Séisme au Népal : quand Internet se mobilise

<p>De jeunes villageois tentent de recharger leurs téléphones portables dans le village de Paslang près de l'épicentre du séisme qui a touché le Népal le 25 avril 2015. <br />
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De jeunes villageois tentent de recharger leurs téléphones portables dans le village de Paslang près de l'épicentre du séisme qui a touché le Népal le 25 avril 2015. 
 

©AP Photo/Wally Santana

Alors que l’aide humanitaire internationale continue de s’acheminer jusqu’à Katmandou et commence à s’organiser progressivement, Internet prend le relais. Appels à témoins sur les réseaux sociaux, plateformes de regroupement d’informations.. Internet fait aussi le lien entre les sinistrés, les victimes népalaises ou étrangères et leurs familles à l’étranger.

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Plus de 10 000 appels ont déjà été reçus par le centre de crise du Quai d’Orsay à Paris qui a mis en place un numéro d’urgence : 01 43 17 56 46. Si certains passent par ces voies officielles pour obtenir des nouvelles de leurs proches après le séisme au Népal, d’autres utilisent les réseaux sociaux pour obtenir des informations. 

Rapidement après le séisme, des messages ont été publiés sur Internet pour témoigner des secousses ressenties ou des dégâts causés.
Hors du Népal, les familles inquiètes lancent des bouteilles à la mer en postant sur Twitter des photos de personnes dont elles sont restées sans nouvelle depuis le tremblement de terre du samedi 25 avril. Les mot-clés #Nepal #Nepalearthquake #Nepalquake sont alors couramment utilisés. 

Difficile pour autant de savoir combien de ces appels reçoivent une réponse.

Mais face à cet afflux de données en ligne qui accompagne désormais ces grandes catastrophes, deux géants américains du web ont mis de nouveaux outils à disposition des internautes. 

Facebook, Google mobilisés

Facebook qui vient de lancer une campagne de don sur son réseau, a mis en route pour ses utilisateurs, ce samedi 25 avril, une nouvelle application baptisée « Safety check »  (vérification de sécurité). Elle avait été lancée officiellement en octobre dernier. Si vous l’activez après une catastrophe comme le séisme au Népal, et que vous vous situez dans la zone sinistrée, Facebook vous envoie une notification sur votre téléphone portable pour savoir si vous êtes en « sécurité ». En répondant d'un simple clic « je suis en sécurité » ou « je ne suis pas dans cette zone », un message apparaîtra sur votre profil pour rassurer vos proches et amis qui seront ainsi alertés. 

Capture d'écran du service "Safety check" de Facebook. 
Capture d'écran du service "Safety check" de Facebook. 

Mais qui reçoit ses message ? Facebook détermine automatiquement votre géolocalisation dans la zone sinistrée en « regardant la ville indiquée dans votre « profil », votre dernière localisation si vous avez l’option « amis autour de moi » et en fonction de la ville d’où vous utilisez internet », peut-on lire sur l’explication fournie par l’entreprise de Mark Zuckerberg. Ce service permet donc aux internautes de donner de leurs nouvelles mais pas de chercher à en avoir sur quelqu'un porté disparu. Alors certains s'en sont remis à de les moyens plus "classiques" du réseau social avec la création de pages sur Facebook comme celle : "Missing people in earthquake Nepal" pour rechercher des proches. 

De son côté, Google a relancé son site « Google Person Finder » ("le chercheur de personne Google") créé en 2010 après le tremblement de terre en Haïti qui a fait plus de 200 000 morts. Cette plateforme permet à tout internaute - même sans un compte Google - de rechercher une personne. Mais chacun, internautes et service de secours, peut également y publier des informations sur des personnes disparues ou retrouvées après le drame. Pour tous ceux qui ne disposent pas d'une connexion internet,  ce service est consultable depuis un téléphone portable en envoyant un SMS à des numéros spéciaux mis en place depuis (seulement) trois pays l’Inde, le Népal et les Etats-Unis. 
Mais Google Person Finder  a ses limites : le géant américain du web spécifie bien sur son site qu’il « ne corrige ni ne vérifie l’exactitude des données » publiées sur son site. 

