Rubin “Hurricane“ Carter : une vie de combats

Rubin Carter (à gauche) était surnommé “Hurricane“ du fait de sa rapidité à mettre au sol ses adversaires © AFP
Rubin Carter (à gauche) était surnommé “Hurricane“ du fait de sa rapidité à mettre au sol ses adversaires © AFP

Rubin « Hurricane » Carter, le célèbre boxer afro-américain, est mort, dimanche 20 avril, d’un cancer de la prostate, à l’âge de 76 ans. Accusé à tort pour le meurtre de trois blancs dans les années 60-70, il avait été emprisonné pendant près de 20 ans, avant d’être libéré. Symbole de l’injustice, il avait consacré une partie de sa vie à lutter contre les erreurs judiciaires. Son histoire avait notamment inspiré l’artiste Bob Dylan ainsi que le réalisateur Norman Jewison. 


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"Repose en paix Rubin, ton combat est achevé mais ne sera pas oublié", peut-on lire sur le site de l'association de défense des victimes d'erreurs judiciaires (AIDWYC), dont Rubin Carter fut le directeur exécutif de 1993 à 2005. Rubin Carter, surnommé « Hurricane » s’est éteint, chez lui à Toronto, au Canada, d’un cancer de la prostate. C'est John Artis qui a annoncé la mort de l'ex champion. Il avait été condamné avec lui et l’accompagnait dans sa maladie. L’histoire de Carter ne relève pas d’un, mais de plusieurs combats.

Des combats sur le ring

C’est sa rapidité à mettre ses adversaires K.O qui lui vaudra le surnom de « Hurricane ». En 40 combats dans la catégorie des poids moyens, le boxeur l’avait emporté à 27 reprises (8 KO et 11 KO techniques), contre 19 défaites et un ex-aequo. Il a souvent combattu au Madison Square Garden à New York, mais aussi à Londres et à Paris. En 1963, Ring Magazine le déclare parmi les meilleurs boxeurs de la catégorie poids moyens. Il avait réussi à battre des champions du monde comme Emil Griffith et Jimmy Ellis. En 1964, il gagne un titre mondial face à Joey Giardello.

L'affiche du film “The Hurricane“ qui met en scène Denzel Washington dans le rôle de Rubin Carter
L'affiche du film “The Hurricane“ qui met en scène Denzel Washington dans le rôle de Rubin Carter
Un combat contre l’injustice

« Il aurait pu être le champion du monde (de boxe, ndlr)» entonne Bob Dylan dans sa chanson consacrée à l’histoire du boxeur. Mais sa carrière prend fin rapidement lorsqu’il est arrêté le 17 juin 1966, pour le meurtre de trois hommes blancs dans un bar de Paterson, dans le New Jersey. Les témoins parlent d’une fusillade commise par deux Noirs. Carter et son ami John Artis qui se trouvent non loin des lieux font de parfaits coupables. Face à un jury exclusivement blanc, Rubin Carter nie les accusations et affirme son innocence, mais est tout de même incarcéré. Une fois détenu, Rubin Carter reçoit le soutien de la chanteuse Joni Mitchell et du boxeur Mohammed Ali.

Condamné deux fois de suite (1967 et 1976) pour ce triple meurtre, il reste 19 ans en prison. C’est finalement un juge fédéral qui décide de le libérer en 1985, estimant que la peine était « marquée par le racisme plutôt que par la raison et par les dissimulations plutôt que par les révélations ».

A sa sortie de prison, c’est tout naturellement que « Hurricane » se lance dans la lutte contre les erreurs judiciaires. Il crée sa propre association, AIDWYC, et se bat par exemple pour la libération de David McCallum, un Noir new-yorkais incarcéré depuis 1985. Il publie d’ailleurs une tribune appelée « L’ultime vœu de Hurricane Carter » dans le New York Daily News, le 21 février 2014. Dans l’article, il demande une nouvelle audience pour le prisonnier car il est persuadé que son cas est "entaché de racisme".


Ses combats en musique et en images

Lorsqu’il est en prison, Rubin Carter écrit son autobiographie qu’il appelle The 16th round pour raconter son histoire. Il l’envoie au chanteur Bob Dylan qui décide aussitôt d’écrire une chanson sur lui. « Hurricane » sortira dix ans avant la libération de Carter.
« Voici l’histoire de « Hurricane », l’homme que les autorités ont blâmé pour un crime qu’il n’avait jamais commis, puis mis dans une cellule. Mais un jour, il aurait pu être le champion du monde » (Extrait de la chanson « Hurricane » de Bob Dylan, 1975)

Des manifestants protestent contre l'acquittement de George Zimmerman pour le meurtre de Trayvon Martin © AFP
Des manifestants protestent contre l'acquittement de George Zimmerman pour le meurtre de Trayvon Martin © AFP
Le réalisateur Norman Jewison, lui aussi, est touché par son histoire. Il réalise « The Hurricane », avec Denzel Washington dans le rôle principal de Rubin Carter. Le film sort sur les écrans en 1999. L’acteur américain reçoit un Golden Globe et est nominé aux Oscars pour sa prestation.

Rubin Carter est un symbole fort de la lutte contre l’injustice et le racisme aux Etats Unis. La population afro-américaine a longtemps été victime d’un système judiciaire favorable aux personnes de couleur blanche et, de nombreuses personnes continuent à se battre pour que la pigmentation de la peau ne soit plus un facteur d’accusation.
En 2012, ce débat a été relancé dans l’affaire Trayvon Martin. Le jeune afro-américain de 17 ans avait été abattu par un policier blanc faisant une ronde, alors qu’il se rendait chez son père. En 2013, l’acquittement du policier George Zimmerman avait mobilisé des milliers de personnes qui réclamaient « justice et équité ».

Sujet Rubin “Hurricane“ Carter

21.04.2014Journal International - TV5 MONDE
Sujet Rubin “Hurricane“ Carter