Syrie : Internet, un outil à double tranchant ?

Il y a très peu d'informations qui filtrent de Syrie : les photos ou vidéos qui circulent sur le réseau mondial le sont en nombre restreint et le plus souvent produites par des citoyens. Pourtant, la dissidence syrienne est active et utilise tous les outils numériques disponibles pour s'organiser contre le régime autant que diffuser de l'information à l'extérieur du territoire. Depuis le début du soulèvement en mars 2011, le pouvoir de Bachar al-Assad surveille, filtre et bloque plus que jamais les communications numériques de son pays dans des proportions inquiétantes, ce que des groupe de cyber-activistes comme Anonymous ou Telecomix dénoncent depuis des mois et tentent pour ces derniers, de contrer.

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Sans Internet, peu ou pas d'information sur la révolution

Elle est très certainement la révolution arabe la plus violente, et ce, depuis 10 mois, dans une quasi indifférence internationale. Les journalistes étrangers ne sont plus autorisés à travailler en Syrie et le peu d'information qui filtre à l'heure actuelle est celle que l'on trouve sur le réseau mondial via les sites de vidéo en ligne ou les réseaux sociaux. Internet est donc devenu l'unique média d'information pour la Syrie (à l'exception des chaînes de télévision nationales syriennes, mais leur allégeance au pouvoir en place est telle qu'on ne peut leur accorder aucun crédit). Pour autant, utiliser le réseau mondial en Syrie n'est pas simple et encore moins sans danger.


Manifestation le 3 janvier 2012 à Hama


Un réseau sous très haute surveillance

Le groupe de cyber-activistes Telecomix dévoile cet été des "logs" (journaux informatiques) de l’État syrien indiquant une surveillance massive de toutes les communications internet du pays : sites visités, contenus des mails, adresses IP des internautes. A la lecture de ces 54 Go de documents les "agents Telecomix" comprennent que rien n'échappe à la surveillance du matériel américain (des serveurs proxy vendus par la firme Bluecoat) acheté et mis en place par le gouvernement de Bachar al-Assad via l'Arabie Saoudite. Les sites d'information Reflets.info et Fihmt.com , impliqués avec les membres de Telecomix dans cette enquête ont été les premiers à révéler cette surveillance massive de l’État syrien lui permettant d'arrêter (et probablement torturer) très facilement les contestataires en ligne. En août, Telecomix détourne une partie du trafic Internet syrien vers l'un de ses serveurs web : tout internaute syrien qui cherche à joindre Facebook voit à la place s'afficher une page où est écrit : “Nous sommes Telecomix. Nous venons en paix”, ainsi que des notes explicatives permettant de contourner les outils de surveillance du régime de Bachar al Assad. Depuis l'automne, les cyber-activistes accentuent leur campagne d'information nommée #OpSyria pour aider les internautes syriens à se rendre anonymes sur Internet et chiffrer leurs communications afin qu'ils puissent plus facilement échapper aux services de renseignements gouvernementaux et pouvoir ainsi continuer leur travail d'information grâce au réseau.






Annonce d'#Opsyria par le groupe Telecomix


la "guerre" de l'information en réseau

Il n'y a pas un taux de connexions très important en Syrie, tout juste 4 millions d'internautes pour un pays d'à peine 20 millions d'habitants (et seulement 150 000 adresses IP). Les accès internet syriens sont lents puisqu'ils sont pour la plupart à 56 kb/s, l'ADSL étant à des prix trop élevés pour le salaire mensuel de la majorité de la population (236 dollars).

Aujourd'hui, l'utilisation du réseau mondial depuis la Syrie est soumise à des contraintes lourdes qui la rendent difficile : coupures d'électricité incessantes, lenteurs et surtout obligation d'anonymiser et chiffrer la connexion pour s'assurer que les services de renseignements ne puissent connaître la localisation ainsi que le contenu des communications de l'internaute. Les opposants connectées utilisent Tor pour la plupart (The Onion Router), un système open-source "d'anonymisation" et de chiffrage des connexions, ou encore des serveurs proxy et autres accès VPN (tunnels chiffrés par un serveur distant) fournis par Telecomix.

Si une partie des révolutionnaires syriens utilise Internet pour diffuser de l'information à l'extérieur du pays, le gouvernement et ses soutiens ne sont pas en reste : un groupe de contre révolutionnaires pro-Assad nommé "Armée Numérique Syrienne" travaille à une savante désinformation sur le réseau depuis le printemps, plus particulièrement sur Facebook et Youtube, ainsi qu'à l'aide d'attaques informatiques sur les sites web de médias tels qu'Al Jazeera, BBC News, ou Orient TV.

La guerre de l'information est cruciale et elle passe aujourd'hui en Syrie par Internet. Mais cette "guerre en réseau" suppose que l'anonymat, allié au chiffrage des données, soit la règle, que la prudence dans les échanges virtuels soit extrême : Internet est un outil à double tranchant, aussi puissant pour dénoncer la dictature, informer que pour surveiller, espionner et au final arrêter les dissidents.

Annonce de soutien à la révolution du groupe Anonymous