Seconde guerre mondiale - Russes et Polonais, toujours ennemis

Le Premier ministre russe Vladimir Poutine accueilli aux cérémonies de commémoration par son homologue polonais, Donald Tusk à Westerplatte, le 1er septembre.(Reuters)
Le Premier ministre russe Vladimir Poutine accueilli aux cérémonies de commémoration par son homologue polonais, Donald Tusk à Westerplatte, le 1er septembre.(Reuters)
dans

Commémoration et polémique

Commémoration et polémique
En septembre 2009, les commémorations en Pologne du 70ème anniversaire du début de la Seconde guerre mondiale ont eu lieu sur fond de polémique en Varsovie et Moscou. En cause, le rôle de l'URSS dans le déclenchement de la Seconde guerre.

Amélie Cano
1er septembre 2008 - 1'45

Entre Russes et Polonais, se dresse toujours la forêt de Katyn, symbole de la tragédie polonaise

Entre mars et avril 1940, plus de 22000 officiers et fonctionnaires polonais prisonniers de guerre furent internés dans des camps après l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie et l'Armée rouge au début de la Seconde guerre mondiale. Peu après, ils furent exécutés par le NKVD, la police politique de Staline et enterrés dans des charniers secrets dont celui de la forêt de Katyn qui donnera son nom au massacre. Cette page sombre de l'histoire russo-polonaise est toujours objet de ressentiment entre les deux pays, même si la Russie a reconnu officiellement sa responsabilité
Entre Russes et Polonais, se dresse toujours la forêt de Katyn, symbole de la tragédie polonaise

Dans la mémoire de l'autre

Par Sylvie Braibant



Les yeux fixés sur l’horizon montagneux, Blaise Pascal, théologien du 17ème siècle, écrivait : “Vérité en deça des Pyrénées, erreur au-delà…” Pensée universelle sur la relativité de l’histoire, dont l’Europe est en train de vivre un nouvel avatar, avec la commémoration du soixante-dixième anniversaire du déclenchement de la Seconde guerre mondiale.

La polémique s’est jouée, essentiellement par journaux interposés, entre Polonais et Russes, qui n’ont aujourd’hui presque plus de frontières communes depuis l’éclatement de l’empire soviétique, en dehors de celle qui longe l’enclave occidentale russe de Kaliningrad.

En août 1939, les deux pays étaient encore mitoyens sur des centaines de kilomètres, et leurs relations d’hostilité ancestrale avaient connu une nouvelle vigueur avec la Révolution bolchévique. Tandis que sur le flanc sud ouest de la Pologne, l’Allemagne hitlérienne affûtait ses armes. Un an auparavant, Anglais, Français, Italiens et Allemands avaient conclu des accords à Munich, reconnaissance de facto de l’annexion de la région tchécoslovaque des Sudètes par Hitler.


Dans sa marche conquérante, le IIIème Reich, pour se garantir la passivité soviétique, lança des négociations avec Staline. L’Union soviétique, exsangue, n’était pas plus prête à la guerre que les puissances occidentales.

Le 23 août 1939, les deux États signaient un pacte de non agression, mais aussi de partage de leurs zones d’influence : la Pologne et la Finlande furent ainsi redessinées. Forts de ce texte, les nazis envahiront la Pologne le 1er septembre 1939, les Soviétiques le 17 septembre.

C’est l’histoire de ce pacte dit Molotov-Ribbentrop, du nom de ses parapheurs, ses causes et ses conséquences, qui dressent aujourd’hui la Pologne contre la Russie, ou plutôt une partie de la classe politique polonaise, entraînée par Lech Kaczynski, l’actuel président de la République polonaise, contre Moscou.

À en croire cette minorité bruyante, très catholique et conservatrice, la Seconde guerre mondiale aurait été déclenchée par ce pacte, donc par les Russes, principaux responsables finalement de la catastrophe, et pourquoi pas, aussi, du génocide, exonérant ainsi les Allemands de leurs écrasantes et totales responsabilités dans les horreurs de ce conflit.

Vladimir Poutine a contre-attaqué en s’adressant aux Polonais via la Gazeta Wyborcza. Le grand quotidien de référence à Varsovie, dirigé par d’anciens de Solidarnocz, a même offert sa Une au Premier ministre russe.

Dans une longue tribune, s’il admet le caractère immoral du pacte, il le réintroduit dans son contexte historique, à l’aune des autres allégeances occidentales au IIIème Reich. Dans le même temps, les services secrets russes ont rendu publiques des notes compromettantes signées de certains dirigeants polonais de l’époque, dénotant un fâcheux tropisme germanique…

Vladimir Poutine, lors des commémorations du 1er septembre a voulu refermer la dispute d’un tonitruant : « Il ne sert à rien d’extirper les raisins secs des petits pains moisis. », relayé par une presse russe aux accents nationalistes.

Son homologue polonais, Donald Tusk, l’a fait en termes plus policés : « Notre rencontre en tête à tête a indiqué dès la première minute que nous avions accompli un nouveau pas dans la vision commune de notre passé, afin de mieux construire notre futur. »


Début de la 2e guerre mondiale : les dates varient selon les pays

Les Allemands et les Polonais n'ont pas de doute: la Seconde guerre mondiale a commencé avec les premiers coups de canons tirés par le cuirassé allemand Schleswig-Holstein contre la base polonaise de Westerplatte, près de Gdansk, le 1er septembre 1939.

Mais la France et la Grande-Bretagne, alliées de la Pologne, n'ont officiellement déclaré la guerre à l'Allemagne que le 3 septembre.

C'est en avril et mai 1940 que l'Allemagne a envahi l'Europe du nord et de l'ouest, occupant la moitié de la France.

La "bataille d'Angleterre" a commencé en juillet 1940, avec les attaques aériennes massives de la Luftwaffe auxquelles les forces aériennes britanniques ont donné une riposte efficace.

L'Union soviétique a envahi le 17 septembre 1939, sans rencontrer de résistance, les régions de l'est de la Pologne en vertu du pacte Ribbentrop-Molotov, elle a livré des combats contre la Finlande à la fin de 1939 et occupé en 1940 les pays baltes, Lituanie, Lettonie et Estonie.

Mais pour Moscou, la "Grande guerre patriotique" n'a véritablement commencé qu'avec l'attaque de l'Allemagne nazie contre l'URSS, le 22 juin 1941.

Les Etats-Unis ont été entraînés à leur tour dans le conflit mondial avec la destruction le 7 décembre 1941 à Pearl Harbor de l'essentiel de sa flotte par le Japon, allié d'Adolf Hitler.

Deux dates différentes ont aussi été retenues pour la fin du conflit en Europe. Les alliés occidentaux ont fêté la capitulation de l'Allemagne nazie après la prise de Berlin, le 8 mai 1945. Mais pour Moscou, la signature de l'acte de capitulation n'a eu lieu que le 9 mai.

Enfin, les combats américano-nippons ont duré encore pendant plus de trois mois, jusqu'à la capitulation du Japon le 2 septembre 1945, après le bombardement atomique des villes japonaises d'Hiroshima et Nagasaki.

Source : AFP