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Suisse: nouveaux pourparlers pour sceller la paix à Chypre

La rue piétonne Ledras, non loin du checkpoint divisant la capitale chypriote Nicosie, dans la partie est de l'île de Chypre.
La rue piétonne Ledras, non loin du checkpoint divisant la capitale chypriote Nicosie, dans la partie est de l'île de Chypre.
©AP Photo/Petros Karadjias

Les pourparlers entre Chypriotes grecs et turcs commencaient lundi matin au Palais des Nations, à Genève. S’ils sont fructueux, une conférence prévue jeudi pourrait rassembler le président turc Erdogan, la première ministre britannique Theresa May et le premier ministre grec Alexis Tsipras aux côtés des parties négociatrices pour sceller une paix historique mettant fin à un conflit de quarante-deux ans.

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A neuf heures ce lundi au Palais des Nations à Genève, en entamant trois jours de pourparlers, Chypriotes grecs et turcs auront tous à l’esprit la formule d’Espen Barth Eide, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU. Le processus de paix pour réunifier l’île méditerranéenne est à un stade où il existe une «réelle possibilité de tourner une page historique».

Cet optimisme prudent est partagé par Recep Tayyip Erdogan et Theresa May, tous deux représentant avec la Grèce les puissances garantes de l’indépendance de Chypre en vertu du traité du 16 août 1960. Le président turc et la première ministre britannique se sont entretenus sur le sujet samedi et espèrent une «solution pérenne et juste».

Intense activité diplomatique

Preuve que cette énième tentative de réunification est prise très au sérieux: la semaine dernière a été le théâtre d’une très intense activité diplomatique. Jeudi, l’envoyé spécial de l’ONU était au siège de l’organisation à New York de même que les ministres turc et grec des Affaires étrangères pour rencontrer le nouveau patron des Nations unies, Antonio Guterres qui parle lui aussi de «chance historique».

A l’issue de la rencontre, le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu s’est déclaré «plus optimiste que jamais» même si des questions très sensibles restent pendantes, comme l’échange de territoires et le problème des propriétés confisquées au moment de la tentative de coup d’Etat de 1974 et l’invasion turque du nord de l’île qui s’ensuivit.

Depuis que les deux leaders de part et d’autre du conflit chypriote ont décidé de donner une nouvelle chance à la paix, voici dix-neuf mois, «d’énormes progrès ont été accomplis», confie au Temps une source proche des négociations.

Dimension historique

Si les deux parties jugent suffisants les progrès accomplis sur les dossiers les plus épineux d’ici à mercredi soir, la conférence multilatérale sur Chypre prévue le lendemain à Genève prendrait soudain une dimension effectivement historique. Elle aura lieu avec les puissantes garantes. Ankara a déjà annoncé à la fin décembre que le controversé président turc avait l’intention de venir à Genève ce jeudi.

Dans un tel cas de figure, le premier ministre grec Alexis Tsipras et la première ministre britannique Theresa May se rendraient également dans la Cité de Calvin. La conférence multilatérale a lieu jeudi, mais sa durée n’est pas limitée. Elle pourrait se prolonger vendredi au besoin.

La sécurité au cœur du contentieux

Arrivés dimanche au bout du Léman, le président chypriote grec Nicos Anastasiades et le leader chypriote turc Mustafa Akinci s’échangeront pour la première fois mercredi leurs cartes respectives dans l’optique d’échanges territoriaux et d’une résolution des questions de propriétés.

La sécurité est aussi au cœur du contentieux, mais là aussi, les fronts bougent. Voici peu, Nicos Anastasiades concédait qu’une période de transition pour le maintien de forces turques au nord de l’île (35 000 soldats actuellement) pourrait être envisagée. Son homologue chypriote turc entamera les négociations en défendant une position connue: il plaidera pour le maintien de forces turques sur l’île. A cet égard, le ministre grec des Affaires étrangères Nicos Kotzias a sa propre idée sur la question. Il plaide pour l’instauration d’une force de police internationale sous l’égide des Nations unies et dotée d’un vrai pouvoir coercitif en vertu du chapitre VII de la Charte de l’ONU. Dans le nord de Chypre, cette idée ne convainc toutefois personne. Antonio Guterres l’a souligné vendredi: les parties au conflit devront faire preuve de créativité pour trouver des solutions innovantes dans lesquelles chacune se reconnaît.

Echanges territoriaux

La question territoriale demeure ultrasensible. Dans l’optique d’une fédération comprenant une entité chypriote grecque et une autre chypriote turque, les négociateurs devront s’entendre sur le pourcentage de territoires qui feront l’objet d’échanges et le nombre de déplacés (162 000 Chypriotes grecs, 48 000 Chypriotes turcs selon l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo) autorisés à retrouver leur lieu de résidence d’avant la crise de 1974.

La population turque de l’île représente 18% du total, mais elle contrôle 36% du territoire. Nicosie exige que ce pourcentage soit réduit à 28,2%. Lors de négociations menées au Mont-Pèlerin en novembre, les négociateurs ne parvinrent pas à s’entendre. Du côté de Nicosie, on insisterait sur le retour de 80 000 à 90 000 déplacés. Du côté chypriote turc, on parle de 70 000. Des villes densément peuplées comme Morphou (dénommée Guzelyurt par la partie turque) sera au cœur des discussions.

Il sera aussi question des délimitations maritimes. Des traités de délimitation maritime ont été conclus par Nicosie avec le Liban et Israël pour l’exploitation, surtout, du gaz naturel. Pour l’heure, avec la pression d’Ankara, le Liban n’a pas ratifié le traité. Mais la question sera sur la table.

Un référendum

Le chef de la diplomatie turque le soulignait jeudi dernier. L’un des obstacles à une réunification pourrait être l’opinion publique. En cas d’accord, les deux parties de l’île devraient le ratifier par référendum. En 2004, un plan de paix onusien fut accepté par la partie turque, mais rejeté par les Chypriotes grecs. Mais là aussi, les choses changent. Demain mardi, sous l’égide de la Fédération panchypriote du travail (PEO), de l’initiative de paix «United Cyprus» et du mouvement chypriote turc «Solution and Peace Platform», un grand rassemblement aura lieu dans la zone tampon pour exiger que la paix soit enfin conclue.