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Syrie : l'armée pilonne le fief rebelle de la Ghouta orientale, près de Damas

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commentaire Karine Henry (TV5Monde)

Les raids du régime syrien ont repris de plus belle ce vendredi 9 février 2018 sur l'enclave rebelle de la Ghouta orientale, au cinquième jour d'une campagne aérienne qui a fait plus de 220 morts .

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Décrétée en mai dernier "zone de désescalade", la Ghouta orientale, située à 15 kms de Damas, est devenu, au contraire, une zone de pilonnage intensif.

Après un bref répit, l'enclave rebelle est désormais régulièrement pilonnée par l'armée syrienne, dont les raids aériens ont fait au moins 220 morts.  Par ailleurs, 400 000 habitants vivent dans de très mauvaises conditions.  

Depuis lundi, des milliers de familles ont trouvé refuge dans des abris de fortune, alors que médecins et secouristes sont débordés par l'afflux des victimes avec des bilans quotidiens de dizaines de morts et de blessés, dont des femmes et des enfants.

Malgré ces violences dévastatrices, les membres du Conseil de sécurité de l'ONU n'ont pas réussi jeudi à appuyer l'appel à une trêve humanitaire réclamée par les agences de l'ONU pour permettre la livraison d'aides d'urgence.

Profitant d'un calme qui n'aura duré que quelques heures, des habitants à Douma et Hammouriyé sont sortis de chez eux pour nettoyer les gravats devant leurs maisons ou leurs magasins.

D'autres ont tenté de sauver leurs affaires au milieu des destructions. Et certains ont tenté de faire des provisions en achetant ce qu'ils ont pu trouvé dans les marchés locaux.

Soudain en milieu de matinée, des annonces dans les haut-parleurs des mosquées fusent pour mettre en garde contre des frappes: "un avion dans le ciel. Evacuez les rues". 

Juste après, deux frappes visent la localité d'Arbine, où une vingtaine de civils ont péri la veille.

Depuis lundi, 229 civils dont 58 enfants ont péri dans le déluge de feu déversé par le régime sur la Ghouta orientale, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Des centaines d'autres ont été blessés. Jeudi, 75 civils ont péri dont trois ayant succombé à leurs blessures infligées mercredi.
                  

Catastrophe humanitaire

                  
Selon CARE International, les raids ont rendu difficile la mission des organisations locales, notamment l'accès aux personnes ayant le plus besoin de soins. 

"Nos partenaires ont beaucoup de mal à se déplacer sur le terrain, alors comment pourraient-ils avoir accès aux personnes vulnérables?" s'est interrogée Joelle Bassoul, responsable de la communication pour la Syrie à l'ONG.   

"S'il n'y a pas de cessez-le-feu, si tout cela n'est pas entendu, nous ne pouvons imaginer l'ampleur de la catastrophe humanitaire" à venir, a-t-elle averti. 

La région de la Ghouta est censée faire partie de quatre zones dites de "désescalade" instaurées l'an dernier en vertu d'un accord entre les principaux acteurs internationaux pour réduire les combats et la violence dans le pays. 

Mais les bombardements des derniers jours, qualifiés des plus violents depuis le début de la guerre par les habitants de l'enclave, ont poussé les organisations humanitaires à tirer la sonnette d'alarme. 

Selon Save the Children, plus de 4.000 familles de la Ghouta orientale vivent désormais dans des caves et des bunkers. "Les enfants sont affamés, bombardés et piégés. Le siège signifie qu'ils n'ont nulle part pour fuir". 

La guerre en Syrie a été déclenchée le 15 mars 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, avant de se complexifier avec l'implication de puissances étrangères et de groupes jihadistes sur un territoire morcelé.
                  

Différends américano-russes 

                  
La multiplication des protagonistes, les divisions internationales et la montée en puissance des jihadistes ont miné les efforts pour un règlement du conflit qui a fait plus de 340.000 morts et jeté à la rue des millions de personnes.

Les Etats-Unis, hostiles au régime de Bachar al-Assad, et la Russie, allié indéfectible de M. Assad, ont de nouveau étalé leurs divergences, les premiers se disant en faveur d'une trêve humanitaire, la seconde la jugeant "pas réaliste".

Ils se sont par ailleurs affrontés sur un autre front, après que la coalition internationale menée par les Etats-Unis a affirmé avoir tué jeudi au moins 100 combattants prorégime dans l'est de la Syrie en riposte à une attaque contre ses alliés dans le combat antijihadistes.

Moscou a dénoncé des raids "criminels". Les raids ont été menés dans la province de Deir Ezzor "en autodéfense", a affirmé Jim Mattis, ministre américain de la Défense.
Deux offensives distinctes contre les derniers combattants du groupe jihadiste Etat islamique (EI) en Syrie ont lieu à Deir Ezzor: l'une menée par le régime et ses alliés et l'autre par une alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS) aidées de la coalition. 

