Syrie : 6 ans de guerre

Rustum Abdulrahman, 35 ans, réfugié syrien, originaire d'Alep, montre une photo de son épouse, Zuzan, 33 ans, depuis le camp de réfugiés de Ritsona en Grèce. "J'ai toujours gardé cette photo avec moi, je l'ai faite la plus petite possible pour qu'elle s'abime le moins possible".
Rustum Abdulrahman, 35 ans, réfugié syrien, originaire d'Alep, montre une photo de son épouse, Zuzan, 33 ans, depuis le camp de réfugiés de Ritsona en Grèce. "J'ai toujours gardé cette photo avec moi, je l'ai faite la plus petite possible pour qu'elle s'abime le moins possible".
©AP Photo/Muhammed Muheisen

En six ans, la guerre en Syrie a fait près de 320.000 morts et 5 millions de déplacés et de réfugiés. De la répression sanglante de manifestations prodémocratie à l'implication des jihadistes et l'intervention des puissances régionales et internationales, rappel des dix grandes étapes du conflit.
 

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Pas de printemps syrien

Le 15 mars 2011, dans le sillage du Printemps arabe, un mouvement de protestation éclate en Syrie, pays gouverné d'une main de fer depuis 40 ans par la famille Assad. Bachar, le fils, a succédé en 2000 à son père Hafez.

A la suite d'un appel pour "une Syrie sans tyrannie", de petites manifestations ont lieu à Damas avant d'être violemment dispersées. Mais c'est à Deraa (sud) que le mouvement prend rapidement de l'ampleur avec au moins 100 morts dans la répression de manifestations (témoins et militants) déclenchées après l'arrestation et la torture d'élèves soupçonnés d'avoir écrit des slogans antirégime sur les murs.

En avril, la contestation s'élargit puis se radicalise, avec des appels à la chute du régime.

En juillet, un colonel réfugié en Turquie annonce la création de l'Armée syrienne libre (ASL), composée de civils ayant pris les armes et de déserteurs. Des groupes à tendance islamiste se joignent à la rébellion.

L'aviation, atout du régime

Le 1er mars 2012 à Homs (centre), l'armée reprend le contrôle du quartier rebelle de Baba Amr après un mois de siège. Plusieurs opérations sanglantes avaient été menées, notamment à Hama (centre), après d'immenses manifestations contre le régime.

Le 17 juillet 2012, l'ASL lance la bataille de Damas. Le gouvernement garde le contrôle de la capitale, mais des zones de sa banlieue passent sous contrôle rebelle.

A partir de 2013, des hélicoptères et des avions du régime larguent régulièrement des barils d'explosifs sur les secteurs rebelles dans le pays.

Le Hezbollah entre en jeu

Dès avril 2013, le chef du Hezbollah libanais, allié de l'Iran, reconnaît l'engagement de ses combattants aux côtés du régime. L'Iran chiite est le principal allié régional du régime d'Assad.

Armes chimiques

Le 21 août 2013, une attaque au gaz sarin sur deux bastions de la rébellion de la périphérie de Damas fait des centaines de morts.

Les Etats-Unis, qui évoquent un chiffre d'au moins 1.429 morts, dont 426 enfants, accusent Damas. Des frappes américaines contre le régime sont cependant évitées in extremis grâce à un accord avec la Russie, soutien d'Assad, sur la destruction de l'arsenal chimique syrien.

Montée des jihadistes

En 2014, le groupe Etat islamique (EI) s'empare de vastes régions dans le Nord, éclipsant la rébellion. Raqa devient sa place forte.

Dès 2013, des jihadistes, notamment du Front al-Nosra (qui sera rebaptisé Fateh al-Cham), avaient renforcé leur assise dans le Nord.

Frappes internationales

En septembre 2014, Barack Obama met en place une coalition internationale anti-EI.

Les Kurdes de Syrie, qui avaient dès 2013 établi une administration autonome dans des zones du Nord, vont prendre avec l'appui des raids de la coalition des régions clés à l'EI, dont Kobané, en 2015.

Moscou au secours d'Assad

Le 30 septembre 2015, la Russie entame une campagne de frappes aériennes, affirmant viser des groupes "terroristes", dont l'EI. Mais les rebelles et les Occidentaux accusent Moscou de viser surtout des groupes rebelles modérés.

Ces frappes aident le régime, alors en très grande difficulté, à reprendre du terrain.

Intervention turque

Le 24 août 2016, la Turquie, qui soutient la rébellion, lance une opération de l'autre côté de sa frontière pour chasser l'EI, mais aussi les milices kurdes.

Reprise d'Alep

Le 22 décembre 2016, après un siège asphyxiant des quartiers rebelles d'Alep et une offensive dévastatrice, le régime reprend le contrôle total de la deuxième ville du pays. Des milliers de rebelles et de civils sont évacués en vertu d'un accord parrainé par l'Iran, la Russie et la Turquie.

Le 30 décembre, un cessez-le-feu entre en vigueur, en vertu d'un accord russo-turc, sans les Etats-Unis.

L'EI sous pression

Raqa, principal fief de l'EI en Syrie, est visé depuis début novembre par une offensive d'une alliance arabo-kurde soutenue par Washington, les Forces démocratiques syriennes (FDS).

La Turquie, hostile aux kurdes, s'oppose à ce que la reprise de Raqa soit confiée aux FDS.

Le régime syrien a également annoncé que la prise Raqa était sa priorité.


Retrouvez l'analyse d'Alexandre Del Valle, historien et professeur de géopolitique internationale, auteur de "Les vrais ennemis de l'occident" (Edition du toucan).
delvalle
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