Suisse : Didier Burkhalter élu président

Avec un score sans appel - 183 voix sur 202 - Didier Burkhalter est élu à la présidence de la Confédération helvétique. A 53 ans, ce libéral-radical francophone succède au germanophone Ueli Maurer et cumulera ses nouvelles fonctions avec celle de ministre des Affaires étrangères. Gros plan sur la présidence helvétique, une fonction qui reste floue pour beaucoup. Avec Fahti Derder, parlementaire et ancien journaliste.

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Le style Burkhalter : consensuel, discret, pragmatique, mais ambitieux...

Le style Burkhalter : consensuel, discret, pragmatique, mais ambitieux...


Entretien avec Fahti Derder

04.12.2013Propos recueillis par Liliane Charrier
En quoi la fonction de président de la Confédération est-elle essentielle à la démocratie helvétique ?

Le président est un chef de gouvernement, un chef d'équipe : c'est lui qui préside les séances du Conseil fédéral (ndlr : le conseil composé des sept conseillers fédéraux, ou ministres). En cela, il est un rouage essentiel de la Confédération. Reste qu'il n'a pas du tout la même vocation qu'un président tel que le connaît la France, par exemple ; son rôle est bien moindre que celui de n'importe quel autre président au monde.

Le débat revient régulièrement à l'ordre du jour en Suisse, comme à l'heure actuelle : doit-on renforcer le rôle du président ? Son mandat doit-il durer plus qu'une année ? Actuellement, ses homologues des quatre coins du monde ont à peine le temps de faire sa connaissance qu'il a déjà changé ! Le débat est ouvert, mais pas tranché. Et les choses ne sont pas prêtes de changer du jour au lendemain. La Suisse reste très attachée au fonctionnement collégial, consensuel. ll n'y a pas un homme ou une femme d'un parti, d'une tendance ou d'une région, qui donne des ordres. Historiquement, la logique suisse est celle de partage du pouvoir entre les partis et les régions. C'est cela qui bloque la tentation, qui existe réellement, d'avoir un président fort et durable.


Cet équilibre est-il, de fait, respecté ?

Tout à fait, même s'il n'est pas défini constitutionnellement, il est ancré dans les us et coutumes. Il existe une conscience parlementaire qui fait que, au moment de désigner le président, l'argument de la région revient et pèse dans la balance. Cette fois-ci, nous avons un ministre romand, ce qui est très important pour la francophonie dans un pays à majorité germanophone - le dernier président romand était une présidente, Micheline Calmy-Rey.

Fahti Derder, parlementaire et journaliste
Fahti Derder, parlementaire et journaliste
Quels sont les grands défis qui attendent ce nouveau président ?

Le nouveau président est ministre des Affaires étrangères depuis deux ans, ce qui, à mon sens, est un atout. Le précédent était ministre de la Défense, plutôt orienté vers l'intérieur du pays (ndlr : le président est toujours l'un des sept "conseillers fédéraux", ou ministres, du gouvernement). Francophone et tourné vers l'extérieur, Didier Buchhalter est le garant d'une forte visibilité internationale pour le pays. D'autant plus qu'il a démontré son efficacité et sa capacité de travail dans les négociations avec l'Union européenne à son poste de ministre des Affaires étrangères.

La Suisse est dans une période très tendue avec le reste du monde, à commencer par la France et l'Allemagne, et notamment sur les dossiers fiscaux et le secret bancaire. Or ces négociations sont menées par le département des Finances, qui n'a pas forcément les compétences diplomatiques souhaitables. Le Parlement s'apprête d'ailleurs à refuser l'accord signé avec la France sur l'imposition des doubles successions. Fort de son rôle de président, Didier Buckhalter pourrait, entre autres, influencer la suite des négociations.


Avec qui le nouveau président devra-t-il composer ?

Nous avons également un débat interne sur l'immigration, comme tous les pays européens, mais d'autant plus vifs que la Suisse ne fait pas partie de l'Union européenne. Plusieurs initiatives sur l'immigration massive vont être votées, et la Suisse, elle aussi, est soumise à la tentation de verrouiller ses frontières. Didier Burkhalter doit pouvoir sensibiliser les Helvètes, et le reste du monde, à l'intérêt et à l'envie qu'a la Suisse de rester ouverte. Nous sommes un pays qui a vécu et s'est développé grâce à l'immigration, et qui doit - c'est essentiel - rester ouvert au monde. Notre économie a besoin de main d'oeuvre, de cerveaux et d'échanges avec l'Union européenne. Didier Buckhalter devra maintenant composer avec l'aile droite du Parlement, mais aussi avec l'aile gauche qui, elle aussi, s'oppose à une circulation trop ouverte des travailleurs par crainte du dumping salariales. Ce sera un travail d'équilibriste, entre les facteurs internes et externes, pour lequel son expérience de ministre sera précieuse. Mais n'est-ce pas ainsi que la Suisse se fait depuis toujours ?

Les relations bilatérales avec l'Union européenne : cheval de bataille de Didier Burkhalter

04.12.2013Par nos partenaires de la RTS
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