Rupert Murdoch, un Dr Jekyll et Mr Hyde des médias ?

D'origine australienne, le magnat de la presse Rupert Murdoch dont l'empire est ébranlé par les écoutes illégales opérées par le tabloïd britannique News of the world, est haï par les uns et encensé par les autres, tel un Dr Jekyll et Mr Hyde, le personnage à double face de Robert Louis Stevenson. On déteste ses méthodes de capitaliste sauvage et papivore, ou bien on loue sons sens des affaires qui a permis à certains titres anglo-saxons prestigieux de survivre, voire de revivre.

dans
La Une du Wall Street Journal du mardi 18 juillet 2011 (traduction : “L'adjoint du chef de Scotland Yard démissionne à son tour.“)
Dans son édition du 18 juillet 2011, le Wall Street Journal, fleuron américain de l’empire Murdoch (le WSJ, avec 2 millions d’exemplaires aux Etats-Unis est le deuxième plus gros tirage du pays), prenait la défense de son récent patron : « Les excès d’un tabloïde ne doivent pas ternir la réputation de milliers de journalistes.  Lorsqu’il y a quatre ans, Rupert Murdoch acheta suffisamment d’actions  de Do Jones and Co (la société qui englobe le WSJ, ndlr), nous l’avons accueilli avec bienveillance dans ces colonnes et avons promis de poursuivre notre travail selon les principes et les normes que nous avons toujours appliqués. » Et l’édito, non signé, de plaider encore : « Les politiciens britanniques  qui  déplorent désormais  l’influence des médias sur la politique sont ceux-là même qui ont longtemps et fort convoité  le soutien des médias. L'idée que la BBC et le Guardian ne sont pas tentés d'influencer les affaires publiques, ne passe pas l'examen d'une journée, à la lecture ou à la vision de leur couverture éditoriale. (…) Nos lecteurs peuvent décider si leur quotidien est meilleur qu’il y a quatre ans. Mais il est indiscutable que Murdoch y a investi beaucoup. »

Pourtant lors du rachat du journal en 2007, l’édito de la Une avait annoncé à ces mêmes lecteurs : « Nous connaissons assez le capitalisme pour savoir qu’il n’y a pas de séparation entre le contrôle et la propriété. »

Rupert Murdoch au Forum mondial de Davos en 2007, l'année du rachat du WSJ par son groupe.
Rupert Murdoch au Forum mondial de Davos en 2007, l'année du rachat du WSJ par son groupe.
Le WSJ fut l’une des plus belles prises de Rupert Murdoch. Et ses journalistes ne sont peut-être pas les seuls à penser que malgré la proximité des tabloïds britanniques les plus dégoûtants dans le même groupe, le magnat de la presse australien les a peut-être sauvés d’une disparition annoncée, sous le coup de la concurrence proliférante de l’information sur Internet. Le WSJ met d’ailleurs en miroir les méthodes illégales du News of the world et celles de Julian Assange via Wikileaks, dont les résultats ont pourtant été repris, sans question, par les meilleurs quotidiens européens, américains ou asiatiques.

Les milliers de rédacteurs évoqués par le WSJ et, selon lui, ainsi confortés dans leurs métiers se répartissent à travers 44 médias australiens, dont The Australian, 3 au Royaume Uni, dont The Times, et 3 aux Etats-Unis, dont outre le WSJ, le très trash New York Post. Mais le groupe a également investi la production télévisuelle et cinématographique (dont la très francophobe et ultraconservatrice Fox News mais aussi Sky, la chaîne des Simpsons, qui a d'ailleurs immortalisé "son" patron, Rupert Murdoch, dans la fameuse série) ou encore le sport via la propriété d’équipes de rugby en particulier.

Portrait de l'empire Murdoch en vidéo

20.07.2011par Marian Naguszewski, Séverine André
Portrait de l'empire Murdoch en vidéo