Sergueï Pougatchev : "Poutine est un homme faible qui se laisse influencer"

Sergueï Pougatchev interview
©Mohamed Kaci/ TV5MONDE

Peu d’hommes osent défier Vladimir Poutine. Sergueï Pougatchev est peut-être même le seul au monde. Ancien oligarque russe, il fut un proche de Boris Eltsine et l’un des artisans de l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine. Aujourd'hui en disgrâce, spolié, il a préféré fuir la Russie. Il accorde un entretien à TV5MONDE. 

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Des années durant, Sergueï Pougatchev fut l’un des plus proches du maître du Kremlin, Vladimir Poutine, avant de tomber en disgrâce. Spolié, il aurait pu finir en prison comme Mikhaïl Khodorkovsky. L'ancien oligarque a préféré fuir. Aujourd’hui de nationalité française, il se sait menacé de mort à chaque pas, mais continue de se battre.

Vladimir Poutine, Syrie, poids de la politique russe...  Sergueï Pougatchev répond à Mohamed Kaci sur le plateau de TV5MONDE, alors que le président russe a, ce jeudi 1er décembre, tenu son traditionnel discours devant le Parlement à Moscou. 

"Il fut une époque où j'aurais pu participer à la préparation de ce discours devant le Parlement, explique-t-il avant de livrer sa première impression. Mais je n'ai rien trouvé d'intéressant ou de sensationnel dans cette allocution. C'est d'une harangue banale, presque ennuyeuse et sans grand intérêt que ce soit pour l'auditoire national ou international."
 

Poutine sur la scène politique internationale

"Je ne vois pas en quoi, par quoi se manifeste ce prétendu poids. C'est une propagande internationale. On fait mousser des valeurs patriotiques, nationales à l'international. Mais cela ne signifie par pour autant que cela représente une véritable influence politique, et a fortiori une influence internationale."
 

Ce qui se joue en Syrie  

"Pour comprendre ce qu'il se passe, il faut bien se rappeler qu'avant il y a eu la Géorgie, puis la Crimée, puis l'Ukraine, et aujourd'hui il y a la Syrie. En somme, c'est une politique forcée, de compromis de Poutine qui essaye de naviguer entre les différents clans qui l'entourent qui ont des intérêts divergents, ou du moins différents. Et par ailleurs, il essaye de distraire ainsi la population russe qui subit une grave crise économique en lui proposant ces thèses de nature patriotique et plutôt de politique de droite."

Poutine n'a pas l'intention de défendre Bachar Al-Assad. 

Sergueï Pougatchev

L'intérêt de Poutine en Syrie

"C'est de la politique intérieure. Il faut comprendre que Poutine n'a pas l'intention de défendre Bachar Al-Assad. Ce n'est pas une question d'allégeance personnelle. Le complexe militaro-industriel, l'armée, le KGB, tous ces vecteurs d'influence agissent sur Poutine qui est otage de son entourage. Il faut donc qu'il soutienne bon gré mal gré ces tendances des différents clans, des différents groupes."
 

Poutine n'est pas un tsar, il est otage de son entourage. 

Sergueï Pougatchev


"Poutine n'est pas un tsar, il est otage de son entourage. Ce qui est tragique parce qu'en premier lieu Poutine a détruit les institutions de base du pouvoir en Russie. (...) Poutine ne poursuit pas une politique concrète, claire qui aurait été mise en place à son arrivée au pouvoir et qui ce serait poursuivie jusqu'à ce jour. Sa politique a fluctué. Il était tourné vers l'Occident et maintenant il se repose plutôt sur des thèses patriotiques, l'union nationale... Mais c'est une protection individuelle."

Pourquoi Sergueï Pougatchev réclame 12 milliards d'euros à Poutine

"Je suis un investisseur international (Etats-Unis, Grande Bretagne, ..) (...) ces activités se sont développées après 1991. J'ai réussi à bâtir un très grand empire. J'ai des entreprises de construction, d'exploitation de gisements de charbon et d'autres. Tous ces avoirs ont été spoilés de manière brutale par le pouvoir russe. Je ne dis pas que c'est une action personnelle de Poutine. Je ne porte pas plainte contre Poutine. C'est une plainte qui oppose la Russie à la France. (...) Ma plainte porte sur 12 milliards d'euros, près de la moitié des investissements français en Russie.
 

La Russie a mis le cap sur l'isolement, l'autarcie. Il n'y a presque plus d'investisseurs en Russie.

 Sergueï Pougatchev 

Comment est-il tombé en disgrâce?

"J'ai fait de la politique au début des années 1990. C'était essentiellement l'équipe de Boris Elstine. On espérait pouvoir construire une Russie démocratique, asseoir des valeurs libérales, développer les affaires et les investissements occidentaux en Russie, développer les technologies de pointe en Russie. (...) Avant qu'il n'accède à la présidence, et après, nous étions très proches de Poutine. Nos familles étaient amies. Nos femmes et nos enfants se fréquentaient. Mais avec le temps, Poutine qui est un homme faible et qui se laisse influencer, s'est laissé influencer par ces clans autour de lui et bien évidemment, il n'y a pas de camaraderie qui tienne dans ce cas-là". 
 

Poutine est un homme faible qui se laisse influencer par ces clans autour de lui.

Sergueï Pougatchev