Royaume-Uni : trois ADN pour un bébé

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Après les députés britanniques en début du mois, les Lords viennent d'adopter une décision permettant aux couples de faire un bébé à partir de trois ADN différents. Comment cela marche ? Quelles questions cette décision pose-t-elle ? Explications. 

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Trois parents et un couffin. Au Royaume-Uni, les deux chambres du Parlement ont désormais autorisé la fécondation in vitro (Fiv) utilisant l’ADN de deux femmes et d’un homme pour faire un embryon.

Après les députés le 3 février, les Lords ont approuvé ce mardi 24 février, cette nouvelle « technique » qui a pour but d’éviter la transmission de maladies génétiques graves de la mère à l’enfant. Le pays devient le premier grand Etat à légaliser en la matière.

Qu’est-ce que c’est ?

Au cours du processus de la fécondation, le « transfert mitochondrial »  permet de remplacer la mitochondrie  défectueuse, sorte de "centrale énergétique" de la cellule, de la mère biologique par la mitochondrie saine d’une donneuse.

Les mitochondries sont présentes non pas dans le noyau – où se trouvent les chromosomes- mais autour, dans le cytoplasme des cellules auxquelles elles fournissent l’énergie dont elles ont besoin. Les mitochondries fournissent une grande partie de l’énergie cellulaire nécessaire à l’organisme.

Elles possèdent leur propre ADN. En cas de mutation de cet ADN (ADNmt),  les mitochondries défectueuses provoquent un déficit énergétique pour l’organisme du futur bébé. Cela engendre des maladies mitochondriales, dégénératives comme le diabète, la dystrophie musculaire, la cécité, la surdité ou la myopathie.

Dans le monde, un bébé sur 6 000 naît chaque année avec un dysfonctionnement mitochondrial transmis par la mère et qui peut être mortel.

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En quoi consiste le « transfert mitochondrial »?

L’idée des chercheurs britanniques de Newcastle est de bloquer cette transmission de la mère à l’enfant tout en conservant le patrimoine génétique maternel.

L’une des deux techniques de transfert qu’ils ont développée consiste donc à prendre le noyau de l’ovocyte de la mère – dans lequel se trouvent les chromosomes- pour l’implanter dans l’ovocyte d’une donneuse comportant des mitochondries saines et dont on a supprimé le noyau.

Cet ovocyte comportant donc le noyau de la mère et les mitochondries de la donneuse est ensuite fécondé in vitro par le sperme du père puis implanté dans l’utérus de la maman.

Le futur bébé garde ainsi le patrimoine génétique de ses parents biologiques car l’ADN propre aux mitochondries provenant de la donneuse représente moins de 1% de la totalité de l’ADN d’une cellule humaine. (voir le schéma ci-dessous.)

L’autre technique consiste à déplacer le noyau de l’ovocyte après fécondation in vitro.

Une fois cette manipulation génétique faite, elle se transmettra à chaque génération.

Quelles questions d’éthique se posent ? 

Ce changement permanent suscite des critiques et des doutes même auprès de René Frydman, le père scientifique d’Amandine, premier bébé éprouvette français né en 1982 : « Avec cette thérapie germinale, on modifie le génome, on introduit 1% d’un génome qui vient d’ailleurs et on ne sais pas quel impact cela risque d’avoir », explique-t-il à l’AFP.

Pour le professeur français, d’autres alternatives existent pour dépister les maladies rares comme les diagnostiques préimplantatoires permettant de détecter une anomalie génétique ou chromosomique dans les embryons avant la fécondation. René Frydman voit aussi que cette nouvelle technique du transfert mitochondrial permettrait de faciliter les grossesses tardives en injectant des mitochondries d’une femme jeune chez une autre afin de « rajeunir » l’embyron et d’éviter les échecs de fécondation.

Ceux qui s’opposent à la technique du transfert mitochondrial évoquent aussi les risques d’eugénisme même si aucun choix d’embryon n’est fait : « Une fois cette frontière éthique franchie, une fois acté le fait qu’il est permis de manipuler le génome humain, il deviendra difficile de ne pas franchir les étapes suivantes pour aboutir à un monde de bébés fabriqués sur mesure, un scénario que tout le monde veut éviter », confie à l’AFP David King de l’association Human Genetics Alert.

Pour l’instant, les couples qui voudront faire appel à cette technique seront soumis à l’avis de la Human fertilisation and embryology authority (HFEA) britannique. La naissance des premiers bébés à « trois parents » pourraient être attendues dès l’automne 2016.