Syrie : utilisation “systématique“ des armes chimiques

Une copie d'écran tirée d'une vidéo YouTube du 11 avril 2014. L'image montre une importante coloration jaune à la base du nuage au-dessus de Keferzita, en Syrie, qui dérive avec le nuage principal, et l'intensité de la couleur semble se dissiper rapidement, en une vingtaine de secondes.
Une copie d'écran tirée d'une vidéo YouTube du 11 avril 2014. L'image montre une importante coloration jaune à la base du nuage au-dessus de Keferzita, en Syrie, qui dérive avec le nuage principal, et l'intensité de la couleur semble se dissiper rapidement, en une vingtaine de secondes.
(document Human Right Watch)

L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques(OIAC) est formelle : des armes chimiques comme le chlore ont été utilisées de "manière systématique" en Syrie. L'ONG rappelle que 8 % de l'arsenal d'armes chimiques est toujours dans le pays qui, selon toute vraisemblance, ne respectera pas la date butoir du 30 juin pour la destruction de son stock.

dans
La guerre des gaz

Officiellement, depuis octobre 2013, la Syrie a intégré la convention sur l'interdiction des armes chimiques. Le pays a accepté de démanteler son arsenal chimique en vertu d'un accord négocié par les États-Unis et la Russie après un bombardement au gaz sarin qui a fait des centaines de morts le 21 août dernier à la Ghouta, dans la périphérie de Damas. Au moins 281 personnes avaient été tuées, selon un bilan français... et plus de 1 400 d’après les États-Unis.
Mais, et c'est là où git le lièvre, le régime n'a pas obligation de déclarer le gaz de chlore en tant qu'arme chimique ! Il est en effet souvent utilisé par le secteur industriel. Par ailleurs, Damas soutient que les rebelles auraient pris le contrôle d'une usine de fabrication de chlore, à quelques 40 kilomètres d'Alep. Une information invérifiable. Déjà, le 27 mai, une équipe d'inspecteurs de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC ), présente en Syrie , avait été la cible d'une attaque de rebelles les empêchant d'accéder au site où se serait déroulée l'une de ces attaques, (dans le village de Kafr Zeta situé à quelque 200 km au nord de Damas).
Selon un rapport préliminaire de l'OIAC, "des agents chimiques toxiques, probablement des agents irritants pour les voies respiratoires, comme le chlore, ont été utilisés de manière systématique dans un certain nombre d'attaques".
En France, le Quai d’Orsay  évoque quatorze attaques présumées au chlore depuis octobre.

Un soldat des Nations Unies à la recherche d'éléments chimiques en Syrie, en octobre dernier.
Un soldat des Nations Unies à la recherche d'éléments chimiques en Syrie, en octobre dernier.
(Crédit/AFP PHOTO / YOUTUBE / ARBEEN UNIFIED PRESS OFFICE)<br/>
30 juin, date-butoir

Pour l'ONG Human Rights Watch, le doute n'est pas permit. L'organisation rappelle que "Le gouvernement syrien est la seule partie au conflit disposant d'hélicoptères et d'autres engins aériens" pour larguer ces bombes-barils contenant des agents chimiques. Elle évoque des entretiens  menés avec 10 témoins, dont cinq membres de professions médicales, ainsi que l’analyse d’images vidéo des attaques et de photos des débris, et qui "donnent l'impression très nette que les forces gouvernementales ont largué des bombes-barils contenant des bonbonnes de chlore, lors d'attaques effectuées du 11 au 21 avril contre trois villes du nord-ouest de la Syrie. Des témoins ont affirmé à Human Rights Watch qu'ils avaient vu un hélicoptère larguer une bombe-baril ou entendu un hélicoptère aussitôt avant une explosion, elle-même suivie immédiatement d'une odeur particulière. Les témoins ont décrit de manière cohérente les signes cliniques et les symptômes d'une exposition à un agent asphyxiant (aussi appelé agent pulmonaire) présentés par les victimes."
La Syrie doit avoir détruit tout son arsenal au 30 juin.
Mais l'évacuation des stocks chimiques a pris du retard et Damas a déjà manqué plusieurs dates limites. Anticipant le non respect de la date-butoir, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon avait expliqué fin mai que la mission conjointe des Nations unies et de l'OIAC se poursuivrait au-delà du 30 juin 2014 pendant une période limitée. Ces armes chimiques doivent être évacuées via le port de Lattaquié sur des bateaux danois et norvégiens et détruites sur un navire américain ainsi qu'en Finlande, aux États-Unis et en Grande-Bretagne.