Rencontre avec Leszek Balcerowicz, gouverneur de la Banque nationale de Pologne

dans

« Pour réformer l’économie mondiale, il faut faire évoluer les opinions publiques. »

Leçon d’économie à l’usage des Grecs et autres Européens défaillants

Leszek Balcerowicz, Wikicommons
Leszek Balcerowicz, Wikicommons


Leszek Balcerowicz est un homme courtois mais ferme, venu énoncer à Paris devant le public choisi du Cercle des Européens, quelques vérités économiques et financières, en particulier aux malheureux Grecs et Espagnols, avec l’assurance de celui qui préside aux destinées de la Banque nationale du seul pays européen à avoir échappé à la récession : la Pologne.

Rencontre dans les bureaux du Parlement européen à Paris...

Le centre financier de Varsovie, la capitale polonaise - Wikicommons
Le centre financier de Varsovie, la capitale polonaise - Wikicommons
L’ancien premier vice-Premier ministre et ministre des Finances de la Pologne non communiste en 1989 fut le père de la transition vers l’économie de marché et appliqua à son pays une thérapie de choc, inspirée des principes de l’ultralibérale école de Chicago, avec chasse aux déficits publics et fiscalité très réduite pour les entreprises et investisseurs privés, polonais ou étrangers... Avec pour résultat immédiat un désastre social - la mise au chômage de près de 1 millions 100 000 ouvriers – puis l’un des taux de croissance les plus élevés d’Europe. Ce choix du long terme contre la courte vue guide toujours cet économiste, y compris dans ses remontrances à ses collègues européens.

Toujours certain de la justesse de ses réformes drastiques, Leszek Balcerowicz estime juste qu’il faut convaincre les populations de les accepter...

Selon lui, les responsabilités de la crise que le monde traverse n'ont rien à voir avec le capitalisme. Et il répète avec gourmandise que "le socialisme est toujours mauvais, tandis que le capitalisme, même avec ses défauts est toujours bon et qu'il est consubstantiel à la démocratie". Autrement dit pas de démocratie sans capitalisme et réciproquement.

Voici ses recommandations pour remonter la pente et assainir les comptes :
1 – Réduire la vie à crédit non seulement des particuliers, mais aussi des États.
2 -  Réduire la fiscalité, rendre flexible le marché du travail, permettre aux banques d’être à l’équilibre.
3 – Engager rapidement ces réformes structurelles dans nos pays âgés.
4 -  Arrêter de faire peser sur les entreprises les contraintes environnementales liés au développement d’une politique axée sur le changement climatique.
5 – Arrêter toute politique de prodigalité étatique en direction des populations.
6 – Cesser de penser que les crises sont forcément négatives. Elles peuvent au contraire insuffler le courage pour entreprendre les réformes, comme on l’a vu en Argentine en 2000.

Effectivement, M Leszek Balcerowicz devra user de tout son charme pour rallier les opinions publiques européennes au bien fondé de son plan, en particulier celles de Grèce et d’Espagne, auxquelles on demande de payer les pots cassés, au sens propre et figuré.

Sylvie Braibant, Paris, le 11 mars 2010