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Russie, encore un pas pour être révolutionnaire

L’abolition de la peine de mort s’apparente souvent à un acte purement politique et n’est que rarement l’émanation de la volonté du peuple éclairé de rayer cette pratique de la société. La Russie n’est pas une exception. La majorité de la population est opposée à l’abandon de ce châtiment suprême

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Encore un effort, camarades !

par Pavel Spiridonov, chercheur sur “L'Influence de l'Internet sur la littérature russe contemporaine“, Saint Petersbourg - 22 février 2010

L’abolition de la peine de mort s’apparente souvent à un acte purement politique et n’est que rarement l’émanation de la volonté du peuple éclairé de rayer cette pratique de la société. La Russie n’est pas une exception. La majorité de la population est opposée à l’abandon de ce châtiment suprême. Ce qui explique, en partie, le retard qu’a pris la Russie dans le traitement de cette question. La peine capitale n’est pas abolie, mais les exécutions sont seulement suspendues sans délai ou remplacées par la prison à vie.

L'introduction en 1996 du Code pénal de la Fédération russe a réduit le nombre des délits passibles de la peine capitale de 33 à 5, pour ne garder que l’homicide prémédité avec circonstances aggravantes, la tentative d’homicide contre un personnage public ou un fonctionnaire, contre un administrateur de la justice ou d'un enquêteur, contre un fonctionnaire de la loi, et enfin le génocide.

Pour entrer dans le Conseil de l’Europe, la Russie s’était engagée à abolir la peine de mort mais elle s’est contentée de suspendre son application. À la fin de l’année 2009 le moratoire est arrivé a échéance et la Russie aurait pu se retrouver dans une situation embarrassante. Mais le 19 novembre 2009, la Cour constitutionnelle de Russie, interrogée par la Cour suprême, a interdit l’application de la peine de mort sur tout le territoire national. Autrement dit, la peine de mort est de facto abolie en Russie, mais de jure il en est autrement. Le protocole 6 de Conseil de l’Europe n’est toujours pas ratifié par la Russie.

?La Russie a été le dernier pays à ratifier, le 15 janvier 2010, le protocole N°14 à la Convention prévoyant la réforme de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). ??« Même après cette ratification, la Russie restera une dissidente au sein du Conseil de l'Europe, en tant qu'unique pays de l'organisation à n'avoir pas ratifié le protocole abolissant la peine capitale », a expliqué Mikhaïl Marguelov, président du comité des affaires internationales du Conseil de la fédération (chambre haute du Parlement russe).??Selon Marguelov, la Russie prête ainsi le flanc à toute critique à son adresse, quel qu'en soit le prétexte. "Car les protocoles non ratifiés sont l'atout imbattable de ceux qui construisent des barrières entre l'Europe et la Russie", a-t-il noté.

Pourtant en quelques années, le pourcentage des Russes favorables à la peine de mort a nettement diminué : 2001 – 80%, 2006 – 74%, 2010 – 44%. En avance sur le politique pour une fois.

Pavel Spiridonov