Syrie : l'opposant Haytham Al-Maleh appelle la communauté internationale à l'aide

Depuis le début du mouvement de révolte le 15 mars 2011, plus de 2700 personnes ont trouvé la mort. La répression menée par le gouvernement de Bachar el-Assad se durcit. Mais les opposants ne faiblissent pas. Rencontre à Paris avec le syrien Haytham Al-Maleh, avocat et défenseur des droits humains.

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“Le régime syrien est le pire qu'ait connu un pays arabe“

Vous êtes l'une des figures historiques de la défense des droits humains en Syrie. Votre combat était devenu gênant pour le régime ?

Quand Bachar el-Assad est arrivé au pouvoir, en juillet 2000, nous, militants des droits de l'homme, nous sommes dit que les choses allaient changer : le fils d'Hafez el-Assad était jeune et avait étudié en Grande-Bretagne.

J'ai alors commencé à lui écrire des lettres pour essayer d'ouvrir un dialogue avec lui et son gouvernement à propos du sort des dizaines de milliers de prisonniers politiques qui sont portés disparus depuis des années. Pendant quatre ans, j'ai rencontré de nombreux dignitaires du régime.

Il ne s'est rien passé. J'ai été arrêté en octobre 2009. Au tribunal militaire, ils m'ont condamné à 3 ans de prison, pour rien. J'ai été libéré le 8 mars 2011. A peine une semaine plus tard, la révolution commençait. Depuis je parcours l'Europe, je parle aux médias et j'appelle le président Bachar el-Assad à écouter l'opposition et à changer le régime.

Quelle est la situation en Syrie ?

J'ai quitté la Syrie le 10 juillet. A ce moment-là, 3000 personnes avaient disparu. Hier, nous en étions à 5 250 tués (plus de 2700 morts selon l'ONU, NDLR), environ 5000 disparus, plus de 100 000 manifestants arrêtés et environ 20 000 réfugiés en Jordanie, au Liban et en Turquie.

Le régime fait la guerre aux manifestants ! Ils les attaquent par voie aérienne et maritime. Il n'y a que le gaz qu'ils n'ont pas utilisé encore ! Et ils ne se contentent pas de tuer, ils torturent ensuite les corps de façon effroyable. Ils n'épargnent personne : 225 enfants de moins de 13 ans ont perdu la vie. 

La situation est dangereuse et l'économie va mal : les hôtels sont vides, les usines sont fermées, les gens sont au chômage.

Le régime de Bachar el-Assad n'est pas différent de celui de son père Hafez. Dans les années 80, un de mes collègues a été arrêté à Lattaquieh. Ils l'ont tué, puis lui ont coupé les oreilles et le nez. Voila le genre de choses qu'ils faisaient. Ils n'ont pas changé.

Quel message portez-vous auprès des gouvernements européens ?

Comme je l'ai dit ce régime n'a de pitié pour personne ! Femmes, enfants, vieillards... Le régime tue sans faire de différence. Il faut absolument protéger les civils. Ce bain de sang doit être stoppé.

Comment la communauté internationale peut-elle encore discuter avec ce régime, serrer la main de ces dirigeants meurtriers et menteurs ?
Comment peut-on rester silencieux ? C'est le pire régime qu'ait jamais connu un pays arabe !

Nous appelons la communauté internationale à l'aide. Il est de son ressort de trouver comment stopper cette situation.

Etes-vous pour une intervention étrangère comme en Libye ?

A Genève, devant le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, j'ai demandé trois choses : d'abord  faire pression sur le Conseil de sécurité de l'ONU pour qu'il prenne position clairement face au régime syrien, ensuite envoyer les archives du régime à la Cour Internationale de Justice de La Haye et enfin protéger les civils syriens : mais pas de la manière dont l'OTAN a aidé les Libyens, nous nous avons besoin d'une protection internationale assurée par les Nations Unies.

Craignez-vous une guerre civile, avec le début de militarisation de l'opposition ?

L'armée syrienne est composée d'environ 300 000 soldats : 60 000 sont dévoués au régime, mais les 240 000 autres sont des gens "normaux" ! Je pense que c'est l'armée qui va finir par se retourner contre le régime, et plus tôt que tard.

L'opposition semble toujours assez divisée...

Nous voulons tous la même chose : la fin du régime. Mais nous avons peu d'idées sur le futur : c'est cela dont il faut parler entre nous.

Etes-vous optimiste ?

Je ne pense pas que le régime syrien va encore tenir longtemps. Je dirais que la chute n'est pas une question de mois, mais de semaines.

Biographie

Haytham Al-Maleh, né à Damas en 1931, est un avocat de nationalité syrienne et un militant des droits humains. Il a débuté sa carrière d'avocat en 1957 avant de rejoindre l'institution judiciaire syrienne en 1958.

Il commence ses activités de militant politique en 1951. Il est arrêté en 1980 puis détenu jusqu'en 1986 avec d'autres activistes politiques, syndicalistes et opposants au gouvernement parce qu'il plaidait en faveur de réformes constitutionnelles.

Il commence à collaborer avec Amnesty International en 1989 et, en 2002, il créé une association de défense des droits de l'homme en Syrie, l'ONG "Human Rights Association in Syria".

Après son arrestation le 14 octobre 2009, il est condamné en juillet 2010 à 3 ans d'emprisonnement pour avoir "transféré des informations fausses et exagérées qui affaiblissent le sentiment( national". Une condamnation qui sanctionne en fait des critiques d'Al-Maleh sur l'usage continuel des lois d'urgence et du contrôle des autorités syriennes sur le secteur judiciaire. Il est libéré en avril 2011, grâce à la pression de la communauté internationale. 

Il l'a dit

28.09.2011
"Le recours à la terreur tient lieu de politique aujourd'hui en Syrie, sur un mode cruel et pervers. De toutes les violations des droits de l'homme que nous constatons à travers le monde, je dois dire que le cynisme, la perversion et la cruauté du régime syrien sont particulièrement choquants."

François Zimeray, ambassadeur de France pour les droits de l'homme


L'Europe rédige un nouveau projet de résolution à l'ONU

28.09.2011Par AFP
Les pays européens ont remis le 27 septembre au Conseil de sécurité de l'ONU un nouveau projet de résolution qui prévoit des menaces de sanctions contre le gouvernement syrien plutôt que des sanctions immédiates, ont indiqué des diplomates. Rédigé par la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et le Portugal, ce projet de résolution vise à surmonter la menace d'un veto de la Russie et de la Chine.

Selon une copie du projet de résolution obtenue par l'AFP, le Conseil de sécurité exige la "fin immédiate de toute violence" du gouvernement syrien contre la contestation. Le Conseil "exprime sa détermination, dans le cas où la Syrie ne se conforme pas à cette résolution, à adopter des mesures ciblées, y compris des sanctions", ajoute le texte.

“La Syrie... vers la liberté“

Soirée d'information et de solidarité

Lundi 10 octobre 2011, de 20h à 22h à l'Odéon – Théâtre de l'Europe - Paris

À l’appel d’artistes et de citoyens de tous pays réunis au Festival d’Avignon le 21 juillet 2011, de l’Association culturelle et artistique Syrie-Liberté (Souriahouria),
et de l’Odéon-Théâtre de l’Europe.

Place de l’Odéon, Paris 6e (Métro Odéon – RER B Luxembourg)
Entrée libre, réservation indispensable : present.compose@theatre-odeon.fr