"Emmenez-moi à la mosquée" : la réponse du chanteur Msallam Hdiab à Daesch

Msallam Hdiab 
Msallam Hdiab 
© Mahmoud Alzubi

En hommage à la mort de Muath al-Kasasbeh, le pilote jordanien brûlé vif par Daesch, Msallam Hdaib, chanteur et rappeur né en Jordanie, chante « Take me to the Mosque » (Emmenez-moi à la mosquée), une réponse « instinctive » à un acte qu’il juge incompatible avec la religion musulmane. 

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De Jérusalem.

Msallam (Emsallam de son nom de scène), touche à tout de 22 ans, a étudié la peinture, la sculpture et la musique à Amman, en Jordanie. A présent rappeur et chanteur, il travaille également comme indépendant dans l’industrie du cinéma et de l’art.
 
« Lorsque ISIS [Daesch] a brûlé [al-Kasasbeh] vivant, j’étais devant mon ordinateur et je regardais la vidéo. Et là je me suis dit ‘Mais bon sang, qu’est-ce qu’il se passe ?!’, » s’indigne-t-il. Joint par Skype depuis Jérusalem, Msallam explique ce qui l’a poussé à reprendre « Take me to Church » pour répondre à la violence du groupe terroriste : « Je suis amoureux de la version originale de cette chanson, ‘Take me to church’, en particulier après avoir vu le clip. Le réalisateur a choisi de parler des droits homosexuels mais pour moi cette chanson est plus globale. Elle parle des droits de l’Homme en général, pas seulement d’un sujet en particulier. »
 

Seul Dieu est juge

D’une voix puissante et rocailleuse, Msallam chante « Take me to Mosque » comme une provocation. La chanson ne mentionne à aucun moment Daesch de manière explicite. « Je n’ai pas besoin de les mentionner pour parler d’eux, » explique Msallam. « Je parle d’eux et en général de tout extrémiste musulman qui juge quelqu’un sur la base de la religion, de la manière dont il prie ou s’il le juge trop ‘occidentalisé’… »
 
Msallam s’adresse directement à « eux » et à leurs lois pour lui fondées sur l’ignorance et l’extrémisme de leurs pratique et vision de la religion musulmane. Pour Msallam, seul Dieu est juge de ses actes, et ceux qu’il qualifie de terroristes se feraient passer pour Dieu lui-même en imposant leurs diktats. Résigné et déterminé à la fois, Msallam les invite à le tuer s’ils le désirent tout en affirmant qu’il protègera à la fois sa famille et son pays, renaissant chaque fois qu’ils le tueront.


Les paroles de la chanson (traduites en Français)

« Te voici mon pays, tu me manques
Tu es si proche, je te vois
Je te protège, gardant mes yeux sur tes portes…
Je n’aurais jamais pense que je ne reviendrais pas pour toi
Si le paradis pouvait parler
Il crierait qu’il est fatigué
Tes larmes, mère, ont rendu leur feu froid
Mère je suis le martyre, crois-moi je vais bien
Cet imam criminel restera le même pour moi
Il mène les gens à la mort en rêvant
Retire tout, permet le meurtre
Les gens différents sont pour lui une maladie
Avec Dieu je vis, je suis le martyre
Que Dieu nous bénisse, Amen
 
Amenez-moi à la mosque pour prier, pour continuer à espérer
Je vous dirai que vous avez tord, mais allez-y enterrez-moi
Tuez-moi au nom de Dieu, tuez-moi
Dieu, ma vie est Vôtre
 
Plus de sang encore, c’est ce qu’il nous manque
Croyez-moi, j’ai des millions d’inquiétudes à enterrer
Vous comptez gagner en dormant
Dites-moi, combien de savants avez-vous dans votre pays?
Pardon, la science n’est pas importante, la science est une illusion
Vous priez, ah, vous jeûnez
A part pour ca, vous êtes bons pour dormir
Honte à vous! Dépêchez-vous et réveillez-vous!
Mon pays a besoin d’amour, pas de gens comme vous
Réveillez-vous, plantez, récoltez, développez,
Croyez-moi, c’est ça le paradis
 
Amenez-moi à la mosque pour prier, pour continuer à espérer
Je vous dirai que vous avez tord, mais allez-y enterrez-moi
Tuez-moi au nom de Dieu, tuez-moi
Dieu, ma vie est Vôtre
 
Aucun roi, aucun ancien ne peut me faire changer d’avis
Si je pouvais retourner en arrière, je le ferai de nouveau
Pour mon peuple
Je combattrais et mourrais, combattrais et mourrais
Rappelez-vous et n’oubliez jamais
Mon pays, mes frères, mes soeurs, mes amis, ma famille et les autres
Que Dieu vous bénisse
Amen
 
Amenez-moi à la mosque pour prier, pour continuer à espérer
Je vous dirai que vous avez tord, mais allez-y enterrez-moi
Tuez-moi au nom de Dieu, tuez-moi
Dieu, ma vie est Vôtre. »
(Traduction : Riham Nemmire Amla et Khalil Lahham)

 
Le chanteur Msallam Hdiab
Le chanteur Msallam Hdiab
© Hussam A'na

« Ce sont des terroristes, je ne peux pas les définir comme musulmans, » affirme avec force Msallam. « Partout dans le monde, il existe des groupes extrémistes. On ne peut pas définir les membres du Ku Klux Klan comme des chrétiens, de la même manière qu’on ne peut pas définir ISIS comme des musulmans. »
 
Répondre en musique à un mouvement qui l’interdit semble s’imposer comme une évidence à une personne au profil aussi artistique que celui d’Msallam. « Ce qui est encore plus triste dans tout ca, c’est qu’ils ont détruit il y a quelques jours des centaines de sculptures ! Plus triste et stupide encore ! » s’exclame-t-il en référence à la destruction des antiquités du musée de Mossoul, en Irak.
 

Résister à Daesch passe par l’humour (noir)

Autour d’Msallam, les opinions sont selon lui partagées entre une très faible minorité percevant Daesch comme faisant partie intégrante de la communauté musulmane et une très large majorité dénonçant le mouvement. « Les gens ici sont en colère contre ISIS et disent que le mouvement n’a rien à faire ici. Ce n’est pas quelque chose dont ils rient, » explique-t-il en référence aux vidéos parodiant Daesch publiées en Cisjordanie.
 
De l’autre côté de la frontière, le sujet est en effet parfois traité avec humour, peut-être parce que que la menace semble elle-même plus éloignée. L’un des plus récents exemples en la matière est une vidéo filmée par trois Palestiniens de Gaza et faisant référence au débat qui « secoue » actuellement le web sur la « couleur de la robe ». Elle dénonce, comme Msallam, le ridicule de Daesch et des « critères » employés par le mouvement pour juger de la qualité ou non d’une personne.
 
L’une des plus célèbres parodies palestiniennes de Daesch publiée en 2014 par Al-Falastiniya TV (Cisjordanie), et ironisant sur l’attitude du mouvement envers les habitants du Liban, de Cisjordanie et de Jordanie, conclue quant à elle sur une note quelque peu amère. S’ils sont loin de vouloir être « sauvés » par l’Etat Islamique, la vidéo relaie toutefois un sentiment régulièrement exprimé en Cisjordanie : le paradoxe derrière la volonté de « libérer », entre autres, Rome comme cela aurait été annoncé par le mouvement en 2014, tout en laissant les Palestiniens sous colonisation israélienne.