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Sortie de l'accord de Paris : l'erreur économique de Donald Trump

Le président Donald Trump lors de sa déclaration de sortie de l'accord de Paris, dans le jardin de la Maison blanche à Washington, le 1er juin 2017. (AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)

Le président américain a décidé de sortir les Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat conclu fin 2015 à l'issue de la COP21, invoquant des raisons d'ordre compétitif. Et pourtant, la majorité des grandes entreprises américaines du secteur énergétique sont favorables à cet accord. Donald Trump ne commet-il pas une lourde erreur économique ?

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Donald Trump sait à qui il doit son élection. Ce n'est pas à la majorité des Américains — Hillary Clinton a recueilli près de trois millions de voix de plus que lui — mais bel et bien aux électeurs des Etats dits de la Rust Belt ("la ceinture de la rouille"). Ce sont en effet ces Etats (du nord-est des Etats-Unis, zone historique de développement des industries lourdes) qui ont fait basculer l'élection. Et Trump savait très bien ce qu'il promettait à ces électeurs lors la campagne électorale. Son message fut dans les grandes lignes le suivant : "Votre emploi dans la sidérurgie, le charbon, les mines va disparaître si les contraintes sur la transition énergétique continuent, mais avec moi, cela n'arrivera pas, vous conserverez votre job. Parce que je sortirai de l'accord de Paris sur le climat".  

Chose promise, chose due, puisque ce 1er juin 2017, le chef de l'Etat américain, dans un discours un peu confus, a invoqué l'article 28 de l'accord de Paris, celui qui permet aux signataires… d'en sortir, justement. Car Donald Trump est convaincu que son pays parviendra ainsi à une meilleure performance économique, avec création et conservation d'emplois grâce à l'exploitation sans limite des énergies fossiles et des industries les plus polluantes au détriment des renouvelables. Or son avis n'est pas du tout partagé par les acteurs industriels du secteur. Ni par les plus grandes multinationales du pays, et encore moins par les économistes.

Les industriels regrettent la sortie de l'accord

La transition énergétique entamée par Barak Obama, bien avant l'accord de Paris de 2015, est un facteur de dynamisme économique très important aux Etats-Unis. Les grands patrons de l'industrie pétrolière le savent et l'admettent, comme l'a déclaré récemment Lynn Good, PDG de Duke Energy (l'un des plus grands fournisseur d'électricité aux États-Unis) : "Du fait des prix compétitifs du gaz naturel et du déclin des prix des renouvelables, continuer à se désengager du carbone est judicieux à nos yeux".  

Les patrons des plus grandes compagnies pétrolières tels Exxon Mobil ou Chevron soutiennent les accords de Paris et sont inquiets du retrait de leur pays. Leur secteur pourrait en pâtir, en terme d'image en premier lieu, mais aussi d'un point de vue purement économique et financier.  Ils l'ont évoqué dans un texte à l'attention du président américain et publié dans la presse, qui évoquent "des opportunités [de la transition énergétique], de "création d'emplois",  de "compétitivité accrue", de "croissance" et d'une "réduction des risques financiers liés aux événements climatiques". Le marché mondial de l'énergie est en train de basculer, des innovations multiples surviennent, poussées par la contrainte de sortie des combustibles fossiles, avec leur lot d'opportunités économiques et financières. Les grandes entreprises n'ont pas du tout envie de rater le coche de cette révolution de l'énergie en marche.
 
Elon Musk, le PDG de Tesla, constructeur de voitures électriques, s'est lui aussi indigné sur Twitter de la décision de Donald Trump :
 
"Je quitte mes fonctions de conseil de la présidence. Le changement climatique est réel. Quitter les accords de Paris n'est pas bon pour l'Amérique ou pour le Monde".

Croissance en baisse… et faible création d'emplois

La croissance économique mondiale commence à peine à retrouver un rythme équivalent à l'avant crise financière de 2008, et ce n'est pas le prix du baril de pétrole, au plus bas depuis 15 ans, qui peut changer la donne. Pour les pays exportateurs comme les Etats-Unis, c'est même l'inverse : les coûts d'exploitation et forage des pétroles et gaz de schiste est trop élevé au regard du prix mondial de vente, il devient donc très peu rentable d'exploiter ces ressources fossiles. 

La création ou le maintien d'emplois dans les "vieilles industries" polluantes, comme l'acier, le charbon, le pétrole concernent somme toute peu d'emplois  : 50 000 dans le charbon, par exemple, alors que le solaire et l'éolien en représentent 500 000. Toute la politique de transition énergétique vers les énergies renouvelables — lancée par Obama — est donc un facteur de croissance économique majeur aux Etats-Unis, poussant de nouvelles entreprises à innover, à se développer, comme dans le secteur du stockage d'énergie ou encore dans  les matériaux isolants.

Cet accord est en réalité plus proche d'un "nouveau marché mondial du changement énergétique", que d'une véritable lutte plein et entière contre les émissions de gaz à effet de serre : les transports aériens ont été soigneusement exclus de l'accord de Paris, et si l'humanité limite ses rejets comme prévu, elle continuera néanmoins à polluer encore énormément. Sans compter que les prévisions par modèle informatique ne peuvent, à elles seules, prédire précisément la réalité du futur climatique en terme de réchauffement.

L'accord de Paris n'est, en outre, pas contraignant, puisque chaque pays signataire s'est engagé à baisser ses rejets de gaz à effet de serre, mais qu'aucune mesure effective pour punir les mauvais élèves n'a été formulée. L'accord de Paris ne prend effet qu'en 2020 ave — pour les sortants comme les Etats-Unis aujourd'hui — un délai de 3 ans. La décision de Donald Trump ne change donc, en réalité, pas grand chose à la donne actuelle dans l'engagement de baisse des rejets de CO2. D'autant que plupart des grande villes américaines vont continuer à tenir les engagements pris à Paris dans le cadre du C40 (organisation visant à lutter contre le dérèglement climatique qui rassemble 81 des plus grandes villes du monde), tout comme les "régions", dans celui du R20 (Coalition de gouvernements sub-nationaux, compagnies privées, organisations internationales, ONG et institutions académiques et financières). 

Donald Trump a voulu tenir l'un de ses engagements de campagne, auprès des électeurs de la "ceinture rouillée" qui lui ont fait gagner l'élection. Mais avec la taxe carbone mondiale qui se profile, qui devrait grever lourdement les importations provenant de pays "sales", les Etats-Unis risquent de payer ce choix anti-écologique au prix fort. Si la stratégie de Trump peut s'avérer gagnante pour sa réélection, elle est selon toute vraisemblance, au-delà d'une hérésie écologique, une vaste erreur économique.