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Rio+20 : le Brésil pas très chaud

Vingt ans après le sommet de la Terre de 1992, le Brésil accueille une nouvelle conférence de l’ONU sur le développement durable. ONG, scientifiques, délégations de 193 pays : 50 000 personnes ont fait le voyage. Mais le Brésil de 2012, dragon d'Amérique du Sud, ne semble pas se passionner pour l'événement.
Entretien avec la journaliste Claudia Antunes, du quotidien Folha de Sao Paulo.

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18.06.2012Propos recueillis par Liliane Charrier
Comment les Brésiliens perçoivent-ils les enjeux du sommet ?

Ils sont en général sensibilisés aux aspects « sympathiques » de l’écologie, comme la protection des baleines ou de la forêt tropicale. Mais contrairement aux citoyens des pays développés, à commencer par les Américains, ils ne savent pas ce que cela implique en termes d’ajustements de leur style de vie ni comment concrétiser les objectifs à long terme. En organisant des événements autour du sommet - des expositions pour les enfants et les jeunes, par exemple  - les autorités impliquent le public et aiguisent sa perception des enjeux de l’environnement et de l’économie durable. Mais rares sont les Brésiliens qui suivent de près les détails des négociations et qui réfléchissent aux grandes questions en suspend – comment financer la transition à une croissance durable, par exemple ?

Jusqu’où le Brésil est-il prêt à s’impliquer dans les négociations ?

En tant que pays hôte du sommet, il va devoir s’impliquer, qu’il le veuille ou non. Etant donné ses ambitions actuelles sur la scène internationale,  il ne peut pas laisser le sommet se clore sans résultats concrets.

Le Brésil et les autres pays d’Amérique du Sud ont-ils un rôle moteur à jouer dans les avancées du sommet ?

Depuis samedi, c’est Brasilia qui assume la coordination des négociations, en essayant de rapprocher les positions des différentes délégations. Ce n’est pas le seul obstacle, mais le clivage entre les pays développés et émergents est très net. Face à la crise en Europe et aux Etats-Unis, les pays riches se refusent à tout nouveau compromis ; ils parlent même de revenir sur d’anciens acquis, le principe de la "responsabilité commune, mais différenciée" des membres de l’ONU, par exemple, qui prévoit une répartition équitable, entre pays riches et pauvres, du coût de la transition vers une croissance qui concilierait développement et protection de l’environnement.
Les autres pays d’Amérique du Sud, pris individuellement, n’ont pas l’intention de s’impliquer autant dans les négociations, sauf peut-être les pays du groupe Alba (Venezuela, Bolivie, Equateur), qui ne sont pas disposés à accepter les compromis.

Qu’attend le Brésil de ce sommet ?

Officiellement, le gouvernement ne trahit aucun pessimisme. Mais les négociations s’annoncent si difficiles que diplomates et gouvernements ont d’ores et déjà expliqué que le sommet ne serait que le point de départ du  débat sur ce qu’est la croissance durable et ce qu’il faut pour la matérialiser. Il est d’ores et déjà évident, par exemple, que la définition concrète des "outils de sa mise en œuvre" (financement et transfert de technologie) à l’ordre du jour sera remise à 2014 (les dernières propositions évoquent la constitution d’un groupe de travail ad hoc). De même, les critères de mesure des "objectifs du développement durable"  ne seront pas définis avant 2015. Aujourd’hui, le principal objectif du sommet semble d’éviter une régression par rapport à l’accord signé en 1992.

Brésil 2012 : la locomotive d'Amérique du Sud

Après plusieurs années d’une croissance économique exceptionnelle (jusqu’à 7,5 % en 2010),  le Brésil a doublé le Royaume-Uni et se place juste derrière la France au palmarès des pays les plus riches du monde avec un PIB de 2 500 milliards de dollars.
Une croissance portée par une nouvelle classe moyenne, qui représente désormais la moitié de ses 180 millions d’habitants. Ces consommateurs ont dynamisé le secteur des services, mais surtout celui de l’agroalimentaire. Revers de la médaille, l'écosystème très riche du Brésil est aujourd’hui sérieusement menacé par une déforestation due à 95 % à l’élevage, à l’agriculture et à l’industrie du bois. Le Brésil est aujourd'hui le 4e pollueur de la planète.