Serge Lazarevic : un immense soulagement

Serge Lazarevic à son arrivée en France ce mercredi 10 décembre en compagnie de sa fille et de François Hollande (Capture d'écran)
Serge Lazarevic à son arrivée en France ce mercredi 10 décembre en compagnie de sa fille et de François Hollande (Capture d'écran)

Le dernier Français retenu en otage dans le monde, libéré après trois ans de captivité entre les mains d'al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), a été accueilli par François Hollande mercredi matin à l'aéroport de Villacoublay, près de Paris. La libération de Serge Lazarevic eu lieu dans le Nord du Mali. Épilogue heureux du kidnapping survenu le 24 novembre 2011 en compagnie de Philippe Verdon. Ce dernier, malade, avait été retrouvé mort d'une balle dans la tête en juillet 2013.

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Arrivée de Serge Lazarevic à Paris

Arrivée de Serge Lazarevic à Paris

09.12.2014Par Frantz Vaillant
(mis à jour à 8h00 le 10 décembre)

Le colosse libéré


Serge Lazarevic a été accueilli par François Hollande ce mercredi 10 décembre au matin à l'aéroport de Villacoublay, près de Paris. Le dernier otage français dans le monde enfin libéré remercie la France : "La vie est belle et vive la liberté", déclare-t-il, particulièrement ému. "Je n'ai pas beaucoup de forces mais je veux remercier la France, le peuple français, le président de la République et tous les gens du gouvernement qui ont œuvré à ma libération et à celle de tous les autres otages."

Puis François Hollande exhorte les Français à ne pas se rendre dans des zones où ils peuvent être victimes d'enlèvement. "Je veux lancer un message simple, clair, à tous nos compatriotes qui peuvent se trouver dans des zones à risque : faites en sorte de ne pas aller où vous pouvez être enlevés", déclare le chef de l'Etat. Puis Serge Lazarevic est monté dans une voiture officielle et a quitté l'aéroport de Villacoublay. Il doit être conduit dans un hôpital militaire pour des examens de santé avant de retrouver sa famille dans l'intimité.

La veille, François Hollande a annoncé sa libération en marge d'une visite à la caserne des gardes républicains à Paris : "Notre otage Serge Lazarevic, notre dernier otage est libre. La France n'a plus aucun otage, dans aucun pays au monde.  Aujourd'hui, c'est la joie." 

Âgé de 50 ans, il avait été kidnappé le 24 novembre 2011 avec Philippe Verdon par des hommes armés dans leur hôtel à Hombori, dans le Nord du Mali. Selon leurs familles, les deux hommes étaient en voyage d'affaires et travaillaient sur un projet de cimenterie.

En juillet 2013, Philippe Verdon avait été retrouvé mort d'une balle dans la tête. Selon plusieurs sources concordantes, il n'avait pas accès aux médicaments qui lui étaient nécessaires, et cela malgré l'aide des services français qui faisaient parvenir le traitement approprié à ses ravisseurs, via des intermédiaires. Son détenteur Abou Zeid (tué en février 2013) refusait, semble-t-il, de les lui donner. 

Un roc


Décrit par sa fille Diane comme un "roc", colosse de 1,98 m et 120 kilos, Serge Lazarevic a la double nationalité française et serbe. Il était apparu dans une vidéo diffusée, le 3 juin, par la chaîne de télévision Alaan, basée à Dubaï, dans laquelle il appelait François Hollande à agir pour sa libération. La dernière preuve de vie était une vidéo authentifiée par le gouvernement. Elle remontait au 17 novembre. Serge Lazarevic était détenu par le même chef rebelle d'AQMI qui a fait assassiner deux journalistes français de RFI en novembre. AQMI avait présenté les deux otages comme des agents du renseignement français. 

Annonçant être "très malade" et sentir "que[sa]vie est en danger depuis le début de l'intervention française en Irak", Serge Lazarevic lançait alors un "appel solennel" au chef d'Etat français, lui demandant de tout faire pour le libérer : "Vous avez libéré tous les Français, je suis le dernier. J'espère ne pas être le huitième des Français tués dans le Sahel". Sa fille faisait part de son inquiétude : "J'ai été très choquée, disait-elle sur RTL. C'est très éprouvant de le voir très amaigri, affaibli. Il dit qu'il est malade. Ce qui peut m'inquiéter, c'est qu'il parle de ses reins. L'eau n'est pas bonne là-bas". 
Lors de l'émission "François Hollande face aux Français", le chef de l’État Français avait évoqué le sort de Serge Lazarevic : "Nous n'avons pas de nouvelles qui laisseraient penser qu'il aurait été assassiné. Nous avons donc des preuves qui laissent penser qu'il est vivant". 

