Réchauffement climatique aux Etats-Unis : état des lieux

A la une de The Boston Globe du 7 mai 2014
A la une de The Boston Globe du 7 mai 2014

"Le Texas particulièrement touché par le réchauffement de la planète", titrait The Dallas Morning News, tandis que The Boston Globe soulignait l'impact sensible du changement climatique sur le nord-est des Etats-Unis et que le New York Times constatait que le changement climatique est désormais effectif. Mercredi 7 mai, la presse américaine réagissait comme un seul homme à la publication du nouveau rapport d'évaluation sur le changement climatique (lien en anglais) commandé par la Maison-Blanche. Pour les spécialistes, les bouleversements, dans la plupart des régions d'Amérique, sont déjà sensibles.

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Le changement, c'est maintenant

Etés plus longs et plus chauds, vagues de chaleur sans fin, hivers plus courts et moins froids, pluies plus violentes... De mémoire d'homme, les Américains n'ont jamais rien connu de tel. Telle est la conclusion des spécialistes américains du climat, qui viennent de dévoiler un nouveau rapport, fruit de quatre années de travaux. Les scientifiques constatent des problèmes d'accès à l'eau et des incendies précoces dans le Sud-Ouest, des précipitations de plus en plus brutales dans le Nord-Est, et une montée de l'océan qui s'attaque à la côte de Floride. A cela s'ajoute l'aggravation de certaines allergies saisonnières, la modification de la faune et de la flore et la prolifération des nuisibles thermophiles, qui détruisent forêts et cultures - le dendroctones du pin ponderosa a décimé les forêts du Canada et d'Amérique. Un état des lieux qui tire "la sonnette d'alarme la plus forte et la plus nette" jamais émise sur les conséquences du réchauffement climatique aux Etats-Unis, déclare le conseiller scientifique du président Obama, John Holdren.

Les températures ont augmenté de 0,75°C en moyenne dans le monde au cours du xxe siècle. Et c'est un fait : ce réchauffement a bouleversé le contexte environnemental en Amérique du Nord. Et si les émissions de méthane et de dioxyde de carbone continuent à évoluer au rythme actuel, les températures pourraient augmenter de plus de 5°C d'ici la fin du XXIe siècle aux Etats-Unis. Aucune région ne sera épargnée. A commencer par l'Alaska, qui s'est réchauffé deux fois plus vite que le reste du pays, et dont les écosystèmes souffrent déjà de la fonte des glaciers, tandis que le dégel du permafrost met ses équipements à dure épreuve.

Février 2012 : la route numéro 1 menacée par les inondations<br/>
Février 2012 : la route numéro 1 menacée par les inondations
Le coût du réchauffement

Aux quatre coins du pays, des infrastructures essentielles à l'économie sont menacées par la montée des eaux et les cyclones tropicaux. Le rapport cite l'exemple de la route numéro 1, en Louisiane, un axe stratégique pour la production pétrolière. Or cette route est en train de s'enfoncer, alors que le niveau de l'eau monte. Les spécialistes estiment à 7,8 milliards de dollars le manque à gagner pour l'économie américaine si cette seule route était inutilisable pendant trois mois.

Globalement, le changement climatique grève les budgets des systèmes de transport du pays, et il continuera à en augmenter les coûts, prévoient les scientifiques. Le secteur agricole, contraint à composer avec des hivers plus courts, lui aussi, en subit les conséquences. “Le coût du réchauffement est sensible, mais ce n'est rien comparé à l'ardoise que nous aurons à solder à la fin du XXIe siècle si rien n'est fait d'ici là,” déclare au New York Times Richard B. Alley, climatologue indépendant.


Des avantages à court terme

Pourtant, le rapport confirme aussi que, à court terme, le réchauffement peut avoir certains effets positifs. Les rendements agricoles augmentent au Midwest, par exemple, puisque la saison des récoltes dure plus longtemps, tandis que les grands lacs se prêtent plus longtemps à la navigation. Quant à la diminution des maladies liées au froid (rhumes, engelures...), elle profite surtout aux caisses privées d'assurance maladie... Reste que, à long terme, ces avantages ne compensent pas les dégâts irréversibles causés à l'environnement par le réchauffement climatique.

Le rapport s'inscrit dans le droit fil des efforts du président Obama pour lutter contre le réchauffement dans son pays, le plus pollueur de la planète. En juin 2013, il avait dévoilé une vaste initiative en s'attaquant aux émissions de gaz à effet de serre des centrales au charbon et en développant davantage les sources d'énergie propre. Objectif : réduire d'ici à 2020 les émissions de gaz à effet de serre de 17% par rapport à leur niveau de 2005.


Naomi Oreskes annonce “L'effondrement de la civilisation occidentale“

08.05.2014Interviewée par Mohamed Kaci
Les rapports alarmistes sur le climat se succèdent sans émouvoir outre mesure. Et pourtant, chaque jour qui passe nous pousse vers l'abîme. L'historienne américaine Naomi ORESKES, professeure d'histoire des sciences de la Terre, voit dans cette inaction la main des lobbys industriels. Pour sensibiliser le monde, elle s'est projetée en 2093 et décrit l'effondrement de la civilisation occidentale à la suite du réchauffement climatique. Elle publie, avec Erik Conway, "L'effondrement de la civilisation occidentale" aux éditions Les Liens qui Libèrent. Elle est l'invitée du 64' sur TV5MONDE.
Naomi Oreskes annonce “L'effondrement de la civilisation occidentale“

La pluie tombe à l'est

Au cours des cinquante dernières années, les précipitations ont augmenté de 71 % dans le nord-est, de 37 % dans le Midwest et de 27 % dans le sud. Très violentes, ces pluies ont provoqué des inondations catastrophiques, comme à Nashville en 2010, dans le Colorado en 2013, ou en Floride au début du mois de mai 2014.