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Sakineh, martyre de la vague de barbarisme

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Tribune de Wassyla Tamzali

Avocate, présidente du Forum des Femmes Méditerranée en Algérie et ancienne directrice des droits des femmes à l’Unesco

Le corps de cette pauvre femme, ses peurs, son malheur infini sont là pour encore une fois nous rappeler les cruautés de notre temps et que la politique n’échappe jamais au contexte général. C’est ce que semble d’ailleurs signifier les réponses de Catherine Ashton dans son refus de la proposition de Bernard Kouchner.

Pour sauver Sakineh et défendre les droits de l’homme en Iran, le ministre français des Affaires étrangères voulait que l’Europe menace l’Iran de sanctions. Ce qui est plutôt mal venu de la France, en cet été d’expulsions des gens du voyage.

Cruels, plus que cruels aussi les jeux sataniques d’Ahmedinejad et son chef Khamenei qui font leur miel de cette levée de boucliers occidentale sur fond d’embargo, d’angoisse qui commence à habiter les hommes et les femmes de ce pays de voir tomber sur eux une bombe atomique israélienne. Dans ce contexte la pauvre Sakineh, condamnée à la lapidation, une parmi tant d’anonymes, martyre de la vague de barbarisme qui recouvre de façon de plus en plus évidente ce pays, - 68 exécutés dans la prison de Valid Abad cette année, 338 exécutions capitale en 2009 -, devient une alliée objective du camp occidental.

ON N'EN SORTIRA PAS

Les femmes de nos pays sont les otages de l’opposition, des tensions, voire de la haine qui s’installe entre l’Occident et nous. Cela ne veut pas dire que c’est pour provoquer les occidentaux que les peuples musulmans d’Asie et d’Afrique martyrisent leurs femmes sur l’autel de la masculinité divinisée. Les foules exaltées, les imams obscurantistes, les politiques qui magouillent avec les mouvements fanatiques ont des objectifs « personnels ». Ils n’ont pas besoin des pétitions parisiennes pour poursuivre cette folle détermination de suprématie sexuelle masculine. La pauvreté de leur foi, l’obscurité de leur âme et de leur esprit leur suffit pour réaffirmer, défendre, exercer leur tyrannie sur les femmes.

L’embargo européen et américain sur l’Iran, qui s’est amplifié avec l’ouverture de la centrale atomique de Boushr n’est pas la cause première de la menace de l’exécution de cette condamnation de 2006 de Sakineh à être lapidée. Ni le bombardement de Gaza. Mais cela nourrit ceci. Et la machine s’emballe.

HYPOCRITES

La formation de plus en plus rigide de deux blocs n’est pas de la seule responsabilité des Européens et Américains, et l’on sait que c’est une aubaine pour les régimes en place de Téhéran à Alger, en passant par Tel-Aviv. Mais la situation est suffisamment grave pour que nous prenions en compte l’ensemble des problèmes de la région. La vielle et « sage » Europe en tête. Les grandes messes diplomatiques européennes du type « Dialogue des cultures », « Alliances des civilisations » ne suffisent pas ; elles sont dérisoires et hypocrites. Les déclarations des politiques, celle de Kouchner pour ne reprendre que la dernière laissent pantois par leurs courtes vues et rhétorique simplificatrice. Cela fait longtemps que ça dure.

Décidemment, la politique est chose trop sérieuse pour être laissée aux mains des politiques. Féministes et intellectuels doivent continuer à porter leurs efforts sur le sort des Sakineh, et de Sakineh. Exiger sa libération, et aussi l’arrêt des lapidations, des exécutions capitales, du respect des droits de l’homme, des libertés. C’est évident. Mais pour vaincre ces maux, ils, nous, devons, aussi et dans le même temps, et avec autant de détermination réclamer un règlement global des conflits de la région.



Les enfants de Sakineh lancent un appel au monde entier

Ne laissez pas notre cauchemar devenir une réalité. Opposez-vous haut et fort à la lapidation de notre mère! Aujourd’hui, nous demandons l’aide du monde entier. Depuis cinq ans, nous vivons dans la peur et l’horreur, privés de la présence réconfortante de notre mère. Le monde est-il assez cruel pour rester insensible à une telle tragédie?

Nous sommes Fasride et Sajjad Mohammadi e Ashtiani, les enfants de Sakineh Mohammadi Ashtiani. Depuis notre tendre enfance, nous éprouvons une grande douleur, car nous savons que notre mère est emprisonnée en attendant de connaître son épouvantable sort. Le mot « lapidation » est tellement horrible pour nous que nous évitons de le prononcer. Nous disons plutôt que notre mère est en danger, qu’elle risque d’être tuée et qu’elle mérite l’aide de tous.

Maintenant que presque toutes les options ont échoué et que l’avocat de notre mère affirme que sa situation est très précaire, nous nous en remettons à vous, citoyens du monde, peu importe qui vous êtes et l’endroit où vous habitez. Nous nous en remettons à vous, peuples de l’Iran, à tous ceux et celles qui ont vécu l’enfer de perdre un être cher.

Aidez-nous à libérer notre mère!

Nous désirons particulièrement joindre les Iraniens qui vivent à l’étranger.?Aidez-nous à sortir de ce cauchemar. Sauvez notre mère. Vous ne pouvez imaginer la détresse qui nous accable à chaque instant de notre vie. Les mots ne suffisent pas à exprimer notre crainte…
Aidez-nous à secourir notre mère. Écrivez aux autorités pour leur demander de la libérer. Dites-leur qu’il n’y a aucun plaignant et qu’elle n’a rien fait de mal. Notre mère ne mérite pas de mourir. Y a-t-il quelqu’un qui peut nous entendre et nous venir en aide?

Fasride et Sajjad Mohammadi e Ashtiani