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Solar Impulse : le tour du monde en 150 jours

Solar impuls décollage
Décollage réussi pour Solar Impulse 2 ce lundi 9 mars 2015.
Récit de Maxime VAN OUDENDYCKE

L'avion solaire géant Solar Impulse 2 a atterri sans encombre à Mascate, dans le sultanat d'Oman. Ce lundi matin, il avait décollé d'Abou Dhabi, dans les émirats arabes unis, pour un tour du monde sans une seule goutte de carburant. 

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L'avion Solar Impulse 2 a bouclé sans encombre ce lundi 9 mars la première étape -  d'Abou Dhabi à Muscate - d'un tour du monde sans précédent, à la seule énergie solaire. Un voyage de 35 000 km qui devrait prendre environ 5 mois. Objectif : promouvoir les énergies propres et tester l'endurance des pilotes.

"L'aventure a commencé", a lancé avec émotion le pilote suisse Bertrand Piccard, alors que son compatriote André Borschberg, aux commandes pour la première étape, s'envolait de la capitale des Emirats arabes unis.

A l'est, toute !

L'appareil révolutionnaire, qui n'utilise aucun carburant, a décollé à 07h12 (03h12 GMT) après le lever du jour, alors qu'une légère brise balayait le tarmac du petit aéroport d'Al-Bateen. Solar Impulse 2 est parti en direction de l'est pour Mascate, capitale du sultanat d'Oman, où l'avion devait arriver douze heures plus tard, après un trajet de quelque 400 km. Il doit repartir mardi pour Ahmedabad (ouest de l'Inde), l'étape suivante.

Après plus de six heures de vol, André Borschberg se trouvait en début d'après-midi au-dessus du golfe d'Oman, après avoir parcouru 65% du trajet vers Mascate, selon le site de la mission."Le défi à venir est réel pour moi et pour l'appareil", a déclaré Borschberg, âgé de 63 ans, avant de s'installer dans le cockpit de l'avion monoplace.

Un défi humain

Initialement prévu samedi, le décollage a été retardé en raison de vents forts ayant soufflé sur la région. Les deux pilotes, en combinaison orange, ont effectué les dernières inspections de nuit, puis l'avion est parti sous les applaudissements de leurs épouses et de toute l'équipe de Solar Impulse 2, avec 42 minutes de retard sur l'horaire prévu. "Une alarme s'était allumée en raison d'un problème de connecteur", a précisé Bertrand Piccard.

C'est avant tout "un défi humain", a souligné André Borschberg. Le tour du monde en 12 étapes est l'aboutissement de douze années de recherches menées par les deux Suisses Borschberg et Piccard qui, outre l'exploit scientifique, cherchent à véhiculer un message politique.

Un pas de géant vers les "technologies vertes"

Et pourtant, l'idée de voler grâce à la seule énergie solaire avait été la risée de l'industrie aéronautique. Descendant d'une dynastie de scientifiques-aventuriers suisses, Piccard a accompli le premier tour du monde en ballon sans escale en 1999.

L'avion, baptisé SI2, repose entièrement sur les nouvelles technologies. Il est propulsé par plus de 17 000 cellules solaires tapissant des ailes de 72 mètres, soit presque aussi longues que celles d'un Airbus A380. Mais le SI2, conçu en fibre de carbone, ne pèse que 2,5 tonnes - autant qu'un 4X4 familial, soit moins de 1% du poids de l'A380. Les cellules solaires fournissent, via des batteries au lithium, de l'énergie à quatre moteurs électriques à hélice.

Survol de deux océans à moins de 100 km/h

Au total, l'appareil parcourra 35 000 kilomètres, à une vitesse relativement modeste (entre 50 et 100 km/h), en survolant deux océans. A 8 500 mètres d'altitude, au maximum, cette circonvolution prendra cinq mois, dont 25 jours de vol effectif, avant un retour à Abou Dhabi fin juillet/début août. C'est alors Bertrand Piccard qui sera aux commandes pour l'atterrissage.

Après Oman et l'Inde, la Birmanie sera la destination suivante, avant la plus longue étape du trajet : cinq jours consécutifs de vol pour un seul pilote chargé de rallier Nankin, en Chine, à l'archipel américain d'Hawaï, dans le Pacifique. Ensuite, SI2 survolera les Etats-Unis, avec notamment une étape à New-York, puis il traversera l'Atlantique, avec un arrêt prévu soit en Europe du Sud, soit en Afrique du Nord, avant le retour à Abou Dhabi.

En direct du cockpit

Le cockpit est confortable, mais le pilote reste immobilisé dans son siège: "on fait ses besoins, on se lave avec des lingettes, on mange et on boit", a expliqué M. Piccard. Et d'ajouter : "on peut incliner le siège pour se reposer. Et là, on se met en pilotage automatique, tout en gardant le contrôle de l'avion et en restant en contact avec les contrôleurs aériens au centre de (la mission à) Monaco", a-t-il dit.

Il a indiqué que le public pouvait "suivre en direct tout ce que nous faisons dans le cockpit" et au centre de Monaco sur le site actif "solarimpulse.com". Au total, 130 personnes participent à l'aventure : 65 accompagneront les pilotes autour du monde (dans le cadre de l'appui logistique) et 65 autres seront à Monaco, au centre de contrôle de la mission (météorologues, contrôleurs aériens et ingénieurs).

Solar Impulse 2 est le successeur du premier prototype Solar Impulse 1, qui a permis aux concepteurs du projet de faire plusieurs vols de longue durée en Europe, au Maroc et de traverser les Etats-Unis en 2013 avec plusieurs escales, faisant d'eux les premiers à accomplir un tel exploit.