Rio 2016 : quand Jeux paralympiques riment avec polémiques

L'athlète américain John Roberts lors des Jeux paralympiques américains, le 1er juillet 2016 à Charlotte (Etats-Unis).
L'athlète américain John Roberts lors des Jeux paralympiques américains, le 1er juillet 2016 à Charlotte (Etats-Unis).
©AP Photo/Chuck Burton

La flamme olympique brûle de nouveau à Rio pour les XVe Jeux paralympiques d'été. Billets invendus, budget détourné, athlètes russes exclus, dopage ou automutilation : la compétition s'ouvre sur fond de critiques.

dans

Ils sont près de 4 300 athlètes, venus de 161 nations. Tous sont d'abord des sportifs confirmés, non professionnels, et aussi handicapés, avec un même rêve, décrocher une médaille.

Cécifoot, athlétisme, rugby-fauteuil, natation, escrime, volley-ball assis, équitation: vingt-deux sports sont au programme de cette nouvelle édition, soit deux de plus qu'en 2012, avec le canoë-kayak et le triathlon. Et pour la première fois, la compétition aura une équipe de réfugiés composée d'un athlète iranien et d'un nageur syrien.

Ces jeux paralympiques ont véritablement gagné leurs lettres de noblesse il y a 4 ans, à Londres. Des jeux record à plus d'un titre, les compétitions s'étaient disputées à guichets fermés et dans une atmosphère de grande ferveur.
 

Rio Vs Londres

A Rio, l'engouement s'annonce moins flagrant. Notamment en raison d'un contexte politique houleux, dû à la destitution de Dilma Rousseff. Mais pas seulement, car les difficultés s’accumulent.

L'organisation de ces Jeux va devoir composer avec des caisses vides. Une partie du budget des paralympiques a été utilisée pour les JO de Rio. Les bourses pour prendre en charge les voyages d’athlètes paralympiques originaires de 40 a 60 pays pauvres n’ont pas été données. Et s'ajoute à cela, des billets qui se vendent peu ou pas assez. A quelques jours du coup d'envoi, 1,4 million de tickets avaient été vendus sur un total de 2,5 millions.

Autre constat, les sponsors ne sont pas au rendez-vous. Pour pallier à ce déficit, la ville de Rio a offert de débourser 150 millions de réais (42,4 M d'euros) et le gouvernement brésilien a proposé 100 millions de réais (27,4 M d'euros) supplémentaires via des parrainages d'entreprises publiques.

Cela ne sera pas suffisant. Du coup, le comité organisateur a dû revoir à la baisse ses ambitions: cérémonies d'ouverture et de clôture plus modestes, services de transports réduits ou encore installations mutualisées pour réduire les frais de fonctionnement.

La Russie hors jeu

Autre coup dur, aucun athlète russe ne pourra concourir à ces Paralympiques, et même pas sous drapeau neutre pour les athlètes officiellement contrôlés non-dopés. Cette requête déposée par Moscou a été rejetée par le Comité international paralympique (CIP), jeudi 1er septembre. La puissante Russie, deuxième à Londres, se retrouve donc sanctionnée pour cause de dopage et exclue de toute la compétition, une première dénoncée jusqu'au sommet de l’État russe.
 

Un dopage spécial "handicap"


Autre ombre au tableau: le dopage pratiqué par les sportifs handicapés. Sujet tabou et assez méconnu. Déjà lors des Jeux de Londres, des informations sur ces méthodes de dopage, spécifiques aux athlètes avaient été rendues publiques.

En 2012, Brad Zdanivsky, un alpiniste canadien quadraplégique, raconte à la BBC ses différentes expériences: "Vous pouvez simplement vous retenir d’aller aux toilettes et laisser votre vessie faire le reste. Mais j’ai fini par monter d’un cran en envoyant des stimulations électriques sur mes jambes, mes orteils et même mes testicules."

Car chez les handisportifs, le dopage ne consiste pas en une prise de substance, mais dans l'automutilation, autrement baptisée "boosting".

Chocs électriques, saignées, blocage de la sonde urinaire pour distendre la vessie, se fracturer volontairement un orteil, blesser ses membres infirmes pour stimuler la pression sanguine... Le catalogue des horreurs est presque sans fin, comme le rapporte une journaliste de France Info qui a enquêté sur le sujet.

L'automutilation, pratique qui concerne les sportifs atteints d'une lésion de la moelle épinière, a pour effet d'augmenter la pression sanguine, d'améliorer l'afflux de sang dans les muscles et donc d'obtenir de meilleures performances.

"C'est très marginal", relativise Michaël Jérémiasz, porte-drapeau de la délégation française à Rio et joueur de tennis fauteuil.

"Cette méthode est excessivement dangereuse car elle est non maîtrisable", souligne le docteur Jean-Claude Druvert, médecin et chef de mission de la délégation française à Rio. C'est d'abord sous cet angle que le Comité international paralympique (IPC) s'est penché sur la question. Le "boosting" est ainsi interdit depuis 2004.

Il y a quelques années, l'agence mondiale antidopage et l'IPC ont rendu publique une étude dont les conclusions avaient de quoi faire frissonner. "En dépit de leur connaissance des dangers encourus pour leur santé, 16,7% des participants à l'enquête ont indiqué avoir eu recours au boosting pour doper leurs performances, à l'entraînement ou en compétition", notait le rapport, qui s'appuyait sur des données de 2008 et 2009. Pour détecter un état de HRA (hyper réflectivité autonome, NDLR), l'IPC a donc décidé de contrôler les athlètes avant leurs épreuves en mesurant leur tension.

Alors la flamme paralympique serait-elle en train de s'éteindre, quatre ans après le succès de Londres ? Pas pour Philip Craven, président de l'IPC (Comité international paralympique), selon lequel ces Jeux seront ceux "de la performance athlétique". Selon lui, cet événement pourrait être le "catalyseur" d'un changement au Brésil et en Amérique latine vis-à-vis des personnes en situation de handicap.