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Sida : Truvada, un nouvel outil de prévention

Déjà prescrit comme médicament curatif, le Truvada pourrait devenir le premier traitement préventif contre le Sida. Le dossier est entre les mains de l'Agence américaine des médicaments. Des associations font part de leurs craintes. D'autres, comme AIDES en France sont plus enthousiastes.

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Les Faits

Aux Etats-Unis, après des tests jugés concluants, le Truvada pourrait être prescrit comme traitement préventif contre le Sida. Explications.
Les Faits

Entretien

Franck Barbier, responsable de l'action thérapeutique et santé à l'association AIDES.

11.05.2012Propos recueillis par Matthieu Vendrely

Pour être bien clair, il convient de rappeler que le Truvada est déjà bien connu mais en tant que traitement curatif...
Ce médicament existe déjà depuis plusieurs années et est déjà commercialisé dans de nombreux pays mais pour traiter le VIH et parfois aussi l'hépatite B. C'est donc un médicament qui traite des personnes déjà malades. La nouveauté est qu'il pourrait être utilisé en préventif, un peu comme la pilule contraceptive ou le traitement antipaludéen, c'est à dire avant d'être infecté, pour s'en protéger. L'agence américaine du médicament n'a pas encore donné son arbitrage mais en général elle entérine ce que lui proposent les comités d'experts donc il est très probable que le Truvada reçoive sont autorisation de mise sur le marché dans l'indication préventive. Ce sera donc le même médicament, mais pris à un autre stade et aussi par d'autres personnes. Aujourd'hui il est administré aux séropositifs pour faire baisser leur charge virale et les empêcher de développer un sida dans le cadre de trithérapie. Là, la nouveauté est qu'il serait commercialisé aux Etats Unis chez des gens séronégatifs, monsieur et madame "tout le monde", mais plutôt quand-même dans des populations exposées au risque (homosexuels, multipartenaires…) 

Des critiques se font entendre concernant cette annonce, mais vous, votre point de vue est plutôt positif...
 
Des essais sont en cours depuis plusieurs années concernant cet aspect préventif du Truvada. Certains de ces essais ont été très concluants. Un essai international a ainsi montré que cela réduisait de 44% le risque d'acquisition du VIH voire jusqu'à 90% quand les personnes étaient très observantes, c'est à dire qu'elles prennent bien le médicament tel qu'il est prescrit. Mais pour nous, le Truvada n'est qu'un outil parmi d'autres dans une prévention combinée avec le préservatif, qu'il ne s'agit pas d'abandonner, ou avec d'autres outils en développement comme les microbicides ou les vaccins. Pour résumer, le Truvada va venir s'ajouter à la palette de prévention, mais ne remplacera aucun outil. Eventuellement, il s'adaptera mieux à certains modes de vie, ou à certaines personnes qui ont des difficultés à mettre un préservatif. Nous parlons donc de complément mais pas de remplacement.

Certaines associations redoutent qu'un tel traitement préventif ne favorise les comportements à risques...

Cette question du développement des comportements à risque est une bonne question. On parle d'effet désinhibiteur. Pour l'instant, dans les essais menés, nous n'avons pas constaté cet effet désinhibiteur, nous n'avons pas constaté de relâchement sur l'utilisation du préservatif. Nous avons même presque constaté le contraire. Mais il faut rester attentif à cette question sans que cela ne nous freine dans l'utilisation de ce nouveau traitement préventif.

Cette annonce concernant le Truvada ne concerne pour l'instant que les Etats-Unis. Qu'en est-il pour la France par exemple ?

Nous en sommes à un stade moins avancé de l'expérimentation. Une étude baptisée Ipergay est actuellement en cours. Elle concerne les homosexuels et là il s'agit d'une utilisation à la demande et non pas en continu comme dans les essais américains ou internationaux qui ont déjà eu lieu. C'est à dire que la personne prendrait le médicament avant et après le rapport sexuel qui pourrait l'exposer au risque d'acquisition du VIH. Nous en sommes donc à l'état de la recherche et pas du tout au stade de la commercialisation. 
Par ailleurs, une question se pose autour du coût. Aujourd'hui, en curatif, c'est un traitement qui vaut entre 8000 et 10000 Euros par an, une somme énorme quand on voit le coût d'un simple préservatif. Ce sont des cachets à 30 Euros ! Qui peut se payer cela si ce n'est pas pris en charge ? Sinon seuls les milliardaires pourront se le payer et cela n'aura aucun impact de santé publique. 
La prise en charge va donner lieu à des discussions mais il faut bien comprendre que, si on évite des contaminations, on évite aussi des coûts qui sont générés quand les personnes sont malades, comme les hospitalisations, les traitements à vie, etc…

Une affiche de prévention contre le sida au Mali
Une affiche de prévention contre le sida au Mali
Un coût exorbitant qui risque à nouveau d'exclure les pays les plus pauvres.. Je pense notamment au continent africain...

Le plus important aujourd'hui en Afrique est l'accès universel des traitements, dont le Truvada et les autres rétroviraux, au personnes séropositives. C'est cela qui va freiner véritablement l'épidémie et c'est l'objectif majeur avant d'en proposer aux séronégatifs. Il y a d'autres outils de prévention combinée qui sont déjà utilisés en Afrique, comme la distribution de préservatifs, les programmes de circoncision, etc… Sur un continent comme l'Afrique, l'objectif majeur est le traitement préventif chez les personnes séropositives avant de penser aux séronégatifs.