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Roumanie : la destitution du président soumise à référendum

Les Roumains doivent choisir dimanche 29 juillet de confirmer, ou non, la destitution du Président Traian Basescu. Si le oui est favori des sondages, le référendum ne sera validé que si plus de 50 % des électeurs inscrits sur les listes se rendent aux urnes.
Cette procédure expéditive, ainsi que plusieurs mesures autoritaires ont suscité des condamnations sévères de l’Europe.

Catherine Durandin, historienne et spécialiste de la Roumanie s’inquiète de la dérive populiste et nationaliste qui semble affecter le pays.

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Trois mois de crise politique

Victor Ponta, Premier ministre (AFP)
Victor Ponta, Premier ministre (AFP)
La chute du gouvernement de centre-droit  de Mihail Razvan Ungereanu, le 27 avril dernier,  inaugure une période de tension politique extrême en Roumanie. La droite paye le prix du rejet par la population des mesures d’austérité prises à partir de 2010 sous pression du FMI et de l’Union Européenne.

Le président Traian Basescu, au pouvoir depuis 2004, se voit alors contraint de nommer Premier ministre Victor Ponta, chef de l’opposition socialiste. Celui-ci s’associe avec les libéraux du PNL emmenés par Crin Antonescu. Ce dernier se fera élire président du Sénat en juillet.  La nouvelle alliance au pouvoir se nomme USL, Union sociale-démocrate.
La cohabitation ne va pas se dérouler harmonieusement, Présidence et Primature se disputant les prérogatives du pouvoir.

Parmi les nombreuses passes d’armes, la question de qui doit représenter la Roumanie dans les sommets européens ? La cour constitutionnelle, consultée, juge que c’est le Président. Le Premier ministre passe outre et, le 4 juillet, promulgue  une ordonnance d’urgence réduisant les prérogatives de la Cour constitutionnelle. Dans la foulée, la coalition lance la procédure de destitution du président Basescu.

L’UE entre en scène
 
En juillet, l’Union européenne commence à s’inquiéter des passages en force du gouvernement Ponta. Dans des déclarations d’une sévérité inaccoutumée, Manuel Barroso, président de la Commission européenne a parlé de « confiance ébranlée ». La Commission a établi une liste de recommandations urgentes pour mettre fin à ce qu’elle voit comme des atteintes à l’Etat de droit.

Victor Ponta fait profil bas et promet de tirer les conclusions nécessaires. Mais le processus de destitution se poursuit. Dimanche, les électeurs devront se prononcer et la question de la participation est centrale : il faut au moins que 50 % des inscrits participent au vote et les électeurs ne cachent pas leur ras-le-bol envers la classe politique. Le Parti démocrate libéral qui soutient Traian Basescu l’a bien compris : il appelle maintenant les Roumains au boycott du référendum.


« Une mentalité bolchévique qui revient en temps de crise »

L'analyse de Catherine Durandin, professeur à l'Inalco - Paris, spécialiste de la Roumanie

26.07.2012
Quelle analyse faites-vous de cette procédure de destitution lancée contre le Président Basescu ?

D’abord, il faut dire qu’elle est légale. Elle s’inscrit dans le cadre de la Constitution, donc on ne peut pas parler de coup d’Etat. On peut quand même se poser des questions sur la précipitation avec laquelle cette procédure a été déclenchée et accompagnée d’une série de mesures autoritaires, comme des destitutions de responsables d’institutions, celle du président du Sénat ou de la Chambre des députés…

On peut penser que la coalition libérale-socialiste au pouvoir a vu une opportunité de pouvoir installer son réseau car le président Basescu est réellement impopulaire. Sans doute, ont-ils aussi voulu éviter une série de procès dans le cadre de la lutte anti-corruption, éviter que ne se reproduise des cas comme celui d’Adrian Nastase, lui-même socialiste et ancien premier ministre (NDLR : Adrian Nastase, Premier Ministre entre 2000 et 2004, a été condamné en juin à deux ans de prison ferme pour corruption )

Donc la lutte anti-corruption sous-tend ce conflit politique ?

Traian Basescu n’est pas un chevalier blanc mais il a travaillé avec le FMI et a respecté des règles. Il entrait dans un processus de lutte anti-corruption demandée par la Commission européenne. Je crois que cette inquiétude des socialistes menacés par une kyrielle de procès a été un des éléments déterminants de cette précipitation.  

Plus de vingt ans après la Révolution roumaine, quelle influence conservent l’ancien régime communiste et ses anciens affidés ?

Je voulais croire que depuis l’intégration dans l’Otan et l’UE, la Roumanie avait tourné une page mais il y a une espèce de mentalité structurante qui revient dans les périodes de crise. Bien sûr, Victor Ponta appartient à une nouvelle génération - il a 39 ans - mais il a été dirigé dans ses travaux de recherche par Adrian Nastase, lui-même lié à Ion Iliescu (NDLR : ancien responsable communiste et premier président de la Roumanie postrévolutionnaire).