Rançon ?

Dans un communiqué reçu par l'AFP, le président nigérien Mahamadou Issoufou a salué "l'engagement et le professionnalisme dont ont su faire preuve les services nigériens et maliens. Le Niger répondra toujours à chaque fois qu'il sera sollicité pour contribuer à la défense de la liberté et de la dignité humaine".

Le président du Niger : Mahamadou Issoufou

10.12.2014
Le président du Niger : Mahamadou Issoufou



Y a-t-il eu une rançon versée pour obtenir sa libération ? Louis Caprioli, ancien responsable du contre-terrorisme à la DST et conseiller chez Géos, précisait il y a quelques semaines que Aqmi n'a pas fait allégeance au groupe Etat Islamique, et accordait selon lui une grande valeur financière aux otages. Interrogé par l'Express, le spécialiste expliquait : "Les stratégies de ces deux groupes terroristes sont très différentes : non seulement l’État islamique n'a pas besoin de ressources financières, mais il est en guerre contre les États-Unis et la coalition. Comme il n'a pas les moyens de détruire en vol des avions, il lui faut des moyens de riposte effrayants. AQMI, au contraire, a besoin de garder ses otages en vie pour les monnayer." 

Réaction au Mali

10.12.2014Notre correspondant au Mali D. Baché
Réaction au Mali

La libération de Serge Lazarevic aurait pu être obtenue grâce à un échange de prisonniers. Mohamed Ali ag Wadoussène et Haïba Ag Achérif auraient ainsi recouvert la liberté ce lundi 8 décembre selon Radio France Internationale.  

Le 18 novembre, Diane Lazarevic, fille du Français retenu en otage, évoquait sur la radio RTL un rêve d'enfant. Elle demandait au président de la République François Hollande "de mettre les bouchées doubles" pour obtenir la libération de son père "le plus vite possible... pour Noël", espérait-elle.  

Un vœu exaucé. 

Retour sur les faits en images

09.12.2014Commentaire : Pascale Veysset
Retour sur les faits en images

Les réactions à la libération de Serge Lazarevic

Le Premier ministre français, Manuel Valls, à été le premier à réagir. Sur son compte tweeter, il écrit : "Un long calvaire s'achève, une vie reprend. Immense soulagement pour Serge Lazarevic."

Laurent Fabius, Ministre français des Affaires Étrangères : "La libération de Serge #Lazarevic retenu en otage depuis plus de trois ans au Sahel est une magnifique nouvelle"

Nicolas Sarkozy, nouveau président de l'UMP : "Je salue l’action de tous ceux qui ont contribué à sa libération. J’adresse à Serge Lazarevic tous mes vœux de bonheur après cette épreuve."

Sur RTL, l'ancien otage, Pierre Camatte, a salué "une nouvelle extraordinaire". "J'ai tout de suite pensé à Diane que je connais bien et avec qui j'ai eu souvent des échanges pour la soutenir dans les moments difficiles et alors là j'imagine sa joie d'autant plus qui est très très près de ce moment symbolique qui est Noël, comme elle l'avait espéré elle-même", a-t-il déclaré. Sur BFMTV, il s'est néanmoins dit inquiet  de l'état de santé de Pierre Lazarevic : "Quand on a vécu dans le désert sous la pression permanente de gens qui nous entourent, de conversions forcées à l’Islam, plus ou moins, enfin des tentatives en tout cas, de manger des nourritures qui ne sont pas forcément très bonnes, ou de boire une eau qui n’est pas ce bonne qualité, plus la distance qui nous sépare de nos proches, plus l’incertitude savoir si on va mourir demain ou pas, ça marque un individu d’une manière tellement forte qu’on ne peut pas considérer que la personne qui va rentrer est en bonne santé eu ce soit physique ou même psychologique".

Un autre ancien otage, Didier François, a rappelé sur Europe 1, les craintes qui pesaient sur le sort de Pierre Lazarevic: "Sur la dernière vidéo où il apparaissait le 17 novembre, il apparaissait très affaibli, très amaigri.(...) On avait une énorme crainte après l'assassinat d'Hervé Gourdel".