Russie : une économie en berne

Le rouble est au plus bas face à l'euro : acheter à l'étranger, en Russie, coûte de plus en plus cher
Le rouble est au plus bas face à l'euro : acheter à l'étranger, en Russie, coûte de plus en plus cher

La Russie a engagé un bras de fer économique avec de nombreux pays occidentaux qu'elle a placés sous embargo. Vladimir Poutine n'est-il pas en train de tirer une balle dans le pied de l'économie russe déjà bien mal en point ?

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La Russie n'achètera plus de produits agro-alimentaires aux pays de l'Union, des États-Unis, du Canada, de la Norvège et de l'Australie jusqu'à l'arrêt des sanctions occidentales. Si cette décision du Kremlin semble être une épine (économique) dans le pied des pays concernés, en termes commerciaux, elle risque de devenir un problème majeur également pour la Russie. L'économie russe est en berne, malgré les déclarations optimistes de son président, et les récents embargos ne devraient pas améliorer la situation. Bien au contraire.

Inflation à la hausse

La dévaluation du rouble, très importante depuis le début de l'année et la crise ukrainienne, entraîne une inflation et donc une hausse des prix inévitable. Le rouble n'a jamais été aussi faible face à l'euro depuis 2009.
Evolution du taux de change du rouble et de l'euro,  de mars 2013 à mars 2014
Evolution du taux de change du rouble et de l'euro, de mars 2013 à mars 2014

Croissance en berne

La Russie n'a toujours pas retrouvé ses taux de croissance des années 2005-2006 qui dépassaient les 7,5%. Loin s'en faut. Les prévisions de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) tablent sur 0,5% de croissance du PIB pour 2014, au mieux.

La panne économique se fait sentir dans de nombreux secteurs sur fond de crise avec l'Ukraine, d'un ralentissement de l'économie mondiale et donc d'une baisse du prix du pétrole.

La fuite des capitaux n'est pas étrangère non plus à ce début de récession, comme l'indique le conseiller économique du président russe, Andreï Belooussov, qui l'estime à 100 milliards pour la seule année 2014. Le chef de la mission du Fonds monétaire international (FMI) en Russie, Antonio Spilimbergo, a surenchéri le 30 avril dernier en déclarant que "l'économie russe était entrée en récession, sa contraction se poursuivant depuis deux trimestres consécutifs."

Contexte de crise

La Lada n'a plus la cote et les voitures étrangères coûtent trop cher à cause d'un rouble trop faible (AFP)
La Lada n'a plus la cote et les voitures étrangères coûtent trop cher à cause d'un rouble trop faible (AFP)
Dans ce contexte de crise économique et de tensions géopolitiques, l'embargo mis en place par Poutine à l'égard des produits occidentaux prend une saveur étrange. 35% de la consommation alimentaire russe provient de l'étranger dont 10% de l'Union européenne. Avec une inflation à 7%, les effets directs sur le pouvoir d'achat de la population commencent déjà à se faire sentir.

Les prix risquent de flamber en Russie suite à la décision d'embargo prise par Moscou à l'encontre de nombreux pays occidentaux : moins de concurrence, obligation d'importer depuis des destinations plus lointaines et plus coûteuses, comme les pays d'Amérique latine (lire notre article). La hausse des prix sur les fruits et légumes pourrait atteindre 30% très rapidement.

Si le Kremlin veut se servir de cet embargo pour "favoriser la production locale", comme il le prétend, il va falloir qu'il trouve des financements pour l'aider à se développer, et le moment paraît mal choisi, alors que la réduction des dépenses budgétaires bat son plein.

Même l'industrie automobile, dévaluation du rouble oblige, enregistre une chute des ventes spectaculaire par rapport à la même période en 2013 : -12% en mai, -17% en juin et…-22% en juillet.

Evaluation de Poutine

Vladimir Poutine, le 17 avril 2014 à Moscou (AFP)
Vladimir Poutine, le 17 avril 2014 à Moscou (AFP)
Si les mesures de rétorsion économique décidées par Vladimir Poutine peuvent créer des problèmes à la zone euro, il n'est pas certain qu'elles n'en créent pas d'encore plus graves à la Russie. Entre dévaluation du rouble, inflation galopante, contraction de la demande intérieure, fuite des capitaux, problèmes d'importation et croissance atone, le maître du Kremlin va devoir faire des arbitrages très difficiles qui seront probablement en défaveur de la population. Si Poutine reste encore aujourd'hui très haut dans les sondages, il n'est pas certain qu'il le soit encore quand il devra augmenter la TVA ou les impôts, avec des prix qui auront flambé.

Il sera alors temps, pour les Russes, de faire le bilan des décisions géostratégiques et politiques du président de la Fédération de Russie. Au vu des tendances actuelles, il n'est pas évident que ce bilan soit positif.