Il y a une famille, et un langage de type bolchévique qui revient en cas de crise. Ainsi, aujourd’hui, le gouvernement Ponta analyse les problèmes en termes de complot de l’étranger. On lit des choses ahurissantes : que l’UE veut « châtier la Roumanie »,  que les experts qui expriment leurs inquiétudes sur l’évolution des institutions sont « manipulés », sont « payés »…

La classe politique roumaine ne semble pas comprendre ce qu’est une Constitution, ce qu’est un partenariat. Qu’un futur candidat à la Présidence de la République comme Crin Antonescu déclare « nous n’avons rien à apprendre de l’Europe », que le Premier ministre déclare « nous ne sommes pas une colonie » signifie qu’ils n’ont pas compris qu’ils ont un contrat de partenariat avec l’Europe. Ça reste dans la mentalité.

Comment réagit la population face à cette crise politique ?
 

La population devient souverainiste comme si tous les malheurs venaient du FMI ou de l’UE. On sent une  fracture entre une Europe considérée comme riche qui est la nôtre. Et une Europe pauvre, la leur.

La classe politique joue sur ce registre. Il y a le discours tenu à l’Europe et celui destiné à la population et ils sont différents. Dans le pays, on en appelle au nationalisme, on dénonce des pressions injustes, etc.

La population est déçue et désillusionnée et là, il y a des reproches à faire à Traian Basescu qui, depuis 2010, a imposé une cure d’austérité drastique au pays, sans expliquer, sans, aucun accompagnement pédagogique.


Vous êtes parmi les signataires d’une tribune dans le journal français Le Monde qui appelle à « cesser d’ignorer la crise démocratique en Roumanie ». Qui doit agir selon vous ?
 

Les médias jouent leur rôle mais le silence du gouvernement français est étonnant. En comparaison, la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis ont exprimé leur inquiétude. Par rapport à ce référendum qui aura lieu dans des conditions extraordinaires : un scrutin ouvert de 7 à 23 heures, avec des urnes mobiles allant dans les hôtels et sur les plages… il faudrait une surveillance par des ONG indépendantes. Enfin, je crois que l’UE a un rôle déterminant. Elle a commencé à s’exprimer, elle a été radicale dans ses propos, mais il faut que tout cela soit suivi d’action.


Quels sont les scénarios possibles après le 29 juillet ?

Si le quorum n’est pas atteint et Traian Basescu reste à la Présidence, il y a des risques de violence car il est très impopulaire.  S’il est effectivement destitué,  il y aura une élection présidentielle, et l’alliance libérale socialiste présentera Crin Antonescu. On aura une sorte de populisme socialisto-libéral, en fait essentiellement socialiste, qui jouera au chat et à la souris avec l’Union européenne, un peu comme le fait le pouvoir en Hongrie en ce moment.

L’embarrassante affaire du plagiat de Victor Ponta

26.07.2012Par J.L.E.
Comme s’il n’avait pas assez à faire dans son bras de fer avec le président Basescu, Victor Ponta , le Premier Ministre doit aussi se défendre d’être un plagiaire qui a usurpé son titre de Docteur en Droit.
C’est la prestigieuse revue scientifique Nature qui a lancé le débat fin juin, affirmant avoir vu des documents selon lesquels plus de la moitié de la thèse de M. Ponta sur le fonctionnement de la Cour Pénale Internationale est copié sur d’autres auteurs sans les références appropriées.
Le Premier Ministre a déjà répondu. Pour lui, toute l’affaire ne serait qu’une manœuvre politique de son rival. Et s’il n’a pas cité les auteurs qui l’ont inspiré, ils sont mentionnés dans la bibliographie…
Mais les autorités académiques ont pris l’accusation très au sérieux. Une commission d’éthique de l’Université de Bucarest, qui a décerné le diplôme en 2003, vient de rendre son verdict. Pour elle,  le plagiat serait « massif ». « Des règles de bonne conduite existaient déjà en 2003, elles existaient en fait depuis plus de 200 ans » a indiqué le président de la Commission, le professeur Marian Popescu, cité par l’AFP.
Au delà de l’humiliation éventuelle pour Victor Ponta, l’affaire semble illustrer les manières expéditives  de la coalition en place à Bucarest. Une première instance, le Conseil national d’attestation des titres universitaires, avait déjà confirmé ces accusations, recommandant le retrait de titre de Docteur,… juste avant d’être dissous, le jour même en fait, par le Ministre intérimaire de l’Education.
Une autre commission, le Conseil National d’Ethique est de l’avis opposé mais les universitaires relèvent que sa composition vient d’être changé par le gouvernement : il devait se prononcer sur des accusations de plagiat concernant le ministre de l’Education d’alors.
Le dernier mot appartiendra au ministère de l’Education, mais la ministre actuelle, Ecaterina Andronescu, a plutôt évoqué la fermeture éventuelle de l’école doctorale de l’Université. Les professeurs ont compris le message.