Roumanie : que signifie le vote qui peut destituer le président Basescu ?

La destitution du président de la républiqe Traian Basescu a été votée hier au parlement roumain par 256 sénateurs et députés sur un total de 432. Cette décision se verra confirmée ou infirmée par un référendum le 29 juillet. La Commission européenne et l'Allemagne expriment leur inquiétude sur de possibles atteintes à la démocratie de la part de la coalition de centre gauche au pouvoir. Comment en est-on arrivés là ? Reportage sur le vote, entretien avec la journaliste roumaine Rodica Pricop et réaction au téléphone du député Théodore Paléologue, membre du parti présidentiel. 

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Destitution du président Basescu : reportage

07.07.2012
Destitution du président Basescu : reportage

Entretien avec Rodica Pricop, journaliste et éditorialiste à Nineoclock.ro et Bucarest Hebdo

Pourquoi ce vote demandant la destitution du président Basescu ?

Rodica Pricop : A mon sens, c'est la conséquence de 3 ans et demi de pouvoir autocratique mené par le président et son parti, le parti démocrate libéral. Ils ont imposé une série de mesures très impopulaires mais surtout anti-démocratiques. C'était une façon de faire de la politique qui niait les droits de l'opposition. De nombreuses lois ont été imposées par le gouvernement sans aller au parlement : le dialogue parlementaire a été bafoué en permanence. La politique politique a été très dure durant cette période, l'austérité économique aussi a joué. Il n'y avait aucun dialogue entre la présidence et les syndicats, avec l'opposition, pas de discussion sur l'austérité. Les gens se sont sentis mis de côté, pas représentés au parlement. 

D'autres facteurs ont-ils joué ? 

Rodica Pricop : Oui, la corruption a pris des proportions extraordinaires. Quand il est demandé aux gens de faire des efforts, des sacrifices et que dans le même temps les politiques au pouvoir sont de plus en plus riches, il y a un problème. Cette corruption rampante est aussi un facteur important de la demande de destitution.

Basescu a déjà été destitué en 2007, et il a gagné le référendum qui avait suivi : ce sera la même chose cette fois-ci ?

Rodica Pricop : Basescu a récupéré le pouvoir à cette époque, parce qu'à la veille du référendum, son parti a changé la loi : il était impossible de valider la destitution puisque qu'il fallait une majorité, mais basée sur le nombres d'inscrits. Aujourd'hui la loi a été encore changée, mais cette fois-ci c'est à la majorité des votes exprimés. On ne sait pas ce qu'il va se passer, il reste 3 semaines de campagne électorale. Le président Basescu a encore beaucoup de soutiens politiques.

Que compte faire l'opposition si Basescu est destitué ?
 
Rodica Pricop : Un programme de gouvernement est déjà en place, voté par le parlement, il y aura des législatives à l'automne. Le représentant de la banque mondiale a annoncé hier que la crise politique n'aurait pas de conséquences sur l'économie. Des décisions pour sortir de l'austérité ont été prises.

La Commission européenne et l'Allemagne ont réagi en parlant de danger pour la démocratie, au sujet de la destitution de Basescu, qu'en pensez-vous ?

Rodica Pricop : Je pense que c'est un processus démocratique, c'est le droit du parlement de demander la destitution du président si une majorité considère qu'il (le président, ndlr) n'a pas respecté ses prérogatives constitutionnelles. Ca peut avoir l'air assez étrange vu de l'extérieur, mais il y a eu une campagne de propagande des eurodéputés du parti présidentiel au conseil de l'Europe. C'est assez difficile à comprendre pour quelqu'un qui n'habite pas le pays et n'a pas vécu ces trois dernières années : la présidente du conseil a refusé le vote des députés, a forcé à ce qu'un nouveau vote ait lieu par exemple. La politique en Roumanie est très compliquée ces dernières années.

