Shoah : les enfants aussi

Menacés de rafle, ces enfants d'un orphelinat de la Varenne, sont évacués par le Comité Amelot en mars 1943 et placés dans des familles non juives à la campagne.
Menacés de rafle, ces enfants d'un orphelinat de la Varenne, sont évacués par le Comité Amelot en mars 1943 et placés dans des familles non juives à la campagne.

Au moment des commémorations du 70e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, la Mairie de Paris consacre une exposition aux enfants juifs dans la Seconde Guerre mondiale. En France, sur près de 11 500 enfants déportés seulement 200 survivront à la Shoah.

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« Deux mots pour vous dire que nous avons été pris jeudi à 3 heures et demie et on nous a conduit au vélodrome d’hiver. Nous sommes très malheureux… ». Témoignage poignant de Clara, 15 ans, internée dans le Vél d'Hiv en juillet 1942. Plus loin, des lettres, une robe avec l’étoile jaune cousue à la place du cœur, une poupée, des photos…

Ces objets ont été prêtés par des survivants pour l’exposition à la Mairie de Paris : « C’était des enfants : déportation et sauvetage des enfants juifs à Paris ». Autant de témoignages du parcours de ces milliers d’enfants arrêtés, internés dans des camps comme au Vel d’Hiv, à Drancy ou dans le Loiret, puis déportés dans un camp de concentration et finalement gazés. Le parcours de l’horreur. (Voir notre diaporama photos ci-dessous)

A partir de 1942, la déportation se généralise à tout le pays et n’épargne pas les plus jeunes. René Bousquet, le secrétaire général de la police met la police française à la disposition des Allemands pour procéder aux arrestations.

L'exposition évoque aussi longuement les enfants recueillis, sauvés grâce à la solidarité de Français de toute confession à travers tout le pays.

Trois questions à Catherine Vieu-Charier

Des enfants juifs dans un centre aéré / © Archives CDJC - Memorial de la Shoah - Coll.Zysman Raphael
Des enfants juifs dans un centre aéré / © Archives CDJC - Memorial de la Shoah - Coll.Zysman Raphael

Adjointe au Maire de Paris,
Catherine Vieu-Charier est chargée de la mémoire et du monde combattant. Elle nous explique l'origine de cette exposition.


Quand a commencé le travail de mémoire de la Ville de Paris ?


Catherine Vieu-Charier : Dans les années 90, d’anciens enfants cachés qui ont aujourd’hui 80-83 ans se sentaient vieillir. Ils sont venus nous [la Ville de Paris, ndlr] voir et ils nous ont dit " nos camarades ont été déportés, gazés, c’étaient des enfants. Il faut absolument faire un travail de mémoire".

En 1997, nous avons posé une première plaque commémorative rue de Tlemcen où il y avait un tout petit groupe d’enfants cachés. C'était une prise de conscience de la municipalité. Pour la première fois sur les murs de Paris, on inscrivait, la responsabilité du gouvernement de Vichy et de l’administration de la préfecture de police de Paris.
Cela a fait tâche d’huile. Les gens ont voulu poursuivre ce travail de mémoire.

L’exposition c’est "le centimètre" émergé d’un iceberg. C'est également un gros travail de recherche de la commissaire de l’exposition Sarah Gensburger.

Pourquoi a-t-on décidé de déporter des enfants ?

Au départ, les Nazis n’avaient pas du tout l’intention de déporter les enfants, c’est une invention du gouvernement de Vichy.
Quand Vichy a collaboré de façon "dégueulasse" avec les Nazis, ils se sont retrouvés face à un vrai problème. Ces gens ont des enfants… qu’est-ce qu’on en fait ? Et les Nazis leur ont dit d’en faire ce qu’ils voulaient... Alors, le gouvernement de Vichy a dit “par mesure humanitaire on ne va pas séparer les parents de leurs enfants", ce qui est une horreur totale. On en arrive à déporter des enfants car au fond on se débarrasse du problème.

Que racontent ces témoignages d’enfants juifs ?

Ceux qui ont échappé à la rafle vous racontent leurs pérégrinations dans la France occupée puis après en zone libre. D'autres ont été raflés et dans un commissariat d’arrondissement, ils ont réussi à s’échapper. D'autres encore sont arrivés au Vel d’Hiv et ont réussi par miracle à s’en sortir.
Et puis certains ont été déportés. Ils ont fait le chemin jusqu’à Auschwitz et en sont revenus. Ce sont plutôt les adolescents, car les plus jeunes étaient directement envoyés à la chambre à gaz. Ceux qui s’en sont sortis, ce sont ceux qui avaient entre 15 et 18 ans et qui à vue d’œil pouvaient passer déjà pour des adultes.

>> Lire aussi le témoignage d'Arlette Testyler, rescapée du Vel d'Hiv.

Notre diaporama sur l'exposition


Le vélodrome après la rafle en 1942


Transmettre la mémoire

Selon un récent sondage, entre 67% des Français de moins de 35 ans, 60% des 18-24 ans et 57% des 25-34 ans ne savent pas ce qu'est la rafle du Veld'Hiv.

Pour ceux qui connaissent cette tragédie impliquant la police française, l'information est passée en premier lieu par des films et documentaires avant l'entourage, l'école ou Internet.