Sebastian Lörscher, un jeune artiste dans l'Allemagne 2013

A 28 ans, Sebastian Lörscher a choisi Berlin pour vivre et travailler. Comment ce jeune graphiste, dessinateur et illustrateur allemand perçoit-il sa ville ? Comment vit-il son pays, devenu le poumon de l'innovation et de l'économie en Europe ? Qu'attend-il des législatives du 22 septembre ? Il partage sa vision de l'Allemagne 2013 avec TV5MONDE.

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Né en France un peu par hasard, Sebastian Lörscher a grandi à Munich, avant de s'installer à Berlin pour y achever ses études. Berlin la créative, la ville en perpétuelle transfiguration. Berlin où les hommes, malmenés par les aléas de l'Histoire, ont dû apprendre à vivre autrement, à trouver d'autres chemins. La capitale allemande n'a rien à voir avec d'autres métropoles allemandes, comme Munich, par exemple, explique Sebastian : "Dans cette ville où tout change en permanence, l'art est omniprésent. Il y a énormément de galeries, d'expositions, même de plus en plus, et beaucoup d'échanges entre les artistes."

Séduit par l'énergie de la capitale allemande, il s'est installé, voici cinq ans de cela, à Friedrichshain, un ancien quartier d'Allemagne de l'Est jouxtant l'alternatif et cosmopolite Kreuzberg (anciennement à l'Ouest). Aujourd'hui encore, le jeune dessinateur vit dans une Wohngemeinschaft - un appartement en colocation - un mode de logement que les Allemands pratiquent depuis des décennies, bien avant que l'idée ne germe de l'autre côté du Rhin. Pour exercer son métier, il partage un atelier avec trois autres graphistes, photographes et dessinateurs.

Le virus de la BD, Sebastian l'a attrapé en France, au hasard de vacances familiales sur la Côte d'Azur, fasciné par un petit festival de BD à Soliès-Ville. "A l'époque, il n'y avait rien de tel en Allemagne. Aujourd'hui, tout a changé, et certains dessinateurs allemands font même un tabac en France, comme Ulli Lust."

Son inspiration, il la puise chez les illustrateurs français, mais aussi dans son quotidien de Berlinois, en buvant un verre dans un bar ou en regardant un match de foot, tandis que lectures et voyages lui ouvrent d'autres horizons. Un premier périple en Inde et puis, entre septembre 2012 et février 2013, il a passé cinq mois en Haïti, carnet de croquis à la main : "Je me suis baladé dans les rues poussiéreuses de Port-au-Prince et les routes défoncées de campagne. J'ai vu les baraques des pauvres et les villas des riches. J‘ai fait la fête dans les bidonvilles et les plages de sable blanc. J‘ai dansé au carnaval et dans les cérémonies vaudou et j‘ai vibré devant les batailles de coqs," se souvient-il. Et partout où il est allé, il a dessiné. A son retour, il a sélectionné les meilleurs dessins, les a assortis de textes et en a fait un livre  – un reportage dessiné qu'il est actuellement en train de traduire pour le présenter en France.

Haïti Chéri - les carnets de voyage de Sebastian Lörscher
Haïti Chéri - les carnets de voyage de Sebastian Lörscher

Le poids de l'histoire de l'Allemagne ? Sebastian ne le ressent pas. Il appartient à une génération qui ne culpabilise plus. Les affres du nazisme ne sont pas son histoire, même s'il s'en est inspiré pour écrire un livre illustrant en parallèle sa vie et celle de son grand-père dans les années 1930 : "On n'oublie pas. L'entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale restent des thèmes très présents dans les expositions, par exemple. Mais l'Allemagne d'aujourd'hui s'est ouverte. Elle regarde vers l'avenir et s'est définitivement détournée du passé, même s'il reste parfois un peu d'amertume et de passéisme chez certains."

A quelques jours des élections législatives du 22 septembre 2013, Sebastian, comme la majorité des Allemands, admet respecter le travail et la personnalité d'Angela Merkel, même s'il n'approuve pas le parti chrétien-démocrate. "Personnellement, je ne voterais jamais CDU, mais quand je compare Merkel et Steinbrück, je préfère Merkel, elle est plus forte."

Comme la majorité des Allemands, Sebastian ne pense pas que ces élections changeront grand-chose : "Ce qui divise les Allemands aujourd'hui, plus encore que les clivages vieux / jeunes ou immigrés / Allemands, ce sont les inégalités entre ceux qui ont beaucoup et les autres. Il faudrait que les représentants des grands partis soient plus directs et tranchés sur ce sujet," songe-t-il.

Et pourtant, l'échéance du 22 septembre ne laisse pas les Allemands indifférents : "Autour de moi, avec mes amis, nous parlons beaucoup des élections et réfléchissons à ce que nous allons voter : l'un des deux grands partis ou un petit parti plus engagé ?" dit Sebastian. De fait, les Allemands sont très sensibles aux libertés citoyennes et choqués par le scandale de la NSA, par exemple. Des thèmes de société qui ne concernent pas vraiment les grands partis, SPD et CDU, mais plutôt les partis minoritaires - Die Linke (La Gauche) ou l'AfD (le parti euro-sceptique) connaissent justement un regain de visibilité à la faveur de ces récents rebondissements. Personnellement, je voterais plutôt pour un des petits partis. Car même s'ils n'ont aucune chance d'avoir voix au chapitre, ils peuvent mettre la pression, explique Sebastian. Reste qu'il n'y a aucun parti dont je pourrais dire : 'c'est vraiment moi'."

Berlin, capitale du cool

02.09.2013Reportage de nos partenaires de la RTS
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