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Roumanie: une présidentielle sur fond de crise

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Basescu vainqueur officiel; l'opposition conteste

Traian Basescu
Traian Basescu
Traian Basescu est officiellement déclaré vainqueur de l'élection présidentielle du 6 décembre.

Le Parti social-démocrate (PSD) a contesté lundi ce résultat en évoquant des "fraudes massives". Selon un décompte portant sur 99,95% des bulletins, M. Basescu était en tête avec 50,33% des voix, devant M. Geoana, avec 49,66%.

Dimanche soir, trois des quatre sondages à la sortie des urnes avaient donné M. Geoana en tête, avec un avance de jusqu'à trois points.




Des résultats contradictoires

Des résultats contradictoires
Retour sur une nuit d'incerttitude avec Silvina Carbone

M. Basescu, un ancien capitaine de marine âgé de 58 ans, était arrivé en tête au premier tour de l'élection, le 22 novembre, avec 32,44% des voix, contre 31,15% à son rival.

Les calculs sur papier semblaient favorables à M. Geoana, un ancien ministre des Affaires étrangères âgé de 51 ans, soutenu par les principaux candidats malheureux à ce scrutin, dont le libéral Crin Antonescu, arrivé 3e avec 20% des voix.

Faisant fi de leurs divergences idéologiques, les sociaux-démocrates et les libéraux de droite avaient scellé leur nouvelle alliance, promettant de gouverner ensemble sur la base d'un programme combinant "équité sociale" et "dynamisme économique".

Le prochain gouvernement devra prendre rapidement les rênes du pays, géré depuis la mi-octobre par un exécutif déchu, et imposer les réformes attendues par les bailleurs de fonds.

Egalement en question, la modernisation du système judiciaire et la lutte contre la corruption, surveillées de près par Bruxelles.


Geoana propose une présidence plus concentrée sur l'international

Entretien avec Luca Niculescu, rédacteur-en-chef de Radio France Internationale Roumanie

Luca Niculescu
Luca Niculescu


TV5monde
: Quel est l’enjeu de cette élection ?

Luca Niculescu : Choisir un nouveau président ou le même. Nous avons deux candidats complètement différents. L’un d’entre eux, c’est le Président en fonction Traian Basescu qui propose pour les cinq ans à venir une réforme profonde de l’État avec un changement des rôles du Président et du parlement, une réforme dans les institutions de l’État, une réforme du système public, du système des retraites, des salaires, du système médical. L’autre c’est le social démocrate Mircea Geoana qui a centré sa campagne sur la relance économique, la Roumanie étant l’un des pays européens les plus frappés par la crise. L’année passée, la Roumanie connaissait une croissance de 8% ; cette année, la chute du P.I.B. roumain est d’environ 8%.

D’où vient Mircea Geoana ?

L.N. : C’est un diplomate, à l’origine. Il a été ambassadeur de Roumanie aux États-Unis dans les années 90 puis ministre des affaires étrangères entre 2000 et 2004 et ça a été, de l’avis des experts, le plus doué pour ce métier. Et puis, après 2004, il est vraiment entré en politique. Il a pris la tête du parti social-démocrate jusqu’alors dirigé par Ion Illescu (ex Président roumain, ndlr). Donc il est dans la politique elle-même depuis relativement peu.

Comment expliquez-vous son succès ?

L.N. : Il y a son discours qui dit "voilà, je vous propose un autre type de candidat. Nous avons un candidat-président très impliqué dans la vie politique intérieure alors que le rôle du Président de par la constitution n’est pas si important dans l’architecture politique interne". Geoana propose un Président un peu plus en retrait, plus concentré sur les questions internationales. D’autre part, il a beaucoup parlé de son programme économique et social. Ça compte dans un pays, encore une fois, touché par la crise. Et puis, ce qui compte aussi, c’est le poids de ce parti social-démocrate dans le pays, ce qui a fait que Mircea Geoana a pu obtenir ce score.

Il a reçu pour le deuxième tour l’appui du libéral Crin Antonescu. C’est une curieuse alliance…

L.N. : Oui et non, parce que les deux partis ont été ensemble dans la législature précédente ; ils ont déjà travaillé ensemble au Parlement. Le Parti social-démocrate qui était dans l’opposition a soutenu le Parti libéral au pouvoir jusqu’en 2008. Ils ont une habitude de travailler ensemble. Et puis dans la classe politique roumaine, il y a actuellement un tel rejet de Traian Basescu que l’alliance des deux ne paraît pas si surprenante que ça. Basescu et son parti démocrate-libéral sont isolés sur la scène politique. Toutes les autres formations, les libéraux, les sociaux-démocrates, le Parti de la minorité hongroise, les autres députés des minorités ont fait une alliance pour soutenir le social-démocrate contre Basescu.

Traian Basescu avait parlé après le premier tour de vote clairement à droite. Arithmétiquement, ce n’était pas faux…

L.N. : Oui, parce qu’il pensait pouvoir rallier les libéraux de son côté. Mais tellement de choses s’étaient accumulées qu’il a été plus simple de faire une alliance entre les libéraux et les sociaux-démocrates que de faire une alliance entre libéraux et Parti démocrate-libéral. En plus, ces deux derniers sont un peu les frères ennemis.


Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, Traian Basescu incarnait une ligne très atlantiste. Il était fidèle à George Bush et défendait un axe « Bucarest-Londres, au détriment même des équilibres européens. Où en est-on et un changement de Président pourrait-il modifier les positions internationales de la Roumanie ?

L.N. : En fait, Traian Basescu a été très atlantiste au début de son mandat mais petit à petit, il est devenu plus « européen ». Quand la Roumanie est devenue membre de l’Union européenne, il s’est rendu compte qu’elle pouvait y jouer un rôle à condition de participer et son atlantisme est devenu moins visible. Il a été très content la semaine dernière de pouvoir annoncer qu’un Roumain allait être commissaire à l’agriculture de l’Europe.
Mircea Geoana a été très atlantiste aussi. C’était lui qui était ministre des affaires étrangères en 2002 lorsque la Roumanie a été le premier pays au monde à signer un traité qui garantissait l’impunité des soldats américains devant la Cour pénale internationale. Depuis, lui aussi, a un peu évolué. La Roumanie est devenue membre de l’U.E. et lui-même a beaucoup joué dans cette campagne sur ses relations avec ce qu’il a appelé « les grands de ce monde ».
A cet égard, il n’y a pas vraiment de clivage entre eux. Ils étaient atlantistes quand la Roumanie entrait dans l’OTAN. Depuis, la Roumanie est entrée dans l’Union européenne est ils sont devenus pro-européens par pragmatisme. Mais c’est un sujet assez consensuel.

Propos recueillis par Pascal Priestley (3 décembre 2009)

Basescu a été en guerre permanente avec le Parlement

Entretien avec la journaliste Raluca Lazar

Basescu a été en guerre permanente avec le Parlement





Invitée le 22 novembre du journal de TV5monde, la correspondante de la chaîne de télévision roumaine Antenna 3 Raluca Lazar explique le contexte et l'enjeu de cette élection.

Mircea Geoana
Mircea Geoana
La Roumanie, membre de l'Union européenne depuis le 1er janvier 2007, est dirigée par le président Traian Basescu depuis décembre 2004. Malgré sa chute à la mi-octobre, le gouvernement de centre-droit du Premier ministre Emil Boc est toujours en poste jusqu'à l'investiture d'un nouvel exécutif, probablement après le 2e tour de l'élection présidentielle de dimanche.

SITUATION: pays riverain de la mer Noire, bordé par l'Ukraine, la Moldavie, la Hongrie, la Serbie et la Bulgarie. 237.500 km2.

POPULATION: septième pays de l'Union européenne, avec 21,5 millions d'habitants (décembre 2008). Plus de 25 minorités nationales, dont les Hongrois (6,6%) et les Rom (2,5% officiel, 8% selon les ONG).

CAPITALE: Bucarest.

LANGUE OFFICIELLE: Roumain.

RELIGIONS: chrétiens orthodoxes (86,7%), catholiques (4,7%) protestants (3,2%), musulmans (0,3%).

HISTORIQUE: le pays est composé de trois provinces historiques: la Valachie, la Moldavie et la Transylvanie.
L'indépendance de la Roumanie est reconnue en 1878. Durant la première guerre mondiale, le pays rejoint les alliés. Dirigée par le maréchal pro-nazi Ion Antonescu à partir de 1940, la Roumanie entre en guerre contre l'URSS en 1941, puis, après un armistice signé à Moscou en 1944, prend les armes contre l'Allemagne et s'aligne sur l'URSS, qui garde les territoires roumains annexés en 1940 et rattachés à l'Ukraine et à l'actuelle République de Moldavie.
En 1947, les communistes contraignent le roi Michel à abdiquer et créent une République populaire.
Arrivé au pouvoir en 1965, Nicolae Ceausescu est renversé en décembre 1989 puis exécuté avec sa femme Elena, à l'issue d'un procès sommaire.
Le pays connaît une période de transition sous les présidences de Ion Iliescu, ancien ministre de Ceausescu (1989-1992, 1992-1996 et 2000-2004) et d'Emil Constantinescu (chrétien-démocrate 1996-2000). M. Basescu (centre-droit) leur succède en 2004 pour un mandat passé à cinq ans.

INSTITUTIONS POLITIQUES: république parlementaire depuis décembre 1991.

ECONOMIE: Après neuf ans de croissance, le pays est frappé par une des récessions les plus sévères de l'Union européenne. Son économie devrait enregistrer une contraction de 8% en 2009. Fin août 2009, le chômage est à 6,6% et le salaire mensuel moyen net à environ 320 euros.

FORCES ARMEES: Membre de l'Otan depuis 2004. 68.000 militaires et 15.000 civils dans l'armée, qui est devenue de métier en octobre 2006. Environ 1.300 militaires dans divers théâtres d'opérations, notamment en Afghanistan et dans les Balkans.

(d'après AFP)