Salon du livre d'Alger : Kamel Daoud en vedette

La 19ème édition du salon international du livre  vient de s'ouvrir à Alger auquel sera consacré un numéro spécial de notre magazine Maghreb Orient Express ce dimanche 2 novembre. Comme chaque année, les organisateurs attendent des dizaines de milliers de visiteurs. Autant de curieux qui viennent de tout le pays pour découvrir des centaines d'auteurs. L'un d'eux pourrait se faire plus remarquer que les autres. Il s'agit du journaliste et écrivain, Kamel Daoud, auteur de Meursault contre-enquête en lice pour le Goncourt.

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Le salon international du livre d'Alger (SILA) est devenu un véritable phénomène de société, un événement populaire. Cette année, 926 exposants sont présents, 267 éditeurs algériens et 659 d'autres pays arabes, africains et européens. 
 
Curieux moment que ce salon international du livre, alors que les librairies se font rares au prétexte que le commerce des livres est sans avenir. Les lecteurs viennent pourtant de toute l'Algérie en véritables expéditions organisées, en bus, en voiture, en taxi, en avion. Ils repartent les bras chargés d'ouvrages avec une attention particulière portée sur l'éducation des enfants, les livres para-scolaires, la littérature, les dictionnaires et les loisirs. A tel point que pour la première fois de l'histoire du salon, un espace sera entièrement consacré à ce public. Mais pas seulement, car le choix est multiple sur le salon entre livres religieux et l'art de séduire, la littérature, en arabe, en français, en anglais. Autant d'ouvrages qui s'emportent tel un plaisir solitaire.

Cette année, soixantième anniversaire de l'indépendance algérienne oblige (1954-2014), le SILA s'ouvre sous les auspices de l'histoire du mouvement national algérien avec tables rondes et pensées carrées. Le récit de l'épopée de la génération de novembre 1954, sa grandeur indiscutable par la grâce de ses héroïnes et de ses héros, de sa victoire, se déroulera à la manière d'une impossible écriture, pendant que cette génération se meurt en emportant ses silences.

Meursault contre-enquête

Mais les Algériens d'aujourd'hui se pencheront sans doute sur un autre silence de l'histoire. Le silence de l'Arabe de Camus. Cet inconnu familier auquel Kamel Daoud, journaliste et écrivain, à moins que désormais ce ne soit l'inverse, a donné une voix par défaut. La voix du frère de l'Arabe. 
 
Ce pari littéraire difficile et pourtant évident, se lit comme s'il avait été attendu depuis qu'est paru L'Étranger de Camus, en 1942. Livre attendu, Meursault contre-enquête de Kamel Daoud, surprend cependant. Sans doute parce que l'auteur a réussi à contourner tous les écueils de l'exercice, le pamphlet anti-colonial, la question récurrente de savoir si Camus était algérien ou français, raciste ou juste malade d'amour pour sa mère etc.
 
Kamel Daoud nous a évité le déjà-lu et entendu. L'Arabe, son frère, sa mère, ne sont que des alibis pour contre-attaquer, c'est-à-dire écrire à son tour sans autres indices que ces riens tels que les avaient abandonnés Albert Camus, et c'est en cela qu'il a fait œuvre d'écrivain.
 

2014, son année

Ce livre, Meursault contre-enquête, publié par les éditions Barzakh, en octobre 2013, avant qu'Actes Sud n'en rachète les droits, non sans hésitation, et l'édite en mai 2014, est en passe de devenir un véritable événement littéraire. 
 
La critique, unanime d'Alger à Paris, en passant par Montréal, salue le talent de son auteur. Même l'Algérie, pourtant peu encline à reconnaître les qualités de l'un des siens, s'est plu à l'applaudir en reconnaissant d'abord l'écrivain, avec le Prix des Escales littéraires (pour sa 2ème édition, 16 octobre 2014). Le journaliste, auteur de la chronique « Raïna Raïkoum » qui, chaque matin, se lit dans le Quotidien d'Oran, a également reçu le prix Ourtilane (pour sa 15ème édition, 25 octobre 2014), décerné chaque année par le quotidien arabophone El Khabar, du nom de notre confrère Omar Ourtilane, assassiné en 1995, pendant la guerre civile.

Mais c'est Pà aris, au cœur de la langue française, que l'auteur de Meursault contre-enquête est couvert d'éloges et de prix. Prix François Mauriac 2014 (pour la version Actes sud), Prix des Cinq Continents de la Francophonie 2014 décerné par l'Organisation Internationale de la Francophonie (au titre des éditions barzakh)… Et, enfin, bien que ne faisant pas partie de la rentrée littéraire, le livre a pourtant figuré jusque dans la 2ème liste du prix Renaudot et surtout, il est – fait inédit – toujours en lice dans la dernière liste du prix Goncourt dans laquelle ils ne sont désormais plus que quatre. 
 
C'est en effet la première fois qu'un auteur étranger d'abord édité par une maison d'édition algérienne (Barzakh) se trouve parmi les meilleurs auteurs retenus des deux plus prestigieux prix de la littérature française. 
 
Depuis, les maisons d'édition du monde entier se disputent les droits de ce roman. Et que montent les enchères entre l'Allemagne, le Royaume Uni, les États-Unis, le Danemark, le Japon, la Chine, le Portugal, l'Italie… la liste est longue.

Sans doute, par-delà le talent, veulent-ils « exprimer, écrit Mâmar Farah dans Le Soir d'Algérie, leur soutien à un jeune auteur qui n'a pas eu peur de s'attaquer à une problématique parmi les plus complexes de la littérature française : tenter d'écrire la suite de L'Étranger à partir d'une description de cet « Arabe », parmi les plus chétives de l'histoire des romans. »

Interview de Kamel Daoud sur Maghreb Orient Express