Syrie : entretien avec Bachar el-Assad

©Entretien réalisé par David Pujadas pour nos partenaires de France 2

Quatre ans après le début de la guerre civile syrienne qui aurait fait plus de 200 000 morts, le président Bachar el-Assad accordait sa première interview à une télévision française chez nos partenaires de France 2 ce dimanche 19 avril. Il revient sur les bombardements, l'utilisation d'armes chimiques, le groupe Etat islamique ou encore son avenir à la tête du pays. Entretien. 

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Le président syrien Bachar el-Assad a accordé, dimanche 19 avril, sa première interview à une télévision francophone. Quatre ans après le début de la guerre civile qui sévit dans son pays qui a fait plus de 200 000 morts selon le bilan dressé par l’Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). C'est à nos partenaires de France 2, qu'il a choisi de donner cet entretien dans lequel il répond au journaliste David Pujadas. Bombardements de civils, utilisation d’armes chimiques, relations avec les services de renseignement français, lutte contre le groupe Etat islamique, son avenir à la tête du pays, ...Bachar Al-Assad a rodé son discours et répond aux accusations sous-jacentes aux questions du présentateur. 

La responsabilité du président dans la guerre civile 

Le journaliste David Pujadas souligne : « pour une grande partie de la France, vous êtes responsable du chaos dans le pays ». Affirmation à laquelle le président Bachar el-Assad répond que la responsabilité de ce conflit revient aux « terroristes » : « dès les premières semaines du conflit, les terroristes se sont infiltrés en Syrie avec l’appui d’Etats occidentaux et régionaux ». Il affirme : « Notre rôle est de défendre notre société et nos citoyens » (...) « Comment est-il possible d’avoir le soutien de son peuple quand on est brutal avec lui. »

Emergence du groupe Etat islamique

Selon Bachar Al-Assad, ce groupe djihadiste qui s'est bien formé comme il le souligne en Irak en 2006 (lien mon article sur l’EI) mais pas sous la supervision de l’Etat américain qui contrôlait le pays comme le président Assad l'affirme. 

Le Groupe s’est ensuite étendu à la Syrie car « quand il y a le chaos dans un pays, il devient un terreau fertile pour les terroristes. (...) Avant, il y avait le Front Al Nosra (lié à Al Qaida, ndlr) et après les Frères musulmans. Tous ont préparé le terrain pour la venue du groupe Etat islamique », explique Bachar el-Assad qui accuse directement la France d'avoir participé à l'émergence de ce groupe : « Votre gouvernement, le régime français a soutenu ces djihadistes en les considérant comme une opposition modérée. »

Usage de bombes-barils et d’armes chimiques

Le président syrien réfute cette affirmation du journaliste pourtant appuyée par des rapports d'ONG.  « Nous n’avons jamais entendu parler au sein de notre armée d’armes aveugles », affirme avec aplomb le président syrien qui répond « Nous avons des bombes conventionnelles et des armements classiques. » 

Devant des photos présentées par David Pujadas comme celles d'un hélicoptère militaire syrien et d’une bombe-baril,  le président répond que « cela ne prouve rien ». 

Il y a deux ans, le président s’était engagé à ne plus utiliser d’armes chimiques. Selon lui, la plus grosse usine de chlore se trouve à la frontière avec la Turquie et est actuellement sous le contrôle des rebelles. « Nous n’en avons pas », affirme-t-il au sujet des armes chimiques au chlore. 

Or l’ONG Human Rights Watch affirmait le 14 avril que « des preuves semblent clairement indiquer que les forces du gouvernement syrien ont utilisé des produits chimiques toxiques lors de plusieurs attaques aux bombes-barils dans le gouvernorat d’Idlib, entre le 16 et le 31 mars 2015.» 

Le président el-Assad réfute encore : « nous n’avons pas besoin de chlore. Nous avons nos armements classiques, et nous pouvons atteindre nos objectifs sans y avoir recours. »

Coopération avec la France 

Si des contacts ont été pris entre les services de renseignements syriens et français, « il n’y a pas de coopération » pour autant, affirme le président el-Assad. 

Car dans ce genre de coopération, il doit y avoir un « échange », souligne le président. La France continuant selon lui de "soutenir les terroristes", une coopération reste impossible du côté syrien. 

Serait-il tout de même possible de renouer le dialogue entre les deux pays ? En dépit de la rupture diplomatique entre la Syrie et la France depuis 2012,  quatre parlementaires français de droite et de gauche en "mission personnelle" rencontraient le 25 février 2015 Bachar el-Assad à Damas pendant une heure. 

Sur la mort du journaliste Gilles Jacquier

Où en est l'enquête concernant Gilles Jacquier, journaliste reporter d’image à France 2, mort en 2012 à Homs en Syrie ? « Il a été tué par un obus de mortier et non par balle. » (…) Il est donc très clair qu’il a été tué par un obus de mortier, tué par ce que vous appelé l’opposition alors qu’il s’agit de terroriste », assure le président syrien qui répond que si celui lui ai demandé, les résultats de l’enquête seront transmis à la justice française. 

Qu'en est-il d'une coopération entre les deux chefs d'Etat ? Le président syrien répond : « Ils (Les responsables français, ndlr) doivent d’abord me convaincre qu’ils ne soutiennent pas les terroristes et qu’ils ne sont pas impliqués dans l’effusion de sang en Syrie.» (...) « Nous sommes toujours intéressés au dialogue (..) » Mais pas avec un « régime qui soutien le terrorisme »  en Syrie. 

Coopération avec le Hezbollah et les Iraniens 

« Nul pays n’a le droit d’intervenir sans y être invité, explique Bachar el-Assad. Nous avons invité le Hezbollah mais pas les Iraniens. Il n’y a pas de troupes iraniennes en Syrie et ils n’ont envoyé aucune force. (…) Des commandants et des officiers vont et viennent entre les deux pays conformément à la coopération existant entre nous depuis bien longtemps. C'est différent que de participer aux combats. »

Mais il met en garde les gouvernements occidentaux concernant l'ingérence dans ses affaires d'Etat : « En revanche la France, et d’autres pays n’ont pas le droit de soutenir qui que ce soit  dans notre pays. C’est une violation du droit international, de notre souveraineté… »

Son avenir à la tête du pays 

« Peu m’importe, répond el-Assad. Ce qui m’intéresse c’est que veut le peuple syrien. (...) Comment serait-il en mesure de gouverner sans l’appui de son peuple ? » évoque le président en parlant de lui-même à la troisième personne. Peut-être qu’ils ont peur souligne David Pujadas. « Comment peuvent-ils avoir peur d’une seule personne ? » lui répond el-Assad. 

Décryptage de notre éditorialiste Slimane Zeghidour, spécialiste du monde arabe.

©Slimane Zeghidour répond à Mohamed Kaci