Sommet de l'OTAN : une nouvelle guerre froide ?

Jean-Sylvestre Montgrenier
Le spécialiste des questions de défense et géopolitiques Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur à l'Institut français de géopolitique et à l'Institut Thomas More, est l'invité du JT international de ce 9 juillet 2016.
Interview d'Isabelle Malivoir

Les 28 membres de l'Alliance atlantique concluent ce samedi, en Pologne, un sommet portant, entre autres, sur l'aide à l'Ukraine et à l'Afghanistan. Face aux agissements russes, ils ont aussi confirmé le renforcement de leur présence militaire dans l'est de l'Europe.

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L'Otan a affiché son unité face à la Russie au sommet de Varsovie, tout en réaffirmant sa volonté de dialogue et estimant que Moscou ne représentait pas de "menace immédiate".

"Nous sommes unis"

"Nous sommes unis", a déclaré samedi à Varsovie le secrétaire général de l'Alliance Jens Stoltenberg, au deuxième jour du sommet qui se tient en présence du président Barack Obama et des autres dirigeants des 28 pays membres. "D'habitude, les sommets de l'Otan, c'est 99 % d'ennui et 1 % d'hystérie. Là, rien de tel, ça a été un sommet assez consensuel", a confirmé un diplomate français.

"Nous ne voyons aucune menace immédiate vis-à-vis d'un allié de l'Otan", a constaté M. Stoltenberg, résumant un dîner informel la veille des dirigeants des Etats membres. Ce repas s'est tenu dans la même salle de bal du palais présidentiel où le Pacte de Varsovie a été signé en 1955 par l'URSS et ses satellites. "Défense forte et dialogue constructif, tels sont les engagements sur lesquels est fondée notre relation avec la Russie", a répété M. Stoltenberg.

Décision historique

Depuis le début du sommet vendredi, les participants ont martelé que l'Alliance ne tolèrerait aucun acte hostile sur son flanc oriental tout en laissant la porte ouverte au dialogue. Les 28 chefs d'Etat et de gouvernement de l'Alliance ont décidé vendredi de déployer quatre bataillons dans les Etats baltes et en Pologne, un défi sans précédent envers Moscou depuis la Guerre froide.

"C'est une décision historique. L'Otan a montré très clairement que nous sommes unis et fermes", s'est félicité le Premier ministre estonien Taavi Roivas. Ainsi, deux ans après le sommet de Newport (Pays de Galles), qui avait pris acte de la nouvelle donne en Europe après l'annexion de la Crimée, l'Otan a parachevé sa nouvelle posture stratégique à l'Est.

Inquiétudes

Ce renforcement, le plus grand depuis la fin de la Guerre froide, va se traduire notamment par l'envoi de 4000 hommes, encadrés par quatre pays (Etats-Unis, Allemagne, Grande-Bretagne et Canada) au plus près de la Russie.

Par ailleurs, l'Otan a confirmé samedi la prolongation de sa mission "Soutien résolu" (Resolute Support) en Afghanistan en 2017, mais sans en préciser les détails. Elle s'est engagée aussi à soutenir financièrement jusqu'en 2020 les forces de sécurité de ce pays, confrontées aux rebelles talibans et aux djihadistes d'Al-Qaïda et du groupe Etat islamique.

La mission de l'Otan représente une dépense annuelle d'environ 4,5 milliards d'euros, dont près de deux tiers viennent des Etats-Unis. Selon M. Stoltenberg, les autres pays participants ont "presque réuni" un milliard de dollars pour l'année prochaine.

Les 28 devaient conclure leurs travaux par une rencontre avec le président ukrainien Petro Porochenko. Auparavant, plusieurs anciens pays satellites de l'URSS, aujourd'hui membres de l'Otan, ont rappelé leurs inquiétudes face aux agissements de Moscou en Ukraine.

Besoin de la Russie

Mais les Etats-Unis et l'Europe ont aussi besoin de discuter avec la Russie, en dépit des sanctions imposées à Moscou, accusé de soutenir les séparatistes dans l'est de l'Ukraine. "On doit garder un dialogue ouvert avec la Russie parce qu’on doit débattre de la Syrie, de l’Irak, de pas mal de dossiers à travers le monde", a relevé le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders.

L'Union européenne et l'Otan ont par ailleurs annoncé un renforcement de leur coopération sur leur flanc sud, face aux jihadistes et aux passeurs de migrants. Des groupes jihadistes perpétuent des attentats au coeur de l'Europe. D'autres cherchent à s'en prendre aux intérêts stratégiques des pays de l'Otan, comme l'internet. "Ces deux menaces changent un peu l’approche au sein de l’Otan", a observé M. Reynders.