Syrie: négociations en panne et combats permanents

Le conflit syrien a fait plus de 140 000 morts en trois ans © AFP
Le conflit syrien a fait plus de 140 000 morts en trois ans © AFP

L’armée syrienne continue d’encercler un important bastion rebelle de la province de Damas, pendant que Ban Ki Moon, secrétaire général des Nations Unies, demande de nouvelles négociations à Genève. Mais le gouvernement syrien n’est pas prêt à discuter. Il accuse le secrétaire général de l'ONU de « manquer d’objectivité » lorsqu’il évoque la situation en Syrie. En attendant, les combats continuent dans le pays, entre l’armée et l’opposition… 
 

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« Nous resserrons complètement l’étau autour de Yabroud » explique un officier syrien aux journalistes. L’objectif ? « Assiéger complètement la ville » poursuit-il. Et pour ce faire, le régime syrien a bombardé et jeté des barils remplis d’explosifs sur la ville de Yabroud, dans la région de Qalamoun, frontalière du Liban. Pourquoi est-ce un lieu stratégique? « Elle a toujours été une région de contrebande. C'est là-bas que passent, de manière assez importante, des armes, des combattants (y compris ceux du Hezbollah libanais). Elle menace l’axe vital Damas-Homs-littoral que le régime syrien tente de sécuriser depuis 2012. C'est aussi une des premières localités à s'être "libérée" et affranchie de toute tutelle étatique dès l'automne 2011 » assure Frédéric Pichon, spécialiste de la Syrie et chercheur associé Etudes sur le Monde Arabe et la Méditerranée (EMAM).  
La « stratégie du siège » ? Une technique bien connue de l’armée syrienne pour reprendre des villes et des régions contrôlées par les rebelles syriens. C’est d’ailleurs cette tactique que dénonce l’ONU dans le dernier rapport la Commission d'enquête sur les violations des droits de l'Homme en Syrie. « Plus de 250.000 personnes sont soumises à un siège en Syrie, régulièrement bombardées par l'artillerie et l'aviation. Elles sont privées d'aide humanitaire, de nourriture, de soins médicaux et doivent choisir entre la famine et la reddition » dénonce le rapport. 
 

Lakhdar Brahimi, le médiateur de l'ONU pour la Syrie, le 13 février 2014 à Genève © AFP
Lakhdar Brahimi, le médiateur de l'ONU pour la Syrie, le 13 février 2014 à Genève © AFP
Négociations « au point mort » 
 
Suite à ces nouvelles offensives de l’armée syrienne, Ban Ki Moon, le secrétaire général des Nations Unies, a annoncé qu’il poursuivrait les efforts de paix en Syrie, selon l’AFP. « Nous sommes déterminés à ramener régime et opposants à la table de négociation ici à Genève, le plus tôt possible » a-t-il ajouté.  
Cette annonce survient alors que la dernière conférence de Genève s’est soldée par un échec. En effet, le 15 février dernier, aucune des parties (régime syrien et opposition) n’a changé de position. Xavier Baron, auteur du livre « Aux origines du drame syrien » précise: « D'un côté le régime dit "on veut combattre les terroristes (sous entendu les opposants)" et l'opposition répond : "on peut discuter mais il faut qu'Assad parte" ». 
 
L’ONU ne semble pas très convaincante sur ce sujet brulant. Le régime syrien s’en est d'ailleurs pris, il y a quelques jours, à Ban Ki Moon. Il l'accuse de « manquer d’objectivité » concernant la situation humanitaire du pays. « Ban Ki Moon a été très critique vis-à-vis de la Syrie. Il a notamment pointé du doigt à plusieurs reprises le désastre humanitaire et dramatique qui a lieu en Syrie. Il est dans son rôle, il ne peut pas rester silencieux, même si cela ne plaît pas à Assad » assure Xavier Baron. 
Dans ce contexte, les négociations entre les différents acteurs syriens et la communauté internationale, sont « au point mort par rapport à ce que l’on attendait, peut-être de façon très naïve, de Genève. Pas de transition politique et pas d'accord global national » regrette Frédéric Pichon. Face à cette crise, quelles solutions peut-on envisager ? Frédéric Pichon avance des hypothèses. Les seules choses à faire, selon lui, pour « renverser la situation et affaiblir le régime syrien seraient des frappes ciblées sur un certain nombre de ses bases fondamentales et d’exercer une pression sur la Russie pour qu'elle force le régime à mettre de l'eau dans son vin.»

Le conflit syrien préoccupe des gens partout dans le monde. Ici en Australie © AFP
Le conflit syrien préoccupe des gens partout dans le monde. Ici en Australie © AFP
A l’occasion du troisième anniversaire de la révolution syrienne, Amnesty International  va publier un rapport, le 10 mars prochain, sur la situation humanitaire dans les villes syriennes assiégées, et sur celle de Yarmouk en particulier. En trois ans de conflit, plus de 140 000 personnes ont perdu la vie selon l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme (OSDH)  et des millions de gens ont fui les combats. La Commission d’enquête de l’ONU dénonce le manque d’action de la communauté internationale, et particulièrement le Conseil de sécurité des Nations Unies, seul habilité à saisir la Cour Pénal Internationale.

Hezbollah et armée syrienne: même combat

John Kerry et Sergueï Lavrov, les chefs de la diplomatie russe et américaine se réunissent ce mercredi pour parler du Liban dans la crise syrienne. Le but : annoncer des aides pour l’accueil des réfugiés syriens et renforcer l’armée libanaise. Plus d’un million de syriens sont actuellement réfugiés au Liban. 
Soutien indéniable du régime syrien, le Hezbollah libanais participe largement aux assauts lancés sur les bastions rebelles et entretien le conflit. Il dit « défendre le Liban de la menace extrémiste » mais n’hésite pas à envoyer des combattants en Syrie, malgré la division des libanais sur le sujet : les chiites sont pro-Assad tandis que les sunnites sont anti-Assad. Ce sont d’ailleurs ces désaccords au sein de la population libanaise qui a poussé cinq pays a créer le Groupe International de Soutien au Liban (GIS).