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Sécurité à l'aéroport de Bruxelles: des documents accablants

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©RTBF

Ce sont deux rapports confidentiels de la Commission européenne. Le plus récent date de 2015 et l'autre remonte à 2011. Ces rapports sont sans appel : la Belgique est jugée non-conforme en matière de sécurité dans ses aéroports, avec des déficiences graves. 

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Depuis la publication de ces rapports, la ministre de la Mobilité, Jacqueline Galant a présenté sa démission au Premier ministre Charles Michel qui l'a acceptée vendredi 15 avril.

La Commission a inspecté la DGTA, l'un des organismes responsables de la sécurité de l'aéroport de Bruxelles. Cette Direction Générale du Transport Aérien dépend de l'administration, du SPF Mobilité et Transports. Plus spécifiquement, la DGTA-Sûreté vérifie notamment les mesures de sûreté dans les six aéroports du pays, par les compagnies aériennes belges et étrangères, ainsi que par les sociétés de fret.

Carences graves

Pour la Commission, la DGTA-Sûreté fait preuve d'une incapacité systémique d'effectuer le nombre requis d'inspections par manque de ressources. Elle ne dispose pas des outils nécessaires pour réaliser correctement ses missions. La Commission pointe plusieurs exemples : il n'y a pas de plan national de sûreté, pas d'inspecteurs mandatés, la politique de formation est totalement défaillante.
 

Moyens refusés

Ces rapports (consultables ici) vont plus loin que les informations publiées aujourd'hui par L'Écho. Le quotidien révélait ce mercredi que plusieurs demandes de financement déposées par le SPF Mobilité auprès du cabinet Galant, avaient été refusées. En effet, la DGTA-Sûreté se dit incapable de remplir ses missions, faute de moyens. Elle ne dispose que de 6 inspecteurs pour les remplir. De là à éviter les attentats ? Certainement pas. Par contre, les documents que nous révélons prouvent que depuis de nombreuses années, la Commission européenne pointe du doigt l'insuffisance de notre pays en matière de contrôles sécurité dans les aéroports.
 

Mais de l'argent pour Belgocontrol

Pour faire face aux manquements pointés par la Commission européenne, le SPF Mobilité souhaitait renforcer son équipe d'inspection. En février 2016, l'administration avait dès lors demandé à la ministre une partie du budget de 400 millions d'euros libéré par le gouvernement fédéral après les attentats de Paris, pour lutter contre les actes terroristes. Mais cette demande a été rejetée par le cabinet de la ministre lors d'un comité de direction. Cependant, aucun P.V. de réunion ne peut en attester.

Au contraire, comme le montre cet e-mail interne au cabinet du ministère, que la rédaction de la RTBF a pu se procurer (ci-dessous), la ministre de la Mobilité, Jacqueline Galant a demandé une part de ce budget pour renflouer les caisses de Belgocontrol, l'organisme de contrôle aérien, qui est en perte financière, mais n'a aucune compétence en matière de lutte contre le terrorisme et de prévention des attentats.

Message e-mail de la ministre belge Jacqueline Galant que la RTBF a pu se procurer.
Message e-mail de la ministre belge Jacqueline Galant que la RTBF a pu se procurer.
©RTBF

Actuellement, la cellule Sûreté aérienne au sein du SPF Mobilité ne compte, encore et toujours, que six inspecteurs.
 

"Il s'agit à mes yeux d'une attitude criminelle"

Dans l'opposition, face à "ces nouvelles révélations concernant la sécurité", le député fédéral Benoît Hellings (Ecolo) estime que la "défiance" de l'administration envers sa ministre Galant "est aussi de nature à mettre en péril la sécurité des passagers et des riverains".

"Alors que de graves dysfonctionnements dans les services chargés de la sécurité des aéroports belges sont pointés par la Commission européenne depuis des années, la ministre Galant ne juge pas bon d’y apporter des réponses, mais préfère au contraire tenter d’obtenir une part de l’enveloppe budgétaire 'lutte contre le terrorisme' pour Belgocontrol, malgré le fait que Belgocontrol n’a aucune compétence en matière de lutte contre le terrorisme, ajoute le parlementaire écologiste. Une telle démarche dépasse la simple faute ou un défaut d'appréciation des urgences du moment. Il s'agit à mes yeux d'une attitude criminelle."