Sur un autre front du conflit, la coalition internationale menée par les Etats-Unis a affirmé avoir tué au moins 100 combattants prorégime dans l'est de la Syrie en riposte à une attaque contre ses alliés dans le combat antijihadistes. Le régime syrien a qualifié ces frappes de la coalition de "crime de guerre" et la Russie a évoqué des raids "criminels".

Les bombardements dans la Ghouta orientale ont touché depuis lundi diverses localités de cette vaste région proche de Damas assiégée depuis 2013.

"Il s'agit des quatre pires journées qu'ait connues la Ghouta orientale" depuis le début de la guerre le 15 mars 2011, a déclaré à l'AFP Hamza, un médecin qui traitait des blessés dans une clinique de la localité d'Arbine.

Le Conseil de sécurité de l'ONU n'est pas parvenu à un résultat concret sur la question d'une trêve humanitaire d'un mois réclamée d'urgence par les représentants d'agences de l'ONU pour venir en aide à des millions de personnes.

Hostiles au régime de Bachar al-Assad, les Etats-Unis avaient, avant la réunion, dit "soutenir" l'appel à une trêve en affirmant que les attaques contre les civils "doivent cesser immédiatement". Mais la Russie, qui soutient militairement le régime syrien, avait jugé qu'une telle trêve n'était "pas réaliste".

Depuis lundi, 228 civils dont 58 enfants ont péri dans le déluge de feu déversé par le régime sur la Ghouta orientale, a indiqué une ONG, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Des centaines d'autres ont été blessés alors que secouristes et médecins sont débordés.

Conditions horribles

Jeudi, 73 civils ont péri sous les bombes de l'armée de l'air qui ont provoqué d'énormes destructions dans la Ghouta, où sont assiégés quelque 400.000 habitants, a précisé l'OSDH. Deux autres civils ont succombé à leurs blessures infligées la veille.

A Jisrine, des bombes sont tombées près d'une école, sur un marché et près d'une mosquée, selon un correspondant de l'AFP sur place.

"Les enfants sont affamés, bombardés et piégés. Le siège signifie qu'ils n'ont nul part pour fuir", a dit Sonia Khush, responsable de Save the Children pour la Syrie. "Il faut arrêter immédiatement les combats et lever le siège".

Dans la Ghouta orientale, "les conditions sont horribles", a déclaré le secrétaire général de l'ONU aux Affaires humanitaires Mark Lowcock devant le Conseil de sécurité, selon un diplomate.

"La Ghouta orientale connaît un siège digne du Moyen Age, c'est totalement inacceptable. Nous sommes de retour aux heures les plus sombres du conflit (...)", a dit l'ambassadeur français à l'ONU François Delattre.

Dans une apparente riposte des rebelles, deux civils ont péri à Damas dans des tirs d'obus, selon l'agence de presse officielle Sana. En fin de soirée, des obus pleuvaient sur le quartier de Bab Touma à Damas, selon des correspondants de l'AFP.

100 combattants prorégime tués 

Depuis le début de la guerre en Syrie, 340.000 personnes ont été tuées et des millions poussées à la fuite.

Les violences ont également fait rage dans la nuit de mercredi à jeudi dans l'est de la Syrie, où la coalition internationale a mené dans la province de Deir Ezzor des frappes contre des combattants alliés au régime pour repousser une attaque contre le QG des Forces démocratiques syriennes (FDS), selon un responsable américain.

Des conseillers de la coalition se trouvaient sur les lieux au moment de l'attaque dans la région de Khasham, a précisé ce responsable. "Plus de 100 membres des prorégime ont été tués" dans les frappes et les combats, a-t-il dit.

Ces frappes de la coalition internationale, contre des forces loyales au régime syrien qui avaient attaqué un QG de ses alliés arabo-kurdes étaient purement "de l'autodéfense", a affirmé jeudi Jim Mattis, ministre américain de la Défense.

"A l'issue de notre engagement pour nous défendre, leur artillerie était détruite, deux de leurs tanks étaient détruits et ils avaient des morts", a déclaré M. Mattis. Il n'a pas précisé le nombre de morts. Le Pentagone, qui avait parlé dans la nuit de "plus de 100 morts", s'abstenait jeudi de confirmer ce chiffre.

L'ambassadeur russe à l'ONU, Vassily Nebenzia, a jugé "inadmissibles" et "criminels" ces raids de la coalition. Il a émis une protestation lors d'une réunion à huis clos du Conseil de sécurité sur la Syrie.