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Sauver la banane ! Mot d'ordre de la 3ème conférence mondiale du 7 au 10 novembre à Genève

(AP Photo/Gene J. Puskar)

La conférence mondiale sur la banane aura lieu du 7 au 10 novembre à Genève pour trouver une issue à la menace qui plane sur l'un des fruits les plus consommés de la planète. Depuis 20 ans un champignon s'attaque à la variété presque unique de banane consommée par les Occidentaux, la Cavendish, mais le scénario du pire reste pour l’instant évitable.

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Existe-il sous nos latitudes, un fruit exotique plus familier que la banane ? Tout au long de l’année, sa couleur jaune vif occupe les étals des supermarchés. Il ne s’agit pas de n’importe quelle banane, mais de la variété la plus consommée en Suisse ainsi qu’en Europe et aux Etats-Unis, appelée Cavendish et plus spécifiquement la Grande Naine.

Le champignon responsable résiste aux fongicides et est presque impossible à éradiquer

Il existe des centaines d’autres cultivars de la banane – plante obtenue par sélection ou mutation – mais aucun n’est exporté et cultivé à une aussi grande échelle. Piégée par sa dépendance à cette variété, l’industrie bananière est désormais au pied du mur, à cause de la propagation d’une maladie fongique. Mais une série de mesures, déployée sur le plan international, peut encore sauver la banane, affirme Jean-Michel Risède, chercheur au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement).

En 2016, la Cavendish représentait 95% des exportations mondiales de bananes, selon des chiffres de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). Or cette variété est depuis vingt ans menacée par un champignon, le Fusarium oxysporum, responsable de la maladie de Panama ou fusariose. Une fois atteint, le bananier est détruit de l’intérieur et son système vasculaire dysfonctionne. Ses feuilles jaunissent progressivement avant que la plante ne se dessèche complètement. La chair blanc crème des fruits se transforme en bouillie fétide.

Le champignon responsable résiste aux fongicides et est presque impossible à éradiquer. La seule solution pour éviter la contamination est d’abandonner la plantation, une fois les végétaux infectés. Le champignon vit dans la terre et peut y demeurer plusieurs années. Devant cette situation critique, de nombreux observateurs et certaines publications ont conclu à une disparition programmée du fruit.

L’histoire se répète

Une course contre la montre s’est en effet engagée lorsqu’une mutation de la maladie de Panama (dite de la race tropicale 4) a été découverte à Taïwan, en 1994. En dix ans, le champignon s’est disséminé dans les plantations Cavendish et d’autres sous-groupes bananiers de plusieurs pays d’Asie du sud-est, en Australie et jusqu’en Jordanie et au Mozambique. Les principaux pays exportateurs situés en Amérique latine vivent aujourd’hui dans l’attente d’une éventuelle contamination: la position des plantations pourrait devenir intenable si le champignon traversait l’océan. En 2014, la FAO a lancé un cri d’alarme et annoncé la création d’un programme mondial de lutte contre ce fléau.

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Ce n’est pourtant pas la première fois que les monocultures bananières sont mises à mal par ce champignon. Dans la première moitié du XXe siècle, la variété Gros Michel dominait le marché mondial, mais au début des années 1960, elle a déserté les rayons occidentaux.

La mémoire des producteurs reste hantée par la fusariose

Jean-Michel Risède

Atteintes par la race 1 de la maladie fongique, les plantations des Caraïbes et d’Amérique du Sud n’ont pas pu résister à la propagation. Jean-Michel Risède explique que «bien que les bananiers soient également agressés par d’autres champignons, virus ou bactéries, la mémoire des producteurs reste hantée par la fusariose».

A l’époque, les exportateurs ont opéré une conversion variétale et adopté la Cavendish. Elle a représenté la variété idéale pour une culture intensive. Résultant de multiples croisements et génétiquement uniforme, le fruit résiste à la souche 1 de la fusariose et supporte relativement bien les longs transports. Il a rapidement conquis les marchés occidentaux. Cependant, la filière banane paie aujourd’hui le prix de ce manque de biodiversité. L’exploitation d’un seul génotype engendre une vulnérabilité certaine. L’agent pathogène qui est capable d’évoluer trouvera des failles, comme ce fut le cas lorsque la Cavendish a été infectée.

Génétique et prévention

Plusieurs méthodes peuvent être mises en œuvre pour lutter contre la race tropicale 4. Un premier volet met à contribution la génétique et la sélection des plantes. Des chercheurs estiment qu’une réponse durable ne comprend plus le développement d’un clone unique, mais un éventail de cultivars génétiquement différents. La faible fertilité des bananes comestibles rend difficile la découverte d’un hybride. A l’état sauvage, les espèces de bananes abondent, mais nombre sont vulnérables à la souche infectieuse et ne seraient pas cultivables à une grande échelle.

Il est aussi possible de sélectionner et d’améliorer les variétés, comme en isolant les gènes résistants aux maladies chez les bananes. Cette recherche a pu être réalisée lorsque les génomes de la banane et des champignons ont été séquencés en 2012 et 2014 respectivement.

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Des cordons sanitaires stricts

D’autres mesures appliquées actuellement ont permis de ralentir la dissémination de la souche infectieuse. Le champignon s’immisce dans les plantations par l’eau et la terre qui se retrouve sur le matériel ou les chaussures des agriculteurs. En fermant ces portes d’entrée, l’infection peut être circonscrite. En Australie, les véhicules et les outils ne sortent pas des plantations touchées sans avoir été désinfectés et les plants sont placés en quarantaine. En juillet 2017, la fusariose a fait sa réapparition dans une exploitation du Queensland, deux ans après sa découverte sur le territoire, entraînant l’implantation d’un cordon sanitaire strict.

Les sols influencent les relations entre les différents organismes qui y vivent, à l’instar des champignons et des plantes. Une manipulation de ce milieu riche peut réduire la progression de la maladie. Contrôler la composition biologique des sols permet de développer des barrières face aux ennemis des cultures. Le but est de créer à la fois un environnement favorable aux bananiers et désavantageux pour le Fusarium oxysporum.

Pour le Cirad, le risque est réel, mais il peut être évité si une coordination internationale se met en place entre les producteurs et les centres de recherche. Il souligne que les moyens doivent se développer afin d’apporter une solution durable face aux menaces. Dans l’immédiat, les Nations unies se sont déjà saisies du problème. La gestion internationale de la fusariose de la banane sera un des thèmes du forum mondial de la banane, organisé du 7 au 10 novembre prochain à Genève.


> Article original sur le site de notre partenaire suisse Le Temps