Rentrée scolaire : des professeurs bien inégaux

Classe de philosophie au lycée public de Thomonde (Haïti).<br />
Classe de philosophie au lycée public de Thomonde (Haïti).
Photo Pascal Priestley

Surcharge des classes ou du programme, effectifs, salaires  : chaque rentrée scolaire dans le monde apporte son lot de discussions et de conflits. C’est particulièrement vrai en France où les enseignants, paradoxe au regard de son histoire, se trouvent matériellement parmi les plus mal traités des pays développés. D’autres, ailleurs, le sont bien plus encore..

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2500 euros par mois : c’est le revenu mensuel moyen net d’un professeur de l’éducation nationale française. Derrière ce chiffre, bien sûr, de multiples disparités. 30 % de moins pour les maîtres du primaire que leurs collègues du secondaire. Plus que d’une différence de statut, l’écart provient en grande partie d’heures supplémentaires et de primes plus largement dispensées dans le second degré qu’à l’école élémentaire. Même au lycée, pourtant, le salaire de base d’un débutant reste inférieur à 2000 €, à peine un quart de plus que le salaire minimum légal français (SMIC).

De tels chiffres peuvent certes faire rêver un professeur africain vingt fois moins rémunéré. A reporter au niveau de vie moyen, il n’en est pas moins l’un des plus faibles du monde développé, traduisant une baisse du pouvoir d’achat de près de 20 % depuis les années 80 tandis que le niveau de recrutement, lui s’est élevé (master, désormais, pour un professeur du primaire). Peu soupçonnable de complaisance avec un corps réputé hostile à son camp, le chef de file conservateur et ancien Premier ministre français Alain Juppé vient lui-même de se déclarer lors de cette rentrée favorable à une revalorisation de 10 % des salaires, contraignant le gouvernement socialiste à une promesse similaire … pour le prochain quinquennat. A supposer que de tels engagements soient tenus – hypothèse hasardeuse au regard de la pratique et dans le contexte d’austérité endossée par les deux camps – l’amélioration laissera encore la France à la traîne de l’OCDE, non loin de la Grèce.

Dans l’OCDE, de surprenantes disparités

Quoiqu’un peu exigu, le paradis – pécuniaire - des enseignants est pourtant tout proche : le Luxembourg. Le salaire d’un instituteur débutant y est de plus de 4 000 € par mois. Plus de 8 500 € pour un professeur de second cycle en milieu de carrière. Le même ne gagnera en Suisse « que » 5 000 € environ et un peu moins en Allemagne.

Le milieu de peloton européen forme un ensemble assez inattendu où l’on trouve à peu de distance la Belgique, l’Espagne, l’Autriche ou le Portugal (3 300 à 4 000 € /mois pour un enseignant du secondaire à 15 ans d’ancienneté). Une fourchette assez proche, au passage, de celle qui prévaut, outre-Atlantique, au Canada, son grand voisin étatsunien se trouvant moins bien loti.

Vers le fond de la classe, la France voisine autour de 2 500 € avec l’Angleterre et l’Italie, suivie de la Grèce et, loin derrière, des pays issus de l’ancien bloc socialiste (Républiques Tchèque et Slovaque, Pologne, Estonie …). Bien plus loin, la Roumanie et la Bulgarie où le même enseignant gagne autour de … 400 €.

Au Sud, rien de nouveau

Ce point bas européen est inférieur aux traitements pratiqués au Maghreb (ex : 500 € environ en Algérie, d’avantage au Maroc) voire de ceux qui ont cours dans l’Afrique Sub-saharienne la moins démunie : plus de 500 € en Côte d’Ivoire (toujours dans l’enseignement secondaire) qui fait figure d’exception. Dans la plupart des pays de la région leur niveau tombe à moins de 100 € , parfois, comme en République démocratique du Congo, à une quarantaine d’euros par mois. C’est également le cas, en Francophonie, au Cambodge ou en Haïti où un professeur gagne, lorsqu’il est payé, de l’ordre d’un euro par jour. À formation comparable sinon équivalente, à peu près trois-cents fois moins qu’au Luxembourg.


Sources : OCDE, Eurydice