Second mandat d'Obama : où en sont les droits humains aux Etats-Unis ?

Réélu à la tête des Etats-Unis, en novembre dernier, Barack Obama sera officiellement investi ce lundi 21 janvier 2013. Un second mandat qui semble moins prometteur. L'obamania des débuts apparaît comme un lointain souvenir. En 2008, le premier président noir américain avait suscité une énorme vague d'espérance. Il avait même reçu à cette occasion le prix Nobel de la paix. Cinq ans plus tard, son bilan s'avère très mitigé sur le plan des droits humains.

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Entretien avec Nathalie Berger, responsable Etats-Unis à Amnesty International - France

AFP
Alors qu'il l'avait promis, Obama n'a pas fermé la prison de Guantánamo. N'est-ce pas son plus grand échec dans le domaine des droits humains ?

C'est l'un de ses plus grands échecs. Pour nous, à Amnesty International, la fermeture de Guantánamo n'est pas le problème en soi. Ce que l'on veut, c'est que cette fermeture se fasse en respectant des conditions de justice normales pour que les détenus soient traduits non pas devant les commissions militaires, qui sont illégales, mais devant les cours fédérales de justice qui sont aptes à juger toutes les questions de terrorisme, pour qu'ils aient accès à des avocats et pour que le gouvernement ne se réserve pas le droit, comme il l'a déjà fait, de maintenir des hommes en prison à vie.

En mai 2009, c'est-à-dire quelques mois après avoir demandé la fermeture de Guantánamo, le président Obama faisait son discours sur la sécurité et demandait, ce qu'il a refait par la suite, que 48 détenus soient non jugeables non libérables. Ce qui est ahurissant de la part d'une démocratie. Aujourd'hui, on ne sait toujours pas où ces détenus seront transférés et si la prison va fermer un jour.

La vie à Guantánamo

23.10.2012Reportage RTS
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Le maintien ou, du moins, la non-contestation de la peine de mort, n'est-ce pas l'autre point noir de son bilan ?

Sur le plan fédéral, le président n'a pas autorité à décréter l'abolition de la peine de mort dans les Etats. Mais il peut effectivement la décréter sur le plan fédéral car la peine de mort existe encore à ce niveau même si elle est rarement appliquée. Ceci dit, même si cela a baissé, la peine de mort reste encore très populaire parmi les Américains. 60% y sont favorables. Compte tenu des difficultés économiques et des tensions avec le Congrès en partie dominé par les républicains, il ne se lancera jamais dans l'abolition de la peine de mort. Il ne l'avait jamais envisagé. 


Il n'a pas non plus fait avancer les droits des femmes qui ont même tendance à régresser notamment au niveau du droit à l'avortement de plus en plus menacé. N'est-ce pas regrettable ?

De très nombreux dossiers ont été déposés pour annuler le droit à l'avortement dans différents Etats. Mais, là encore, Obama ne peut pas faire grande chose. Ce n'est pas de son ressort. En revanche, le Congrès a rejeté la loi sur les violences faites aux femmes alors qu'en principe, elle est revotée annuellement ou  bi-annuellement pour délivrer de nouveaux budgets aux dispositifs et associations, du genre "planning familial". Donc le texte a été rejeté. Ce qui est relativement grave. Obama aurait dû prendre une position claire sur cette problématique.


Considérez-vous que le comité norvégien a fait une erreur en remettant le Prix Nobel de la paix 2009 à Barack ?

Je ne parlerais pas d'erreur. Je ne peux pas juger les choix du comité Nobel. Par contre, je considère qu'Obama n'a pas fait honneur à son prix. De toute façon, je ne m'attendais pas à des miracles. Un président américain reste un président américain. Aux Etats-Unis, les démocrates et républicains sont des partis plutôt centristes. Il n'y a pas d'énormes différences.
 
Le plus gros reproche qu'on puisse faire au président Obama, c'est son manque de cohérence entre ses discours et ses actes. Il n'a pas tenu ses promesses et a même agi contre ses promesses. Par exemple, il a revoté la possibilité, pour les forces américaines, d'arrêter partout dans le monde toute personne qui serait suspecte de terrorisme et de le détenir. Décrété par l'administration Bush, ce concept de guerre global a été réaffirmé par la présidence d'Obama, ce qui permet toutes les violations des droits humains et partout dans le monde.


Le vote de la couverture maladie pour tous n'est-elle pas sa plus belle réussite ?

Je ne parlerais pas de réussite car la réforme est loin d'être achevée et peut même se révéler, dans les faits, assez creuses puisque certaines mesures n'ont pas encore de financements.

Néanmoins, ça reste une belle victoire. Très certainement sa plus belle ! D'autant que la Cour suprême a validé la réforme en expliquant qu'elle n'était pas anticonstitutionnelle (comme le prétendaient les conservateurs qui avaient multiplié les plaintes, ndlr). Ce qui a renforcé le président Obama dans cette décision et le Congrès dans ce vote.

La confrontation politique sur cette question a été particulièrement violente. Obama a été attaqué, à ce moment-là, sur sa nationalité, sur des points personnels qui n'ont rien avoir avec la politique. Et il a tenu le coup. Il a tout fait pour faire passer ce qui était sa principale promesse électorale pour son électorat. Cette réforme lui tenait particulièrement à cœur, plus que la fermeture de Guantánamo. C'est évident.

La réforme de la santé adoptée

29.06.2012Reportage RTBF
Second mandat d'Obama : où en sont les droits humains aux Etats-Unis ?

N'est-ce pas aussi courageux de sa part de s'attaquer au puissant lobby des armes à feu depuis la tuerie de Newton ?

Obama va essayer de re-promulguer une loi qui avait été abrogée, celle qui réglementait la circulation des armes de guerre. Mais, à ma connaissance, cela ne va pas plus loin. Il faut dire que c'est un lobby tellement puissant et influent. S'il poussait plus loin la réforme, Obama serait attaqué de tout part. Ce qui ne peut pas se permettre, surtout en temps de crise. Même dans son propre camp, il y a des démocrates qui sont tout à fait pour les armes. Bref,le président sur cette question a les mains liées.

Plan Obama contre les armes à feu

17.01.2013Reportage Rdaio Canada
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Qu'attendez-vous de son second et dernier mandat ?

J'ai envie de vous répondre avec les mots que m'avait dits Lakhdar Boumediene, un ancien détenu de Guantánamo renvoyé en France. Quand on a lui avait demandé pourquoi il souhaitait que Dick Cheney, Georges Bush et Alberto Gonzales soient jugés, il avait répondu pour "la justice". Je trouve que c'est la meilleure des réponses. C'est-à-dire aller vers une justice plus grande au niveau des détenus, au niveau de l'économie, et dans tous les problèmes d'impunité. On attend la justice au sens large.