Capture d'écran de Google Person Finder
Capture d'écran de Google Person Finder

Listes collaboratives

Impossible donc d'obtenir des informations sûres sur cette plateforme ni sur ce type de listes collaboratives regroupant les noms de personnes non vérifiés (étrangères principalement) qui n’ont pas donné signe de vie. Faute d'obtenir des autorités ou des ONG qu'elles recherchent rapidement leurs proches, les internautes s’organisent. 

Pourtant, de leur côté aussi les organisations utilisent Internet pour réunir le plus grand nombre d’informations. Sur le site « Nepal earthquake, restoring familiy links » de la Croix rouge internationale, il est possible d’enregistrer les noms des personnes encore disparues ou retrouvées vivantes. 

L’ONU a également mis en place depuis juillet 2014 un site the Humanitarian Data Exchange afin de réunir différentes données sur les actions menées sur le terrain par ses antennes comme l’OCHA Népal mais aussi par d’autres ONG sur place. 

Communauté humanitaire d'internautes

Internet se mobilise de plus en plus rapidement dans le cas de grandes catastrophes. Et les idées foisonnent. Les Humanitarian Open street Map Team (HOT) se sont rapidement mis au travail. A l’aide d’images satellite, des internautes bénévoles livrent progressivement une carte détaillée et réactualisée des zones sinistrées afin d’informer sur l’état des routes, les maisons détruites, les zones encore encombrées, etc. 

Mais bien sûr, avoir accès à ces plateformes d’alerte ou d’information requiert une connexion à Internet. Or dans les premières heures après un séisme ou une catastrophe naturelle, ce n’est pas le premier moyen de communication à disposition de tout un chacun. 

« D’un point de vue technique, les réseaux de données sont les plus affectés car les plus sensibles. Ce qui reste, c’est la voix (appel téléphonique, ndlr), même s’il y a une congestion du service en raison du nombre d’appels mais aussi parce que les tours GSM peuvent être affectées. C’est le SMS qui passe le mieux dans ces cas là », nous explique Clément Bruguera, directeur des urgences internationales à l’association Télécoms sans frontières (TSF). 

Mais parfois, tout manque

Dès lors que l’échange de données est remis en place, ou qu’il subsiste une connexion 3G, comme c’est encore le cas dans certains quartiers de Katmandou, chaque personne détentrice d’un téléphone portable connecté, touriste étranger comme Népalais, peut donc naviguer sur Internet. « La téléphonie mobile est tellement développée qu’il y a dans certains pays des coûts de communication peu chers, souligne Clément Bruguera. Aux Philippines après le typhon, on a vu apparaître des groupes sur les réseaux sociaux, des témoignages, des appels à témoins… » 

<p>Un résident vient récupérer ses affaires dans les ruines de sa maison à Bhaktapur, le 28 avril 2015. </p>

Un résident vient récupérer ses affaires dans les ruines de sa maison à Bhaktapur, le 28 avril 2015. 

©AP Photo/Bernat Armangue

Mais parfois, tout manque. « Souvent les populations sinistrées n’ont pas de réseaux GSM, ni d’électricité leur permettant de recharger leurs téléphones portables », raconte Clément Bruguera dont l’association intervient sur le terrain pour rétablir les télécommunications dans des endroits sinistrés par des catastrophes naturelles (Népal) ou des guerres (Syrie, Mali).  Ils agissent d’abord auprès « des autres organisations humanitaires en mettant à leur disposition des connexions Internet grâce un modem satellitaire portatif. Puis on met en place un réseau Internet, le wifi. Cela leur permet de s’organiser, de se coordonner, d’optimiser la réponse humanitaire », explique Clément Bruguera. « En parallèle on assiste la population en offrant des moyens de communications par satellite. Alors on vient avec un téléphone satellitaire et on leur donne la possibilité de passer un appel de 3 minutes pour toute la famille. » De quoi déjà rassurer les proches qui vivent ailleurs dans le pays ou souvent à l'étranger.