Scandales à répétition : Barak Obama est-il en danger ?

Barak Obama et Eric Holder, ministre de la justice
Barak Obama et Eric Holder, ministre de la justice

Un "Obama Gate" se prépare-t-il après les nouvelles révélations impliquant le ministre américain de la justice dans la surveillance des journalistes de l'Associated press ? Barak Obama, le président "cool" et progressiste serait-il en fin de compte un redoutable stratège, adepte du secret, prêt à tout pour parvenir à ses fins, au point d'enfreindre la constitution, mentir impunément, et se voir à terme lâché par son propre camp ?

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Il est le prix Nobel de la paix 2009, mais ordonne chaque semaine depuis son bureau de la maison blanche des assassinats d'Etat, exécutés par des drones. Il est accusé d'avoir menti au sujet de l'attentat du consulat américain de Benghazi en Libye qui a causé la mort de l'ambassadeur et de trois agents de sécurité. Il a laissé l'administration fiscale enquêter et faire pression sur des associations néo-conservatrices pour les forcer à révéler leurs donateurs. Et pour finir, son ministre de la justice, Eric Holder, a fait espionner les journalistes de l'Associated press pour repérer leurs sources au sein des services de renseignements américains dans le cadre de tentatives d'attentats au Yemen en 2012.

Ce portrait peu élogieux d'un président américain n'est pas celui de l'instigateur du Patriot Act, conseillé par ses faucons néo-conservateurs, Georges W. Bush, mais celui de son successeur : Barak Obama, du parti démocrate, président des Etats-Unis, réélu en 2012.

Malgré cette succession de révélations, les observateurs de la vie politique américaine, comme le journaliste Axel Krause (voir encadré), ne voient pas dans ces affaires un "Obama Gate" pouvant mettre en péril la présidence. L'une des raison principales tient en un concept principal, selon le journaliste : "la reprise économique, c'est fondamental dans la situation actuelle d'Obama". Et puis, insiste-t-il, "on ne peut pas comparer ce qui est nommé scandale aujourd'hui dans le cas d'Obama avec de grands scandales, des affaires d'Etat comme le Water Gate de Nixon, les contrats de Reagan avec l'Iran ou l'affaire Lewinsky de Clinton. Aujourd'hui, ce qu'il faut comprendre, c'est que l'ambiance à Washington est épouvantable : le but des républicains, qui tiennent le Congrès, est qu'Obama finisse son mandat en échec. C'est tout".

Un président à l'image fabriquée ?

Drone américain en mai 2012 : dix morts dans le nord du Pakistan (photo : AFP)
Drone américain en mai 2012 : dix morts dans le nord du Pakistan (photo : AFP)
Barak Obama a une image médiatique très positive, particulièrement à l'étranger, image qu'il entretient soigneusement depuis son premier mandat. Son origine africaine, son discours progressiste sur les minorités, la mise en place d'un système de mutuelle de santé universel l'ont aidé à se forger cette aura sympathique : celle d'un "bon" président épris de justice, de démocratie et grand défenseur des droits humains. Si l'on ajoute à cela une femme délicieusement élégante et "proche du peuple", pas mal d'humour, une attitude "cool et branchée", le tableau est complet pour faire d'Obama une sorte de "JFK bis". La modernité du tweet et le côté ethnique en plus.

Obama a d'ailleurs donné très tôt des gages sur cette voie ouverte et pacifiste qui se voulait à l'opposé de celle de son prédécesseur. En affirmant vouloir fermer Guantanamo et retirer les troupes américaines d'Irak, par exemple. Mais si la dernière promesse a été honorée, la prison américaine basée à Cuba qui détient illégalement des présumés terroristes depuis plus de 10 ans est pourtant toujours en activité et pratique une forme de torture en nourrissant de force plus de 60 prisonniers en grève de la faim . Quant à l'Irak, bien que désormais libéré des troupes américaines, il est à feu à sang. Pire encore du point de vue militaire : les drones américains assassinent aveuglément en Afghanistan sur la base d'analyses algorithmiques comportementales causant de nombreuses victimes innocentes parmi la population, sous prétexte de guerre au terrorisme.

