbulu expliquent que la Monusco a pris des photos de cette fosse commune, comme d’une deuxième qui se trouve sur une route secondaire à deux kilomètres de là. Au moins huit fosses communes ont ainsi été découvertes par les habitants de Tshimbulu depuis le début de l’année.

 

Qui sont ces personnes ?

"Les forces gouvernementales ont pris pour cibles des civils, dont des femmes et des enfants, faisant un grand nombre de morts cette semaine dans le centre de la RDC et restreignant l'accès de la région aux casques bleus des Nations unies", a déclaré samedi la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RD Congo (Monusco)

Les affrontements entre l'armée et ces insurgés ont fait des centaines de morts et déplacé des centaines de milliers d'habitants depuis août dernier, après la mort de Kamwina Nsapu, chef traditionnel tué lors d'une opération de police.

Sur fond d'accusations de violences contre des civils, les autorités de RDC ont annoncé samedi avoir inculpé sept soldats en lien avec une vidéo diffusée en février, qui montrerait des militaires massacrant des membres présumés de cette milice.

Le général-major Joseph Ponde, auditeur général des Forces armées congolaises (FARDC) a précisé les chefs d’inculpations : " crimes de guerre par meurtre, par mutilation, par traitements cruels inhumains et dégradants, et refus de dénonciation d’une infraction commise par des justiciables de juridictions militaires ".


Les Nations unies suspectent aussi les forces de sécurité congolaises d’avoir tué au moins 84 miliciens à Tshimbulu. Plusieurs témoins affirment avoir vu ‘‘les militaires’‘ creuser des fosses dans la nuit du 12 au 13 février.

Kamuina Nsapu
Kamuina Nsapu
(capture d'écran)

Le pouvoir congolais impute l’existence de ces fosses communes aux miliciens se réclamant de Kamwina Nsapu comme étant les auteurs de ces fosses communes.

L'Organisation des Nations Unies avait indiqué qu'elle soupçonnait les forces congolaises  d'avoir tué 84 membres de la milice Kamuina Nsapu près de la ville de Tshimbulu entre le 9 et le 13 février mais le gouvernement continue de nier que ses soldats aient pû utilisé des armes.

Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, avait alors affirmé que les corps dans les fosses communes étaient ceux des combattants Kamuina Nsapu enterrés par les milices et non par l'armée.

Par ailleurs, La MONUSCO continue ses recherches dans le Kasaï Central pour retrouver les deux membres du groupe d’experts des Nations Unies portés disparus depuis le 12 mars ainsi que leurs quatre accompagnateurs congolais. A ce jour, c'est la première fois que des experts de l'ONU sont portés disparus en République démocratique du Congo.