Regards d'expatriés - L'élection américaine vue de Suisse

Maya Samara / Democrats Abroad Switzerland
Maya Samara / Democrats Abroad Switzerland

Ils sont citoyens américains, ils ne vivent plus aux Etats-Unis mais n'en restent pas moins concernés par le choix de leur président. Maya Samara vit à Genève depuis 2001. Très active en politique, elle dirige les "Democrats Abroads" en Suisse et soutient avec enthousiasme le président sortant Barack Obama. Nous lui avons posé quelques questions sur la façon dont elle vit cette élection à distance.

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Maya, comment fait-on pour se sentir concerné par une élection quand on n'habite plus dans son pays ?
Mais c’est justement les élections qui nous relient et nous rapprochent, en tant qu'Américains. Avant de me mettre à soutenir le candidat Barack Obama, je connaissais à peine deux ou trois Américains à Genève ! Il y en a beaucoup pourtant, mais je ne les connaissais pas. Grâce aux élections, j’en ai rencontré des centaines. Pendant les périodes pré-électorales, les gens sortent de chez eux, retrouvent d’autres compatriotes pour vivre ce moment ensemble et partager leur intérêt pour ce qui se passe dans leur pays. 

La politique et vous, c'est une histoire de longue date ? 
Non, c'est une histoire plutôt récente. Je dirais que c’est en 2004 que j'ai commencé à suivre ce qui se passait pendant les élections aux Etats-Unis. Je suis devenue membre des Democrats Abroad en 2006, et j’ai commencé à assister un peu à leurs réunions. En 2007, le candidat Barack Obama s’est présenté et j’ai tout de suite été motivée par sa candidature, sa personne et son message de changement. Je me suis engagée dans sa campagne avec beaucoup d’énergie. J’ai notamment fondé un groupe à Genève qui s’appelle « Geneva for Obama ». On le soutient, on organise plein d’événements autour de sa candidature. 

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Et en quoi ça consiste, ces événements que vous organisez ? 
Notre but premier est de s’assurer que tous les Américains vivant en Suisse et qui souhaitent voter, puissent le faire. Souvent, ils se posent la question de "comment voter ?". Ils ne sont pas tous au courant du fait qu’ils doivent demander la carte vote. Nous avons mis en place un site web qui facilite cette tâche "VoteFromAbroad.org " et nous nou s déplaçons dans des universités. On organise, par exemple, des soirées où l'on diffuse la série très populaire aux Etats-Unis « The Daily Show With Jon Stewart ». C’est un comédien qui parle de la politique aux Etats Unis et qui se moque de la façon dont les chaînes Fox News et CNN traitent l'information. Je crois qu'on peut dire qu’une grande partie des gens de moins de 35 ans aux USA se tient informée via ce show plutôt que de regarder les vraies informations ! Avec ces soirées, des jeunes professionnels et des étudiants qui n’ont peut-être jamais pensé à voter ou qui ne savent pas comment faire, vont venir. On aide les gens à remplir ce formulaire quelque fois un peu compliqué et à faire leur demande de carte de vote à leur Etat. 

Si vous ne connaissez pas le “Daily Show with Jon Stewart“... voici un extrait


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Justement, pouvez-vous nous expliquer la procédure pour voter quand on est expatrié ? 
Il faut remplir le formulaire, le « Federal Postcode Application » demandé par l’Etat dans lequel on a vécu avant de quitter les Etats-Unis. Sur cette carte, on doit donner l’adresse que l’on avait avant de quitter le pays (même si vous n’êtes plus locataire, ou propriétaire, cette adresse restera la vôtre jusqu’à ce que vous retourniez aux USA). On donne également son adresse à l’étranger : on reçoit alors sa carte de vote, soit par courrier, soit par email. Il faut la remplir et la renvoyer. Mais chaque état gère le vote de manière différente, ce qui rend certaines procédures difficiles à comprendre. Les gens ont quelque fois du mal à remplir leur fiche ou à comprendre comment renvoyer leur carte de vote. Et chaque état a une date limite d’enregistrement différente. Nous, on a fait l’effort depuis février, d’appeler tous nos membres par téléphone pour nous assurer qu’ils connaissaient la procédure de vote depuis l’étranger et qu’ils feraient leur demande de carte de vote sans attendre la dernière minute. 

A quels thèmes de campagne les expatriés sont-ils particulièrement sensibles ?
Je crois que c’est différent pour tout le monde. Il y a les expatriés de longue date qui vont peut-être plus regarder l’image que renvoient les Etats-Unis dans le monde. Les années Bush par exemple ont été des années très dures pour les Américains qui vivaient à l’étranger. Le pays se lançait dans deux guerres et détruisait leur image. Ensuite il y a ceux qui ont encore de la famille au pays, et qui vont être influencés par un cas personnel, comme quelqu’un qui souffre d’une maladie et qui n’a pas d’assurance. Ceux qui vivent en Europe et qui ont des assurances maladie automatiques, reconnues comme un droit, sont sensibles à ce que les Etats-Unis adoptent un système équivalent. Ensuite, il y a les expatriés qui sont envoyés par leur société à l’étranger pour juste deux ou trois ans. Ils ont un lien encore très fort non seulement avec les Etats-Unis et les élections fédérales, mais aussi avec leur Etat et tout ce qui se passe en interne. Eux seront peut-être motivés par des points plus concrets.

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Quels sont vos pronostics pour cette année et où serez vous la nuit du 6 novembre ?
Je pense avec grande certitude que Obama va gagner. Je n’ai aucun doute. Pour le premier débat, j’ai trouvé que les réactions des medias qui le disaient perdant ne correspondaient pas du tout à ce que j’avais ressenti. Le 6 novembre, je serai à Genève. On organise une très grande fête « Switzerland for Obama 2012», dans une salle avec de grands écrans, de 22h30 à 7h du matin ! Et on espère être tous ensemble pour écouter le discours de Barack Obama quand il va annoncer sa victoire ! 


L'Amérique en marche

La chronique de Thomas Snegaroff sur
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