L'image excessivement positive d'Obama commence-t-elle à se détériorer ? L'histoire du premier président d'origine afro-américaine semble aujourd'hui différente de celle qui était racontée jusque là. Le "story-telling" de la maison blanche est-il rattrapé par la réalité crûe des révélation des récents scandales ? Axel Krause admet que "la politique des drones qui tuent des innocents est une politique hors-la-loi, comme la pratique assimilée à de la torture à Guantanamo avec la nutrition forcée des prisonniers en grève de la faim. Mais les américains s'en moquent, ça ne les intéresse pas. Ce qui peut être reproché à Obama c'est surtout d'être mou, de ne pas faire assez, un peu comme pour François Hollande en France."


Affaires d'Etat ou pressions politiques ?

L'attorney general (ministre de la justice) Eric Holder mis en cause pour surveillance illégale de l'Associated Press
L'attorney general (ministre de la justice) Eric Holder mis en cause pour surveillance illégale de l'Associated Press
Si les réponses d'Obama sur l'attentat du consulat américain de Libye n'ont pas convaincu ses adversaires, les révélations sur les abus de l'IRS (le fisc américain) et depuis peu, de l'espionnage des journalistes de l'Associated press (AP) mettent peut-être encore plus en péril le mandat présidentiel.

Dans cette dernière affaire le président est directement impliqué (bien que dédouané par les services incriminés), puisque c'est le ministère de la Justice qui a effectué la demande pour obtenir les relevés d'une vingtaine de lignes téléphoniques de l'AP. La liberté de la presse est directement concernée par cette révélation, et malgré les engagements du président américain de faire voter une loi de protection des sources, il est difficile de croire que ces pratiques de l'administration Obama ne soient qu'épisodiques et dégagées d'une implication au plus haut niveau.

La question lancinante, et d'actualité, pourrait donc être la suivante : Obama a-t-il joué avec l'opinion, réalisant dans l'ombre ce qu'il réprouve publiquement ? La culture du secret, de plus en plus reprochée à Obama, est-elle une sorte de marque de fabrique d'une administration qui agit en toute clandestinité lorsqu'elle l'estime nécessaire, poussée en cela par son dirigeant en chef ?

Axel Krause pense que "ce qui est appelé scandale aujourd'hui est en discussion. Obama s'est justifié sur les enquêtes illégales de l'IRS, c'était un bureau du fisc de l'Etat de l'Ohio, il n'en est pas responsable et a condamné la pratique. Pour la Libye, ce n'est pas terminé et l'affaire est complexe, mais le Congrès n'agit pas contre Obama, même si les Républicains continuent à en parler depuis des mois, presque depuis le 11 septembre 2012 (date de l'attentat en Libye, ndlr). Puis des rumeurs ont laissé penser la semaine dernière, que le ministre de la Justice allait démissionner, et rien du tout ! Pour l'espionnage des journalistes de l'Associated Press, c'est une discussion qui est en cours, parce que la sécurité nationale était en jeu : Obama a invité les différents média à venir discuter sur le sujet.

Pour le journaliste, c'est avant tout un président mis sous pression, qui "écoute beaucoup et au final prend des décisions, mais ne fait pas beaucoup. Il est probable que dans un an Guantanamo soit toujours ouvert, et les drones en activité. Le véritable test va être celui de Julian Assange : savoir si une administration qui prétend vouloir défendre la liberté de la presse, la liberté d'expression veut condamner celui qui a dénoncé les exactions de l'armée, ou non… Mais aujourd'hui, si il y a scandale avec Benghazi, l'IRS et le ministère de la justice, il n'y a pas d'affaire d'Etat."


Axel Krause

Axel Krause est le correspondant à paris de Transatlantic Magazine, après une longue carrière à Europe Magazine et au Herald Tribune, de Moscou à Paris. il est le Secrétaire de l'association de la presse anglo-américaine à Paris.

Axel Krause a publié plusieurs ouvrages dont Inside the New Europe, aux éditions Harpers Collins (1991) ; La Renaissance : voyage à l'intérieur de l'Europe, au Seuil (1992) ; Le système de la Réserve fédérale américaine, chez Notre Europe (1999) et a réalisé un film documentaire Demain l'Europe ? coproduit par France 2

John Stewart, dans “The Daily Show“, en version originale, explique le scandale de l'IRS