République Tchèque : “Cherche président pour démocratie malade...“

Les 9 candidats à l'élection présidentielle du 11 janvier 2013
Les 9 candidats à l'élection présidentielle du 11 janvier 2013

Les Tchèques sont appelés pour la première fois à élire leur président au suffrage universel. Ce scrutin pourra-t-il redonner le goût de la démocratie à des citoyens las de la corruption et de l'austérité budgétaire ?

dans
Un nouveau signe que les Tchèques sont fatigués de la politique et de leurs politiciens : les sondages pour cette élection présidentielle inédite donnent favoris deux candidats, sinon "dissidents", du moins hors des grands partis traditionnels. D'un coté, Jan Fischer, indépendant mais classé à droite, de l'autre Milos Zeman, transfuge du CSSD, le parti social-démocrate, se disputent la succession de Vaclav Klaus, au poste de président depuis 2003.

Les électeurs exaspérés

Jan Fischer, ancien Premier ministre et candidat centriste
Jan Fischer, ancien Premier ministre et candidat centriste

"L'introduction du suffrage universel direct pour la présidentielle est supposé répondre à un phénomène de désenchantement démocratique. Il y a aujourd'hui en République tchèque une coupure entre les élites et la population et cette élection est censé redonner une légitimité au pouvoir politique," explique Jacques Rupnik, directeur de recherche au CERI et spécialiste de l'Europe centrale. 

Les électeurs semblent particulièrement exaspérés par les scandales de corruption à répétition touchant les hommes politiques. En 2008, la réélection de Vaclav Klaus par les Parlementaires a donné lieu à d'interminables et douteuses tractations qui ont particulièrement écoeuré les citoyens. La participation est de plus en plus faible lors des scrutins électoraux.

Mais il faudrait rajouter comme facteur de mécontentement, le régime d'austérité drastique imposé au pays par le Premier Ministre Petr Necas, du parti de droite ODS. "C'est même le problème n° 1 pour les Tchèques", estime Jean-Pierre Pagé, économiste et directeur du Tableau de bord des pays d'Europe centrale et orientale publié chaque année par le CERI. "C'est une rigueur excessive dont il n'ont pas besoin, car la République Tchèque n'a pas de gros problèmes économiques, mais elle est dictée par l'idéologie néo libérale de l'ODS et de Vaclav Klaus". Résultat, le pays est entré en récession l'année dernière.

La Tchéquie distancée par la Slovaquie

Milos Zeman, ancien Premier ministre de gauche et candidat à la présidence <br/>
Milos Zeman, ancien Premier ministre de gauche et candidat à la présidence

La croissance devrait s'établir autour de - 1 % en 2012 quand en Slovaquie voisine, il devrait atteindre + 2,8 %. Tchèques et Slovaques ont commémoré le 1er janvier, les 20 ans de leur séparation en deux Etats distincts, mais les peuples sont restés culturellement proches et les comparaisons sont incessantes. A cet égard, la petite Slovaquie qui s'est voulue pendant longtemps  le fer de lance du néo libéralisme en Europe vient de se doter d'un gouvernement social-démocrate. Mieux, celui-ci annonce vouloir rétablir plus de justice sociale dans l’impôt et soutenir la croissance par l'investissement public. De quoi faire rêver les Tchèques confrontés aux coupes budgétaires et à l'augmentation de la TVA...

Réconcilier les Tchèques avec leur démocratie


En République Tchèque, le Président dispose de pouvoirs limités mais il peut quand même nommer ou destituer le Premier ministre et les autres membres du gouvernement ; et encore entériner les lois adoptées par le Parlement ou y opposer un veto que le Parlement peut contourner en revotant le texte. Dans ce contexte, l'élection d'un homme nouveau peut-elle faire bouger les choses et réconcilier les Tchèques avec leur jeune démocratie ?
 
Jacques Rupnik se déclare sceptique car les personnalités qui émergent ne semblent pas à la mesure de la tache. "Le choix est limité, vous avez d'un coté Jan Fischer, ancien communiste, statisticien mais certainement pas un homme politique. Il n'a pas vraiment d'idée, pas de programme... Ou alors Milos Zeman qui est un politicien plus expérimenté, et même roué, mais qui, comme Vaclav Klaus, est un expert dans la déstabilisation de son propre camp. On risquerait d'avoir encore une fois une personnalité, certes forte, mais imprévisible à la tête de l'Etat. Ca ne ferait que renforcer le scénario de décomposition politique assez avancé en République Tchèque".

Surprise au premier tour

13.01.2013
Karel Schwarzenberg, challenger de Milos Zeman
Karel Schwarzenberg, challenger de Milos Zeman
Comme prévu, le scrutin des 11 et 12 janvier a placé en tête Milos Zeman, ancien premier ministre de gauche. Mais c’est de la deuxième place qu’est venue la surprise. Finalement, Karel Schwarzenberg, actuel ministre des affaires étrangères sera présent au deuxième tour. Les deux hommes obtiennent respectivement 24,22 % et 23,40%  des voix.

Un des favoris des sondages est éliminé : Jan Fischer, candidat indépendant et chef en 2009-2010 d’un gouvernement provisoire. Il a fait une campagne terne et avait fortement baissé ces derniers jours.

Karel Schwarzenberg, 75 ans,  est un aristocrate que les Tchèques aiment appeler par son titre de Prince. Militant des droits de l’homme, il a vécu en exil pendant quarante et un ans à l’époque de la Tchécoslovaquie communiste. Il rentre au pays en 1989 et devient un proche de Vaclav Havel, le premier Président.

Le "Prince" est à la tête d’un petit parti de droite, Top 09, et sur une ligne remarquablement pro-européenne dans un pays souvent acquis aux discours europhobes.

Néanmoins le favori reste Milos Zeman, 68 ans, transfuge du parti social-démocrate CSSD. Politicien influent, il est aujourd’hui à la tête du Parti des droits du citoyen (SPOZ) et toujours classé à gauche. Il a été Premier Ministre de 1998 à 2000 et s’est surtout fait connaître pour sa verve, voire ses outrances verbales. Ses ennemis politiques le décrivent souvent comme populiste.

Le deuxième tour est prévu les 25 et 26 janvier. A Prague, les chroniqueurs politiques soulignent que l’issue est incertaine mais quoiqu’il en soit, le troisième président tchèque depuis la séparation du pays sera forcément plus europhile que le sortant, Vaclav Klaus, qui termine son mandat en mars. (JLE)