Syrie : soupçons d'attaque au chlore à Alep

Syrie
Commentaire de Sophie Goldstein

Les forces gouvernementales sont accusées d'avoir largué des barils d'explosif, dont certains contenaient du chlore, sur un quartier rebelle de la ville assiégée d'Alep. Plusieurs dizaines de cas suffocation ont été recensés, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

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Des Casques blancs, (volontaires membres de la sécurité civile syrienne, organisation connue sous le nom de Casques blancs NDLR), sont les premiers à arriver dans le quartier d'Al Sukari, à Alep (Syrie).

"Des hélicoptères du régime ont jeté des barils d'explosifs sur Soukkari et il y a eu plus de 70 cas de suffocation", a affirmé Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH, (ONG basée à Londres) qui n'était pas en mesure de dire à cause de quel gaz les personnes avaient été asphyxiées. 

Mais pour les militants d'Aleppo Media Center, une association antirégime basée à Alep, cela ne fait aucun doute. Sur Twitter, ils accusent les forces gouvernementales d'avoir attaqué le quartier d'Al Sukari avec du chlore, parlant de "dizaines de cas" de suffocation. Sur les images qu'ils ont tournées, on peut voir des décombres encore fumants ainsi que des blessés, intoxiqués à l'hôpital. Images cependant impossible à authentifier.



"Il y a peut-être une cinquantaine d'enfants. Mon jeune frère est tombé, il avait des problèmes pour respirer. Ils nous ont dit de nous couvrir le visage avec des serviettes mouillées"Un habitant du quartier
Ce n'est pas la première fois que ce quartier est bombardé par l'aviation de Bachar Al Assad. Fin juillet, il s'agissait de missiles. Mais selon des médecins sur place et les activistes de l'opposition, cette attaque au chlore serait la deuxième en quelques jours. Dans le passé, la Russie, alliée de Damas, avait de son côté, accusé la rebellion d'utiliser des armes au gaz toxique sur des quartiers tenus par le gouvernement.

"Nous avons reçu des infos fiables concernant l'utilisation de gaz au chlore sur le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, notamment début avril. Plusieurs personnes ont été soignées pour des symptômes liés à l'inhalation de ces gaz. Nous enquêtons sur de nouvelles allégations d'utilisation d'armes chimiques, en août", explique Vitit Muntarbhorn, membre d'une commission d'enquête indépendante de l'ONU sur la Syrie.

Fin août, des enquêteurs de l'ONU avaient conclu que des hélicoptères militaires syriens avaient répandu du gaz de chlore sur au moins deux localités de la province d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, à Talmenes le 21 avril 2014 et Sarmin le 16 mars 2015. Ils accusaient aussi le groupe djihadiste Etat islamique d'avoir utilisé du gaz moutarde à Marea, dans la province d'Alep, dans le nord de la Syrie, le 21 août 2015. Alliée du régime, la Russie avait mis en doute les conclusions d'un rapport d'enquête de l'ONU.

Plus d'armes chimiques?

Début 2014, le président syrien Bachar Al Assad avait accepté sous la pression internationale d'éliminer l'ensemble de son stock d'armes chimiques et les équipements annexes après une attaque au gaz sarin survenue le 21 août 2013 près de Damas. Celle-ci avait fait des centaines de victimes. En janvier dernier, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) avait annoncé que l'arsenal était détruit. 

Toxique et dégageant une odeur suffocante, le chlore n'est pas répertorié spécifiquement comme une arme chimique.

Alep est coupée en deux depuis juillet 2012, avec à l'est les quartiers rebelles et à l'ouest les quartiers tenus par le régime.
600 000 personnes y vivent ou y survivent sous les bombes.