Réaction par téléphone de Théodore Paléologue, député du parti présidentiel

Propos recueillis par Karine Barzegar
Réaction par téléphone de Théodore Paléologue, député du parti présidentiel

“Basescu a été en guerre permanente avec le Parlement“ (2009)

Entretien avec la journaliste Raluca lors des présidentielles de 2009

Basescu a été en guerre permanente avec le Parlement
Invitée du journal de TV5monde,  le 22 novembre 2009, la correspondante de la chaîne de télévision roumaine Antenna 3 Raluca Lazar expliquait alors le contexte et l'enjeu de l'élection, les orientations des candidats dont le président Basescu sous le coup de la destitution votée hier.

Le principe de la destitution

En Roumanie, un président en exercice qui violerait la Constitution peut être suspendu par le parlement dans une session jointe. Si la motion de suspension est adoptée, un référendum est organisé dans les 30 jours pour une éventuelle révocation.
Si le Sénat et la Chambre des députés, dans une session jointe, accusent le président de haute trahison, le président est suspendu de ses fonctions. Ces accusations sont alors jugées par la Haute cour de cassation et de justice. Si le président est reconnu coupable de haute trahison, il est démis de ses fonctions.
Le premier président à avoir été suspendu est Traian Basescu, le 20 avril 2007. Après un référendum tenu le 19 mai, il reprit ses fonctions dès le 23 mai suivant.

Traian Basescu
Traian Basescu
La Roumanie, membre de l'Union européenne depuis le 1er janvier 2007, est dirigée par le président Traian Basescu depuis décembre 2004. Malgré sa chute à la mi-octobre, le gouvernement de centre-droit du Premier ministre Emil Boc est resté en poste.

SITUATION: pays riverain de la mer Noire, bordé par l'Ukraine, la Moldavie, la Hongrie, la Serbie et la Bulgarie. 237.500 km2.

POPULATION: septième pays de l'Union européenne, avec 21,5 millions d'habitants (décembre 2008). Plus de 25 minorités nationales, dont les Hongrois (6,6%) et les Rom (2,5% officiel, 8% selon les ONG).
 
CAPITALE: Bucarest.
 
LANGUE OFFICIELLE: Roumain.

RELIGIONS: chrétiens orthodoxes (86,7%), catholiques (4,7%) protestants (3,2%), musulmans (0,3%).

HISTORIQUE: le pays est composé de trois provinces historiques: la Valachie, la Moldavie et la Transylvanie.
L'indépendance de la Roumanie est reconnue en 1878. Durant la première guerre mondiale, le pays rejoint les alliés. Dirigée par le maréchal pro-nazi Ion Antonescu à partir de 1940, la Roumanie entre en guerre contre l'URSS en 1941, puis, après un armistice signé à Moscou en 1944, prend les armes contre l'Allemagne et s'aligne sur l'URSS, qui garde les territoires roumains annexés en 1940 et rattachés à l'Ukraine et à l'actuelle République de Moldavie.
En 1947, les communistes contraignent le roi Michel à abdiquer et créent une République populaire.
Arrivé au pouvoir en 1965, Nicolae Ceausescu est renversé en décembre 1989 puis exécuté avec sa femme Elena, à l'issue d'un procès sommaire.
Le pays connaît une période de transition sous les présidences de Ion Iliescu, ancien ministre de Ceausescu (1989-1992, 1992-1996 et 2000-2004) et d'Emil Constantinescu (chrétien-démocrate 1996-2000). M. Basescu (centre-droit) leur succède en 2004 pour un mandat passé à cinq ans.

INSTITUTIONS POLITIQUES: république parlementaire depuis décembre 1991.

ECONOMIE: Après neuf ans de croissance, le pays est frappé par une des récessions les plus sévères de l'Union européenne. Son économie devrait enregistrer une contraction de 8% en 2009. Fin août 2009, le chômage est à 6,6% et le salaire mensuel moyen net à environ 320 euros. En 2012, la reprise économique se fait sentir avec une croissance autour de 1%.

FORCES ARMEES: Membre de l'Otan depuis 2004. 68.000 militaires et 15.000 civils dans l'armée, qui est devenue de métier en octobre 2006. Environ 1.300 militaires dans divers théâtres d'opérations, notamment en Afghanistan et dans les Balkans.

(d'après AFP)